Le sceau du secret, de Charlotte Link ***

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La vie semble idyllique pour ces trois couples d’amis qui passent tous les ans leurs vacances à Stanbury, un petit village de l’ouest du Yorkshire. Mais un matin d’avril, la magnifique propriété devient le théâtre d’un crime effroyable.

Seule Jessica, absente au moment du drame, est restée en vie. Pourtant elle ne croit pas à la culpabilité des suspects arrêtés par la police. En effet quelque chose l’intriguait dans l’amitié affichée par le groupe d’amis. C’est dans leur passé qu’elle trouvera la clé d’un terrible mystère…

Quatrième de couverture nullissime. Je me demande comment les auteurs, surtout quand ce sont de bons auteurs, peuvent accepter cela de leurs éditeurs. Bon, l’important est ailleurs: on a une histoire bien construite, la moitié du bouquin pour découvrir des personnages pas ordinaires et commencer à comprendre les faiblesses des uns et des autres. Ce qui viendra à expliquer tout ce qui les lient et n’a rien à voir avec l’amitié. Et puis survient le crime. Et la seconde partie du livre pour creuser le passé, tout ce que chacun a caché ou n’a pas voulu voir. Il y a du bon policier dans l’histoire, du bon suspense aussi puisqu’on tremble jusqu’au bout et comme il se doit pour que l’innocent triomphe du mal. Happy end. Et chacun pour imaginer la troisième mi-temps comme il voudra. Tout cela est bien ficelé, agréable à lire, très prenant – surtout quand on est coincé dans une gare pendant que des trombes d’eau bloquent tous les trains et isolent la gare du reste du monde. Septembre ! C’est mon deuxième Charlotte Link cette année et ce ne sera pas le dernier.

L’enfant de personne, de Charlotte Link ****

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L’enfant de personne

Connaissez-vous Charlotte Link ? Si la réponse est négative, vous pouvez commencer par « L’enfant de personne » – très mauvaise traduction du titre original, « L’autre enfant », puisque Brian n’est pas l’enfant de personne mais celui de ses parents, tués, en même temps que tous ses frères et sœurs, par l’une des premières bombes allemandes tombées sur Londres en 1940.

Un soir de juillet 2008, Amy Mills, étudiante dans une ville côtière du Yorkshire, est sauvagement assassinée, le crâne fracassé contre un mur. Quelques mois plus tard, non loin de là, on retrouve dans un ravin le corps d’une septuagénaire, Fiona Barnes, dont la tête a été écrasée à coups de pierre. Le mode opératoire similaire laisse penser que les deux affaires sont liées. Si l’enquête piétine, des zones d’ombre dans le passé de la vieille dame ne tardent pas à apparaître. Placée dans une ferme du Yorkshire pendant les bombardements de Londres en 1940, Fiona, alors âgée de onze ans, s’était liée d’amitié avec Chad, l’un des fils de sa famille d’accueil. Par jeu, tous deux avaient pris en grippe un orphelin handicapé mental lui aussi logé à la ferme. ” Nobody “, comme le surnommaient cruellement à l’époque les deux enfants tortionnaires, a-t-il, des années plus tard, cherché à se venger ? Au fil d’une intrigue policière habilement conçue, Charlotte Link nous plonge au coeur des secrets et non-dits de la Seconde Guerre mondiale, et livre l’un de ses meilleurs romans à ce jour.

Aussi mauvais que la traduction du titre, ce résumé de la quatrième de couverture du livre en français ne dit rien de l’origine de Brian – “Nobody” – de la raison de son handicap (qui le rend totalement incapable d’une vengeance comme suggéré dans ce stupide résumé) et de la relation fusionnelle qui le lie immédiatement à Fiona. L’important dans ce livre est moins l’intrigue policière que les relations des personnages avec leur passé commun. Certes il y a un certain suspense, mais on est surtout pris par l’habileté de l’auteur à disséquer des caractères qui, finalement, ne nous sont pas si étrangers. Qui peut dire comment il (elle) se comporterait face à ce que Fiona et Chad n’ont jamais réussi à effacer de leurs mémoires? C’est l’histoire d’un silence coupable face à la misère de quelqu’un qu’on connait. C’est une histoire de tous les jours, qui interpelle. Link peint très bien cette spirale de la culpabilité qui a marqué toute leur vie et dont les héros, jusqu’à leurs derniers jours, sont incapables de sortir. Et tout le reste n’est que crime ordinaire dans un monde de violence. Mais c’est si bien fait qu’on en redemande.

Lu en anglais: “The Other Child” en collection de poche (de gare).