Une part de ciel, de Claudie Gallay ****

partdeciel

Aux premiers jours de décembre, Carole regagne sa vallée natale, dans le massif de la Vanoise, où son père, Curtil, lui a donné rendez-bous. Elle retrouve son frère et sa soeur, restés depuis toujours dans le village de leur enfance. Garde forestier, Philippe rêve de baliser un sentier de randonnée suivant le chemin emprunté par Hannibal à travers les Alpes. Gaby, la plus jeune, vit dans un bungalow où elle attend son homme, en taule pour quelques mois, et élève une fille qui n’est pas la sienne. Dans le Val-des-Seuls, il y a aussi le vieux Sam, pourvoyeur de souvenirs, le beau Jean, la Baronne et ses chiens, le bar à Francky avec sa jolie serveuse…

La quatrième est trop longue et je m’arrête ici. Coïncidence, j’ai commencé ce livre pendant ma semaine de randonnées dans les Alpes… en été. La neige, le froid, la nuit sont partout dans le roman. C’est l’histoire d’une famille, dans une vallée retirée qui se mobilise pour ou contre son développement en nouvelle station de ski. Comme les autres romans de Claudie Gallay, l’histoire – tellement ordinaire de beaucoup de ses personnages – est vraiment bien écrite. “On s’y croirait” parce que le contexte est là, comme les maisons du village, le froid, la neige ou la forêt, tout très bien rendu. Ce qui n’est pas ordinaire et les a tous marqués profondément, c’est l’enfance des trois frères et soeurs, leur maison brûlée et ce père, toujours absent, que l’on attend…

Prêt à lire un autre roman de cette auteure.

Emprunté à la médiathèque de Saussines

Seule Venise, de Claudie Gallay ****

Seule_Venise

A quarante ans, quittée par son compagnon, elle vide son compte en banque et part à Venise, pour ne pas sombrer. C’est l’hiver, les touristes ont déserté la ville et seuls les locataires de la pension où elle loge l’arrachent à sa solitude. Il y a là un aristocrate russe en fauteuil roulant, une jeune danseuse et son amant. Il y a aussi, dans la ville, un libraire amoureux des mots et de sa cité qui, peu à peu, fera renaître en elle l’attente du désir et de l’autre.

Un tout petit livre, à l’inverse des déferlantes, avec des chapitres très courts, des phrases de quelques mots. Et c’est étonnant, parce qu’avec ces quelques mots, ces petites phrases, les images apparaissent et on se sent à Venise. Et c’est pareil pour les personnages et leurs histoires qui s’entrecroisent. Claudie Gallay arrive à mettre beaucoup dans très peu. Je me suis pris à penser que j’aimerais savoir écrire comme elle. C’est une épure: quelques traits et on se sent déjà là, au milieu de ces gens. On les voit. Et on sent Venise comme si on y était. J’ai lu le livre en moins d’une journée, chose rare.

Emprunté à la Médiathèque de Lunel

Les déferlantes, de Claudie Gallay ****

les deferlantesLa Hague… Ici on dit que le vent est parfois tellement fort qu’il arrache les ailes des papillons. Sur ce bout du monde en pointe du Cotentin vit une poignée d’hommes. C’est sur cette terre âpre que la narratrice est venue se réfugier depuis l’automne. Employée par le centre ornithologique, elle arpente les landes, observe les falaises et leurs oiseaux migrateurs. La première fois qu’elle voit Lambert, c’est un jour de grande tempête. Sur la plage dévastée, la vieille Nan, que tout le monde craint et dit à moitié folle, croit reconnaitre en lui le visage d’un certain Michel. D’autres, au village, ont pour lui des regards étranges. Comme Lili, au comptoir de son bar, ou son père, l’ancien gardien de phare. Une photo disparaît, de vieux jouets réapparaissent. L’histoire de Lambert intrigue la narratrice et l’homme l’attire. En veut-il à la mer ou bien aux hommes? Dans les lamentations obsédantes du vent, chacun semble avoir quelque chose à taire.

Une de mes inspiratrices, qui écrit dans le blog “le gout des livres“, et qui se dit fan de Claudie Gallay, avoue sa déception. Personnages antipathiques. Histoire invraisemblable. Ce qui eut été invraisemblable, pour moi, c’est de lire une belle histoire avec de beaux et gentils personnages attachants dans l’enfer qu’est cet endroit du bout du monde. Comme les plantes qui survivent sur ces landes constamment fouettées par le vent et les embruns, les gens sont cassés, rabougris, aigris, à moitié sonnés. Tous ont vécu et mal survécu aux tragédies de la mer et à leurs tragédies personnelles. Moi j’ai lu très vite ces 500 pages et beaucoup aimé ces personnages, qui ne cessent de s’espionner, cachés derrière leurs rideaux parce que c’est ce qu’on fait quand on vit dans un endroit pareil. Ils sonnent vrais, endurcis, tristes, méchants, mais quand même attachants. Claudie Gallay écrit bien. On voit ce qu’elle décrit. On entend les oiseaux.