Mille femmes blanches, de Jim Fergus ****

millefemmesblanches Le point de départ du roman est une visite de Little Wolf, chef cheyenne, à Washington DC en septembre 1874, au cours de laquelle il demande au président Ulysses S. Grant mille femmes blanches en échange de mille chevaux pour permettre la survie de la tribu et surtout permettre une intégration des descendants dans la civilisation blanche. En réalité, si Little Wolf est effectivement venu à Washington en 1873 (et non 1874), la teneur de ses propos est restée inconnue.

Dans le roman la population s’offusque, mais en coulisse, cette idée fait écho et une centaine de femmes (dans leur majorité des femmes emprisonnées ou internées en asiles psychiatriques — en échange de leur liberté — ainsi que quelques femmes très endettées ou sans famille) se portent volontaires dans un programme secret appelé FBI (Femmes Blanches pour les Indiens) pour vivre pendant deux ans au milieu des « sauvages ».
Le livre est présenté sous forme des carnets intimes d’une de ces femmes, May Dodd, retrouvés dans les archives cheyennes par J. Will Dodd, un des descendants de celle-ci. Le livre dénonce la politique du gouvernement d’alors vis-à-vis de ceux qu’il considérait comme des « sauvages ». Par le biais du journal de May Dodd, il présente d’un point de vue féminin le peuple indien, et leur grande naïveté qui les a perdus.

Le livre (publié en 1997), nous dit-on, a eu un plus grand succès en France qu’aux Etats-Unis. A peine surprenant quand on sait combien l’Amérique a encore du mal à sortir de son passé esclavagiste, et à reconnaitre les abus commis contre toutes ses minorités, au nom de Dieu (sans rire) ! C’est un roman très critique de ces pages de l’histoire américaine, à peine un roman historique, mais l’auteur sait nous faire pénétrer dans la vie quotidienne des “sauvages” avec les yeux d’une femme blanche qui a fuit l’internement psychiatrique imposé par sa famille pour avoir vécu un amour hors mariage. Elle découvre, entre autres choses, que ces peuples vivaient en parfait équilibre avec la nature jusqu’à ce que les colons blancs détruisent leur “écosystème” en tuant leurs bisons, envahissant leurs terres ancestrales au nom du plus fort, et en important alcool et maladies. Les derniers survivants finiront dans des réserves où on les forcera à passer d’une vie de chasseurs nomades à une vie d’agriculteurs sédentaires pour laquelle ils n’ont aucune aptitude. C’est bien écrit. Le style – le journal d’un témoin – est agréable. Une très bonne lecture.

Emprunté à la médiathèque du Pays de Lunel

Chrysis, de Jim Fergus ****

JimFergus

Paris, 1925. Gabrielle “Chrysis” Jungbluth, âgée de 18 ans, entre à L’Atelier de Peinture des Élèves Femmes de L’École des Beaux-Arts, pour travailler sous la direction de Jacques Ferdinand Humbert, qui fut le professeur de George Braque. Exigeant, colérique, cassant, Humbert, âgé de 83 ans, règne depuis un quart de siècle sur la seule école de peinture ouverte aux femmes. Mais malgré toute son expérience, il va vite se rendre compte que Chrysis n’est pas une élève comme les autres.
Précoce, volontaire, passionnée et douée d’un véritable talent, cet esprit libre et rebelle bouscule son milieu privilégié et un monde de l’art où les hommes jouissent de tous les privilèges. Elle ne tardera pas à se perdre dans les plaisirs désinvoltes et à devenir l’une des grandes figures de la vie nocturne et émancipée du Montparnasse des années folles. C’est là qu’elle va rencontrer Bogey Lambert, un cow-boy américain sorti de la légion étrangère, avec qui elle va vivre une folle histoire d’amour.

Jungbluth
L’orgie, de Gabrielle Jungbluth (Paris, 1925).

Dans un préambule émouvant, Jim Fergus nous raconte une histoire personnelle très forte liée à l’une des œuvres de Chrysis Jungbluth, peintre tombée à tort dans l’oubli. C’est cette histoire qui l’a mené à s’intéresser à la vie de cette artiste. Après de longs mois d’enquête, il a réuni un bon nombre d’éléments biographiques qui lui ont permis de romancer le destin bouleversant de cette héroïne passionnée et passionnante, à une époque unique de l’Histoire du XXe siècle, où tout semblait permis.

Bien sûr je ne suis pas allergique à la lecture d’une belle histoire d’amour, de temps en temps. Mais le livre de Fergus est beaucoup plus que cela. C’est une très belle peinture d’une époque difficile à imaginer aujourd’hui où, après les contraintes et sacrifices de la grande guerre, la jeunesse ne pense qu’à vivre intensément l’instant présent dans un Paris de la nuit et de la fête. Fergus écrit bien. Ses personnages sont attachants. Il faut maintenant que je lise le livre qui l’a lancé en France: Mille femmes blanches (2000).

Emprunté à ma médiathèque de Saussines