Chemin de Compostelle, étape n°10

Belorado. Tout le monde sait où c’est ? Bon, bien sûr, c’est…

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… sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle. Vous aviez trouvé. C’est aussi dans la région de Castille et Léon, on est sorti de la Rioja et on ne peut pas l’ignorer:

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Les 22 km du jour, parcourus sous un ciel gris, sans pluie, et une température presque hivernale – 6° (positifs) au départ, maxi de 13° à l’arrivée… idéale quand même pour le marcheur, les 22 kms, donc, sont passés comme une lettre à la poste. À 12h30 j’avais trouvé mon hôtel-restaurant. Douche, changement de tenue, pieds nus en éventail et prêt pour une salade chèvre chaud en regardant les cigognes au-dessus du clocher situé juste derrière l’hôtel (et la salle du restaurant).

La rencontre du jour? Un couple de français, de Bayonne. Partis fin avril, une dizaine de jours avant moi, et bloqués à Los Arcos à cause du dos de monsieur. Ils sont rentrés chez eux dans la matinée: quatre autobus, mais avec des fréquences telles qu’ils n’ont jamais attendu leur correspondance. Super système de transport public! Massages et une semaine de repos, et ils sont repartis de Los Arcos. Leurs vacances ne durant qu’un mois (tout le monde n’est pas en vacances permanentes), ils s’arrêteront sans doute à Léon, pour finir le chemin l’an prochain.

Si quelqu’un s’étonne des chaussures roses (voir photo ci-dessous), c’est la conséquence des 29 km entre Logroño et Nagera. J’étais arrivé avec la plante des pieds un peu chaude et, examinant la semelle de mes baskets, je l’avais trouvée un peu fine… Je suis donc entré dans la boutique de sports des opportunistes locaux, pour me voir suggérer des chaussures de trail. Avantages: largeur du pied (toutes les Salomon, beaucoup plus chères m’ont été déconseillées parce que plus étroites), souplesse du dessus en toile aérée, épaisseur de la semelle pour éviter de trop sentir les cailloux… et prix – une des chaussures les moins chères de la boutique, de marque espagnole (made in China, of course). Et hop me voila transportant trois paires de chaussures + une paire de sandales. Je connais quelqu’un qui va dire que je vais bientôt pouvoir ouvrir une boutique de chaussures de randonnée de deuxième main… euh non, de deuxième pied.

Chemin de Compostelle, étape n°9

Passé les 200 km, on commence à faire son fier, et puis un type arrive de l’arrière, tout sourire, et après quelques questions/réponses sur mon charriot, on entame une petite conversation… bel anglais avec un accent très suisse, je demande d’où il vient, et il me répond – préparez-vous pour la surprise : “de Suisse !” Je demande des précisions, et j’apprends ainsi qu’il est zurichois… et qu’il vient de dépasser la barre des 900 km, étant parti du Puy en Velay. Je commence donc par mettre un “compeed” sur ma fierté, et puis je passe au gros pansement quand il ajoute que sa femme, elle, est allé à Compostelle l’an passé en partant de chez eux, près de Zürich, et qu’elle ne s’est arrêtée qu’en arrivant au cap Finistère. Trois mois de marche. J’en connais qui dirait “on rencontre des fous tous les jours”…

Je ne sais pas si je me suis levé trop tôt, si j’ai marché trop vite, ou si l’entrainement de la veille (29 km) m’a joué des tours, mais je suis arrivé à l’étape à douze heures (on ne peut pas dire midi et ajouter) sonnantes et trébuchantes. C’est peut-être un peu des trois.

Chemin de Compostelle, étape n°8

Dans les grandes villes, les entrées et sorties semblent interminables. À Logroño, on sort par une longue voie verte et le Parc de la Grajera, qui se termine par un grand lac de barrage. Quand on est là on a déjà marché cinq kilomètres, mais pour une fois pas sur des trottoirs. Navarette est la seule “escale” possible dans l’étape du jour, mais les gens du coin n’ont pas encore compris le parti à tirer des pèlerins passant par là. J’ai donc pris mon petit déjeuner dans un food truck, un peu plus loin. Partout on trouve du jus d’orange fraichement pressée et c’est bien agréable. Et la part de tortilla réchauffée au micro-onde qui va bien avec. Peu après Navarette, donc à peu près à mi-chemin, la pluie a commencé à tomber. Arrêt technique: je sors la cape de pluie et les deux housses plastiques pour protéger les deux sacs et leur contenu. Les éclaircies ont fait leur réapparition seulement en arrivant à Najera. Ne me demandez pas de prononcer ce nom. 29 km, dont je n’ai pas vu passer les cinq ou six derniers, distrait comme je l’étais par les aventures d’un autre pèlerin né en 1947, de parents réfugiés de la guerre d’Espagne. Ce monsieur – respect – en est à son 14ème chemin de Compostelle en dix ans ! Grand marcheur, il a aussi traversé l’Europe à pied, et fait de nombreux parcours encore plus fous en stop, notamment au travers de l’Afrique. Il a même rencontré madame Houphouet-Boigny à Abidjan en 1966. Qui lui a offert un job dans son fameux Hôtel Ivoire. Et j’ai trouvé le mien, mon tout petit hôtel sans aucune relation avec le palace ivoirien, mais avec tout le confort nécessaire au marcheur. Douche, vêtements changés, pieds en sandales, excellent déjeuner… et maintenant c’est l’heure de la sieste !

Chemin de Compostelle, deuxième pause

Logroño. Deux heures de ballade ce matin dans le centre-ville. Les berges de l’Ebre. La maison des sciences. Rues étroites et ombragées. Je suis impressionné par les nombreuses maisons qui ont des balcons fermés qui avancent sur la rue. Je croise mon jeune anglais encore une fois ! Ce sera la dernière, il retourne chez lui demain. Un autre pèlerin m’interroge comme si j’étais du coin : il cherche désespérement un opticien, me montrant ses lunettes cassées lors de l’étape de la veille… Je pense que j’ai une paire de rechange dans mon gros sac (cette fois). Je croise un nouveau chariot, le modèle à une seule roue, vu sur internet. Pas pratique du tout : le pèlerin doit le tenir à deux mains, dans le dos, et ne peut donc pas s’aider des bâtons. Tiens, ça me suggère un premier bilan du matériel emporté :

Revue du matériel, donc.

Le chariot. Tel que livré, la structure est fixée par des boulons bloquant qui ne résistent pas aux trépidations sur les cailloux. Les deux tests réalisés avant le départ me les avaient fait remplacer par des vis papillons associées à des rondelles-frein. Résultat : aucun papillon ne s’est envolé depuis le départ. J’ai perdu une roue, certes, sans doute mal serrée. Ma faute. Plus de problème depuis Pampelune. Je vérifie avant chaque départ et après un passage difficile. Le chariot enlève du poids sur le dos, mais il en rajoute sur les genoux, à la montée comme à la descente où il me pousse.

Les bâtons deviennent alors l’équipement le plus important. Il y a des pentes raides où je n’aurais pas réussi à tirer mon sac sans eux. Et en descente, ils m’empêchent d’être emporté, même si je fais des petits pas en avançant doucement. La pente est parfois bien raide.

Les chaussures. Après trois jours de chaussures hautes elles sont parties dans mon sac, remplacées par les basses. Si celles-ci sont mortes avant la fin, pas d’inquiétude, les locaux, très opportunistes, ayant ouvert des magasins de sport tout au long du chemin.

Le sac. Un petit dans le dos, avec ma deuxième paire de chaussures, le nécessaire pour la pluie et deux-trois trucs à grignoter. Léger. Celui du chariot est assez lourd (je le vois quand il faut monter un escalier à l’hôtel). J’apprécie les sacs plastiques de rangement sous vide pour le linge.

Et le bonhomme. À peine plus mal qu’au retour d’une de nos randonnées du dimanche. Ça coince un peu dans les rouages à l’arrivée, mais une douche bien chaude, la petite sieste de l’après-midi et surtout une bonne nuit de sommeil remettent les compteurs à zéro tous les matins. Je touche du bois.

Demain, 29 km.

Photos:

Et le jeu de l’oie géant, sur la place, qui sait encore comment ça marche ?

Chemin de Compostelle, étape n°7

Long. Près de 28km selon les uns, 29 selon les autres, 30 selon mes pieds. Blague à part, ils vont bien, ces pieds. Et les genoux aussi, dès qu’on leur dit que c’est fini pour la journée. Le chemin était de “qualité charriot” aujourd’hui, c’est à dire sans marche ni gros cailloux. Même un peu trop de goudron par endroits pour mon goût. Ce que les pieds n’aiment pas. Et on ne peut pas ignorer qu’on rentre dans la région de La Rioja: des vignes partout. Hors les cultures, c’est la garrigue, comme chez nous. Il y a même des capitelles! J’ai fait une photo spécialement à l’intention du Docteur es-capitelles de Saussines… et terminé mon chemin en compagnie de Julian. Dominicain (non, pas tondu et en soutane… un dominicain de Saint Domingue).  Il m’a dit qu’il avait cinq enfants. Pour ajouter aussitôt “mais ma femme est enceinte du sixième”. Et puis il a rigolé. “Quand elle l’a appris, elle m’a acheté un sac à dos ! C’est pour ton anniversaire, m’a-t-elle dit, 50 ans en décembre prochain… tu peux partir en pèlerinage à Saint Jacques de Compostelle, tout de suite !”

Hier soir au diner j’ai retrouvé mon jeune anglais de Zubiri. Il va s’arrêter à Logroño. Son temps de congés expire. Mais il dit qu’il reviendra en octobre pour continuer à partir de là. Pendant que je mangeais à côté, un serveur est venu m’apporter un téléphone: “Ives? C’est pour vous !” Eh oui, c’est ça la gloire, je suis perdu dans un petit village de Navarre et le garçon du café vient m’apporter un téléphone: “On vous appelle de Washington, c’est votre ami Donald !” Non. C’était le patron de ma “pension” qui venait de découvrir que deux de ses clients irlandais ne ressemblaient pas trop à un couple mais plutôt à deux rugbymen en pèlerinage, peu enclins à dormir ensemble dans “una cama matrimonial”. Est-ce que je voulais bien changer de chambre et leur laisser la mienne, plus petite, mais avec deux lits séparés? Of course ! Je les ai croisé ce matin, ces irlandais, et je leur ai dit que c’était grâce à moi s’ils n’avaient pas du dormir ensemble. Ils voulaient déjà m’offrir une bière à leur première pause. Mais moi, à 9 heures du matin…

Chemin de Compostelle, étape n°6

Symphonie en vert et jaune. Blé et colza. Sous un ciel gris. Mais sans pluie. Et donc avec une température idéale pour marcher… 21,3 km, entre 400 et 675m.

A peine sorti d’Estella, le chemin passe à côté d’un énorme domaine viticole et surprise, il propose “une fontaine à vin”. Il y a un robinet, chacun peu se servir. Je me suis contenté d’une photo. À huit heures du matin, je suis plutôt orange pressée. Mais l’endroit avait un certain succès auprès des pèlerins asiatiques, qui n’hésitaient pas à remplir leur gourde ou leur petit bouteille d’eau. S’ils sont ensuite arrivés à la ville-étape du jour, Los Arcos, ou non, je ne sais pas. J’imagine la même chose chez nous en France… impossible.

La végétation naturelle, entre les parties cultivées, ressemble un peu à notre garrigue, avec beaucoup de thym en fleurs, mais aussi des asphodèles, des genets, etc. Beaucoup de vignes et d’oliveraies entre les champs de grandes cultures.

Les douze derniers kilomètres, aucun village traversé. Alors un malin a eu l’idée d’installer un food truck au milieu. Succès assuré. Et la tortilla était encore meilleure que celle d’hier.

 

Chemin de Compostelle, étape n°5

Puente la Reina à Estella. 21,6 km. Entre 350 et 500m, avec une seule grosse côte, peu avant Mañeru. Chacun fait son chemin. En groupe, en couple, seul. Beaucoup (la majorité?) sans bagage, ne portant qu’un sac à dos avec le nécessaire pour la journée, leur valise les suivant d’hébergement en hébergement. La plupart de ceux-là viennent de loin. La plupart des autochtones portent leur sac, sur le dos ou sur leur vélo. Je n’ai encore rencontré personne avec un charriot, et je continue de répondre à des interviews à chaque endroit où les gens s’arrêtent. Aujourd’hui le chemin serpentait entre les terres agricoles. Beaucoup de blé. Quelques vignes et de petites oliveraies. C’est gentiment vallonné. Et c’est un paysage apaisant. Ce qui m’a frappé ce matin, c’est le nombre de personnes ayant des difficultés, de pied ou de genou. J’ai eu de la peine pour ce québécois, qui m’avait doublé en montant vers Mañeru, et que j’ai redoublé dans la descente ensuite, tant il peinait sur cette portion. Plus encore pour cette jeune espagnole, dont le pansement posé sur le genou l’empêchait carrément de plier la jambe. Ses amis l’attendaient patiemment. Et puis un peu partout on rencontre des gens assis au bord du chemin, pieds nus, occupés à se panser. Je touche du bois. J’ai bien mes tout petits soucis, mais vraiment rien de grave jusqu’ici.

Et on vient de dépasser la marque des 100 km depuis le départ.

 

Chemin de Compostelle, étape n°4

De Pampelune à Puente la Reina. 23,9 km. Entre 350m et 770m. La mécanique a bien tenu, malgré une portion très caillouteuse, pour monter puis redescendre le “Alto del Perdon”… un pardon qu’il fallait donc mériter. À l’arrivée, ce sont mes petits doigts de pied qui réclamaient. Une douche, deux heures pieds nus dans les sandales à déjeuner à la terrasse d’un café d’une géniale salade au chèvre chaud, et les doigts de pied vont mieux. J’ai commencé ma journée en discutant avec un allemand de Nuremberg (où pas loin) qui a fait plusieurs fois des bouts de chemin et se lance cette année dans le chemin complet. Il n’a rien réservé pour dormir et m’a avoué que l’an passé il s’était retrouvé le bec dans l’eau à Logroño. Pendant ma pause salade j’ai vu passer nombre de “pèlerins” à la recherche d’un lit. Pas de stress pour moi. J’ai profité de mon break d’hier pour trouver les deux réservations qui me manquaient encore. Je n’ai pas besoin de courir. Mes doigts de pied apprécieront.