L’herbe des nuits, de Patrick Modiano **

lherbedesnuitsTous les lecteurs, ou presque, lui mettent cinq étoiles. C’est du Modiano, n’est-ce pas? J’ai trouvé ce petit livre bien ennuyeux. Déambulation dans un Paris gris, comme mal dessiné, et qui a disparu (Modiano nous le repète mille fois), avec des personnages gris, troubles (parait-il) dont on ne saura jamais dans quelle histoire ils trempent. Quelqu’un est mort, on ne saura jamais qui. Dannie l’a tué, par accident? Un policier classe l’affaire. Et que dire du narrateur, qui s’éprend de cette femme aux multiples identités et lieux de résidence, qui ne lui dévoilera pourtant rien, ni de son passé ni de son présent, ni de ce qu’elle aime ou pas, l’éternelle inconnue? “Qu’est-ce que tu dirais si j’avais tué quelqu’un?” Rien dans tout le livre n’est plus précis que cette question…

De la grande littérature, sûrement. J’ai sans doute l’esprit trop simple pour y prendre le moindre plaisir. J’aime les couleurs, pas tout ces gris.

Rue des boutiques obscures, de Patrick Modiano ***

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Qui pousse un certain Guy Roland, employé d’une agence de police privée que dirige un baron balte, à partir à la recherche d’un inconnu, disparu depuis longtemps ? Le besoin de se retrouver lui-même après des années d’amnésie ?
Au cours de sa recherche, il recueille des bribes de la vie de cet homme qui était peut-être lui et à qui, de toute façon, il finit par s’identifier. Comme dans un dernier tour de manège, passent les témoins de la jeunesse de ce Pedro Mc Evoy, les seuls qui pourraient le reconnaître : Hélène Coudreuse, Fredy Howard de Luz, Gay Orlow, Dédé Wildmer, Scouffi, Rubirosa, Sonachitzé, d’autres encore, aux noms et aux passeports compliqués, qui font que ce livre pourrait être l’intrusion des âmes errantes dans le roman policier. 

Ce roman met en scène la quête d’un amnésique. Les pistes s’ouvrent, se diluent, se referment en champ de points d’interrogation devant Guy Roland, détective privé, qui tente de recueillir les bribes de la vie d’un certain McEvoy. Est-il lui-même ? Est-il un autre ? Peu importe en réalité puisque l’opacité identitaire est le terreau même de la fiction de Modiano, son obsession déjà talentueusement mise en mots dans ce texte de jeunesse. Passages clandestins, pièges fumeux, fantômes interlopes, ombre de la guerre et de l’Occupation : la partition modianesque est en place et sa musique impalpable n’aura plus qu’à égrener ses notes têtues et inquiétantes dans une recherche qui probablement n’aura jamais de fin.

Il ne m’a fallu que quelques heures pour relire ce livre – 250 pages -le jour où Patrick Modiano est surpris de recevoir le Nobel de littérature. Un détective privé qui enquête sur sa propre identité. Un style presque télégraphique. Un forme presque plus convaincante que l’histoire elle-même, si floue, si pointillée, et donc si pleine d’invraisemblances. Il faut que je relise autre chose, ou bien je penserai que le Prix Goncourt pour ce livre, et le Prix Nobel pour l’oeuvre, n’étaient guère mérités.