Huit lectures d’été

delacourt Les quatre saisons de l’été, de Grégoire Delacourt**

Quatre histoires de couples, d’âges différents, quatre histoires d’amour, tout ça autour d’une plage glaciale de la Manche. Delacourt se lit en un jour. C’est simple, certains diront « presque simplet ». Moi je trouve ça assez « hygiénique » comme lecture. Pas de la Grande Littérature. C’est facile à lire, on passe un bon petit moment. On y trouve quelques clins d’œil, comme l’amour dans le langage des fleurs. L’amour par les actes plus que par les mots. Assez banal finalement. Un auteur peut s’améliorer avec le temps, d’un roman à l’autre, à condition d’y travailler. Delacourt tomberait-il dans l’alimentaire ?

manoukianYeruldelgger, de Ian Manook (Patrick Manoukian)***

A une époque où auteures anglosaxonnes et auteurs nordiques inondent le marché du bon polar, un livre qui nous plonge en Mongolie détonne. Dans le cas de Manoukian, il montre aussi qu’il n’y a pas d’âge pour commencer à écrire et que l’expérience de vie peut positivement impacter une aventure littéraire. Le succès de ce premier roman (2013) a entrainé une suite (Les temps sauvages, 2015)… que j’ai failli acheter et me faire dédicacer aux « Livres sur les quais » de Morge, le premier weekend de septembre. Quand je suis arrivé sur son stand, Manoukian était malheureusement parti déjeuner. Mais je vais l’acheter quand même : ambiance, personnages, décors, tout est très typé chez Manoukian, et tout est attachant. Yeruldelgger est là pour rester… apprenez son nom !

parotL’année du volcan, de Jean-François Parot****

Ça c’est un policier aussi… qui se passe sous Louis XVI, à quelques années de la révolution. Le volcan islandais qui crache son venin ne perturbe pas encore le trafic aérien, mais la production des vaches laitières. On s’y croit. On y est. On entend les personnages parler comme on parlait alors. Et les intrigues de cours sont imaginées mais des plus plausibles. Bref, un bon roman historique croisé d’un roman policier pas si mal que ça, et le résultat est assez décoiffant, mais puisqu’on porte perruque, ce n’est pas si grave que cela. La corruption à tous les étages du royaume, un roman d’actualité ?

rendellThe vault, de Ruth Rendell***

La très britannique baronne Ruth Rendell vient de mourir, à l’âge de 85 ans, après avoir écrit quelque 60 romans bien dans la ligne du policier anglais de son époque. Depuis son entrée à la Chambre des Lords en qualité de représentante du parti travailliste, elle a notamment fait parlé d’elle par l’introduction d’une loi sur la mutilation féminine, adoptée en 2003.

Le chef inspecteur Wexford a pris sa retraite (on en est quand même au 23ème et avant dernier roman de la série, publié en 2011) mais quand on trouve par hasard un corps dans un sac en plastique dans une sombre cave à charbon abandonnée, puis un autre, puis un autre, puis encore un autre… il est gentiment invité à venir éclairer de ses lumières l’inspecteur en charge. Un classique du genre policier. Publié en français sous le titre La Cave à charbon, aux éditions des Deux Terres (2013).

entry-mayEntry Island, de Peter May ***

Encore un très bon auteur anglo-saxon de polars. Celui-ci se passe essentiellement sur « l’île d’entrée » du golfe du fleuve St Laurent au Canada. 3kms de long pour 2 de large et une centaine d’habitants. L’élucidation d’un crime sur cette toute petite terre semble une « piece of cake ». S’entremêlent une histoire d’un passé écossais et le présent canadien. Alors que tout désigne la femme de la victime, le policier héros de l’histoire est persuadé qu’il a déjà rencontré cette femme et qu’elle est innocente.

48248_ExtraordinaryPeople_MMP_2.inddExtraordinary people, de Peter May***

Parce que Entry Island s’est avérée une très bonne lecture, j’ai cherché un ebook du même auteur. L’histoire est un « cold case », un crime irrésolu, et la source d’un pari du héros détective un soir de beuverie. Parce que Peter May vit en France, cette histoire-là se passe chez nous, où Enzo enseigne la médecine légale à l’université de Toulouse. C’est compliqué, mystérieux à souhait et les personnages centraux sont assez sympathiques. Une autre bonne lecture.

badaniTrails of broken wings, de Sejal Badani****

Lu sur kindle, et apparemment pas encore traduit en français, ce livre est une forte illustration des maltraitances faites aux femmes dans une société qui, même si elle s’est exportée dans un monde plus égalitaire, a gardé nombre de ses travers originels. Et les victimes n’ont pas toutes la capacité de se libérer et de reconstruire, comme la très étonnante mère de Sonya.

Quand son père tombe dans le coma, Sonya, photographe américaine d’origine indienne revient dans une famille qu’elle a quittée depuis des années. Depuis son départ elle n’a pas arrêté de bouger, libre de tout lien, alors que sa sœur la plus calme, Trisha, s’est créée une parfaite vie de banlieusarde, et que l’ambitieuse de la famille, Marin, a construit une carrière à succès. Quand elles se retrouvent, les différences dans la façon de gérer leur terrible passé ne permettent pas d’éviter que les souvenirs resurgissent.

Les secrets bien cachés reviennent à la surface pendant que leur père – victime d’un racisme humiliant et lui-même coupable de terribles violences familiales – reste inconscient. Quand sa condition empire, mère et filles de débattent entre leurs espoirs de le voir survivre ou mourir, et leurs propres démons et secrets cachés.

Bien sûr le livre n’explique ni ne justifie les excès dont on entend parler au quotidien dans une société indienne archaïque même si éduquée, mais il illustre de l’intérieur, avec une écriture simple et forte, le drame quotidien que vivent de trop nombreuses femmes du continent. Une très bonne lecture.

IndridasonLes nuits de Reykjavik, d’Arnaldur Indridason***

Lu en anglais (Reykjavik nights), ce livre a été traduit et publié en français en 2015.

Erlendur le solitaire vient d’entrer dans la police, et les rues de Reykjavik dans lesquelles il patrouille de nuit sont agitées : accidents de la circulation, contrebande, vols, violences domestiques… Des gamins trouvent en jouant dans un fossé le cadavre d’un clochard qu’il croisait régulièrement dans ses rondes. On conclut à l’accident et l’affaire est classée. Pourtant le destin de cet homme hante Erlendur et l’entraîne toujours plus loin dans les bas-fonds étranges et sombres de la ville. On découvre ici ce qui va faire l’essence de ce personnage taciturne : son intuition, son obstination à connaître la vérité, sa discrétion tenace pour résister aux pressions contre vents et marées, tout ce qui va séduire le commissaire Marion Briem. En racontant la première affaire d’Erlendur, le policier que les lecteurs connaissent depuis les premiers livres de l’auteur, Arnaldur Indridason dépasse le thriller et écrit aussi un excellent roman contemporain sur la douleur et la nostalgie.

Retour en arrière, donc, dans « l’historique » du commissaire islandais, puisqu’on se retrouve à ses débuts, mais le livre est en fait le 13ème de la série des Erlendur, publié en islandais en 2012. Un très bon Indridason.

Strange shores, d’Arnaldur Indridason ****

aastrangeshoresD’un livre à l’autre, on apprend quelques miettes du passé d’Erlendur, le fameux détective d’Indridason, et en particulier de son enfance, troublée par une sortie avec son père et son petit frère au cours d’une furieuse tempête de neige, de laquelle ce dernier ne reviendra pas. La famille a migré à Reykjavik, et les années ont passé. Mais Erlendur passe toutes ses vacances à retourner sur ce lieu de son enfance où il a grandi et où son frère a disparu.

Au cours de l’une de ces périodes estivales, et bien qu’en vacances, il résoudra le mystère d’une autre disparition suspecte datant de l’époque de la seconde guerre mondiale, dans une autre tempête, en même temps qu’il poursuivra ses éternelles recherches sur le sort de son petit frère.

Dans ces campagnes et ces côtes où les hivers sont furieux, les disparitions ne sont pas rares. Et quelques histoires de survie, dans des conditions dantesques, révèlent les limites insoupçonnées de l’endurance humaine. D’autres histoires, et d’autres découvertes faites par les chasseurs qui sillonnent ce milieu hostile, permettront à Erlendur de mettre un terme à l’attente de sa défunte mère. « Quand tu retrouveras ton petit frère… »

Jar City, d’Arnaldur Indridason ***

aajar_city1Un homme est trouvé mort dans son appartement de Reykjavik. Les seules pistes sont une note assez cryptique retrouvée sur le corps et la photo de la tombe d’une petite fille.

En creusant dans la vie de la victime, l’inspecteur Erlendur découvre que quarante ans plus tôt l’homme a été accusé d’un horrible forfait., mais jamais condamné. Est-ce que c’est son passé qui l’a rattrapé ?

Alors qu’Erlendur essaie difficilement de renouer les fils avec sa fille malheureuse, l’enquête le conduit au Centre Islandais de Recherche Génétique, où il découvre des secrets assez troublants, encore plus noirs que le meurtre du vieil homme.

Pas un des meilleurs Indridason, l’histoire est construite autour d’études réelles sur les particularités génétiques d’une population de petite taille, longtemps isolée du reste du monde. Une maladie génétique identifiée sur un petit nombre d’individus, avec une transmission de génération en génération via des porteurs sains, est entremêlée dans une histoire de crimes sexuels et d’enfants illégitimes. La science ne laisse que peu de place au mystère…

Betty, d’Arnaldur Indridason **

Betty

Dans ma cellule je pense à elle, Betty, si belle, si libre, qui s’avançait vers moi à ce colloque pour me dire son admiration pour ma conférence. Qui aurait pu lui résister ? Ensuite, que s’est-il passé ? Je n’avais pas envie de ce travail, de cette relation. J’aurais dû voir les signaux de danger. J’aurais dû comprendre bien plus tôt ce qui se passait. J’aurais dû… J’aurais dû… J’aurais dû…
Maintenant son mari a été assassiné et c’est moi qu’on accuse. La police ne cherche pas d’autre coupable. Je me remémore toute notre histoire depuis le premier regard et lentement je découvre comment ma culpabilité est indiscutable, mais je sais que je ne suis pas coupable.

Rien à voir avec la série des commissaire Erlendur. Cela commence comme sur une base archi galvaudée: le naïf héros tombe dans les filets d’une femme qui veut se débarrasser de son riche époux pour toucher le gros lot et cherche le dindon de la farce. Sujet traité maintes fois sur le papier et sur l’écran. J’ai eu du mal à m’accrocher au début, tant cela sonnait cliché. La belle trop belle et trop séduisante pour être honnête. Le couillon trop couillon pour ne pas tomber dans ses gros filets. Et puis patatras, vers le milieu du bouquin plus rien ne ressemble à rien. On a une grosse surprise. Puis plus rien. On retombe dans tous les clichés du piégé-coupable-parfaitement-innocent que tout condamne parce que le complot a été soigneusement monté. Une pirouette, une bonne idée, mais pas deux. Betty est un des premiers romans d’Indridason, traduit sur le tard pour que l’éditeur puisse surfer sur la popularité d’Erlendur et vende du papier. Quand après ça je lis que la majorité des lecteurs ont trouvé le bouquin génial (cinq étoiles), encore une fois je ne me demande plus pourquoi Patrick Sebastien a tant de succès. C’est pas aussi nul que Sebastien, j’exagère, mais c’est très loin des derniers romans du même auteur. Alors cinq étoiles, c’est du grand n’importe quoi.

La voix, de Arnaldur Indridason ***

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Il ne manque plus que quelques jours avant Noël et le portier de ce grand hôtel de Reykjavik, et prère Noël occasionnel, Gudlauger, a été retrouvé mort, poignardé dans sa chambre, dans une situation sexuellement compromettante. Le gérant de l’hôtel veut à tout prix cacher ce meurtre à ses clients mais le détective Erlendur découvre rapidement que derrière les bonnes apparences de l’hôtel se cachent un certain nombre de pêchés. Si le personnel comme les clients ont un certain nombre de choses à cacher, c’est la victime qui est le personnage le plus étonnant: de nombreuses années en arrière, il était le plus célèbre enfant chanteur de son pays. Cette gloire éphémère est-elle liée à sa mort? Ou bien tout n’est qu’une affaire de famille, liée au père et à la soeur dont il est séparé depuis toutes ces années?

Un bon Indridason, le troisième de la série (2003)… qui manquait encore à notre collection. Attention, il ne faut pas lire les romans d’Indridason de façon trop rapprochée parce que si les intrigues ne se ressemblent pas, le contexte (solitude, drogue, relations parents-enfants) est franchement répétitif – c’est le risque de la série avec les mêmes personnages/héros et leurs éternels problèmes personnels.

Lu en anglais (Voices)

Le livre du roi, de Arnaldur Indridason ***

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Le livre du roi d’Arnaldur Indridason, Métaillé (2013)

En 1955, un jeune étudiant islandais arrive à Copenhague pour faire ses études. Là il va se lier d’amitié avec un étrange professeur, bourru, érudit et buvant sec, spécialiste des Sagas islandaises, ce patrimoine culturel inestimable qu’ont protégé les Islandais au long des siècles comme symbole de leur nation. Il découvre le secret du professeur, l’Edda poétique, le précieux Livre du roi, dont les récits sont à l’origine des mythes fondateurs germaniques, lui a été volée pendant la guerre par des nazis avides de légitimité symbolique.
Ensemble, le professeur et son disciple réticent, qui ne rêve que de tranquillité, vont traverser l’Europe à la recherche du manuscrit. Un trésor pour lequel certains sont prêts à voler et à tuer. Un trésor aussi sur lequel on peut veiller et qu’on peut aimer sans en connaître la valeur.
Une histoire inhabituelle et une aventure passionnante sur ce qu’on peut sacrifier et ce qu’on doit sacrifier pour un objet aussi emblématique qu’un livre.

Pas de commissaire Erlendur dans ce roman d’Indridason, qui nous rappelle qu’avant d’être l’auteur de romans policiers à succès que le monde entier connaît, il a étudié l’histoire à l’Université d’Islande. On peut avoir un moment d’inquiétude quand Indridason se lance dans un cours sur la littérature islandaise pour les nuls, mais le roman d’aventure l’emporte sur le roman d’histoire et on se laisse prendre aux péripéties rocambolesques de l’enquête menée par le vieux professeur et son jeune assistant.