Chemin de Compostelle, étape n°16

Imaginez une randonnée de 14-15 km, en une seule ligne droite, sans aucun dénivelé, plat de chez plat (j’exagère à peine, on a du se farcir une montagne hollandaise, dix mètres à monter au milieu de toute cette ligne droite), pas une maison, presque pas d’arbres, blé à gauche, blé à droite, aucun village traversé. Après quelques kilomètres sur le goudron en hors d’oeuvre au départ, pour se mettre en jambes. C’est l’essentiel de l’étape du jour, Carrión de los Condes – Teradillos de los Templarios, 26,3 km, dont 17,2 km entre Carrión et le premier village, Calzadilla de la Cueza, genre 12 habitants, trois vaches et six canards. Juste sauvé par le bistrot à l’entrée, et sa spécialité: la tortilla au jambon. Même les oranges n’arrivent pas jusque là, j’ai du me contenter d’une boisson reconstituée (au pays de l’orange, beurk). Rien à raconter, donc je passe au quart d’heure culturel: Teradillos de los Templarios appartenait à l’ordre des templiers, dont les membres se sont fait chauffer les pieds par l’inquisition jusqu’au dernier. Il faut dire que “l’Ordre des pauvres chevaliers du Christ”, créé par deux chevaliers français pour protéger les pèlerins après les premières croisades en 1119, était devenu beaucoup trop puissant et trop riche (notamment en France). Après avoir été pendant deux siècles le principal ordre de chevalerie du Moyen-âge, l’ordre est interdit par le roi de France en 1307, et sept ans plus tard son dernier grand-maître meurt sur le bûcher.

Chemin de Compostelle, étape n°9

Passé les 200 km, on commence à faire son fier, et puis un type arrive de l’arrière, tout sourire, et après quelques questions/réponses sur mon charriot, on entame une petite conversation… bel anglais avec un accent très suisse, je demande d’où il vient, et il me répond – préparez-vous pour la surprise : “de Suisse !” Je demande des précisions, et j’apprends ainsi qu’il est zurichois… et qu’il vient de dépasser la barre des 900 km, étant parti du Puy en Velay. Je commence donc par mettre un “compeed” sur ma fierté, et puis je passe au gros pansement quand il ajoute que sa femme, elle, est allé à Compostelle l’an passé en partant de chez eux, près de Zürich, et qu’elle ne s’est arrêtée qu’en arrivant au cap Finistère. Trois mois de marche. J’en connais qui dirait “on rencontre des fous tous les jours”…

Je ne sais pas si je me suis levé trop tôt, si j’ai marché trop vite, ou si l’entrainement de la veille (29 km) m’a joué des tours, mais je suis arrivé à l’étape à douze heures (on ne peut pas dire midi et ajouter) sonnantes et trébuchantes. C’est peut-être un peu des trois.

À bon (pied de) port et à pied d’oeuvre

Arrivé à Saint-Jean-Pied-de-Port ce soir, après un génial trajet de Montpellier à Bayonne en covoiturage (une espagnole et un argentin super sympas… et plus bavards que moi !!!) et quelques dizaines de kilomètres en car sncf – ça c’est possible. Le trajet en car passait par Villefranque, Ustaritz, Cambo, Itxassou… énormes souvenirs d’enfance puisque c’était là mon terrain de jeu préféré quand j’étais ado. Bémol, il pleut, et ça va continuer demain. La Pays Basque étant connu comme pot de chambre, le contraire m’aurait quand même un peu étonné. Et puis je suis équipé…

Les plus beaux villages de France: Saint-Jean-Pied-de-Port
La rue de la citadelle à Saint-Jean-Pied-de-Port, avec ma première “pension” à gauche. 

Un chemin des vignes, entre Aigle et Bex

Randonnée vaudoise, entre la gare d’Aigle et celle de Bex. Prononcer “bè”, pas “bé” ni ‘bèèèèèè’. On monte au château d’Aigle (photos) et ensuite… on se débrouille plus ou moins bien. Le balisage n’est pas top, et le descriptif trouvé sur “la Suisse à pied” n’est pas top non plus. Donc la rando vendue 14 km se termine à près de 17, mais on a l’habitude. Il faisait beau, TRÈS beau même – 25° à Aigle au retour (par le train entre Bex et Aigle) – une vraie journée d’été suisse. Beaucoup de monde partout, et donc embouteillages pour revenir à Lausanne. Mais une belle journée quand même.

Quelques photos:

Daddy’s gone a-hunting, de Mary Higgins Clark ***

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“Une chanson douce”, c’est le titre en français de ce n-ième roman de celle qui est, depuis cinquante ans, la grande dame du roman policier (et de suspense, souvent) américain.

Kate gît, inconsciente et grièvement brûlée, sur un lit d’hôpital. La jeune femme a réussi à échapper aux flammes qui ont ravagé, en pleine nuit, la manufacture familiale de meubles anciens et le bâtiment attenant où étaient stockées de précieuses antiquités. Simple accident ? Pour la police qui enquête sur la l’explosion à l’origine de l’incendie, Kate est suspecte : que faisait-elle là à une heure si tardive, elle qui travaille aujourd’hui pour une des plus grandes sociétés d’audit ? Pour innocenter sa sœur, Hannah est décidée à aller chercher sous les cendres la clé de cette inquiétante énigme. Au risque de découvrir un dangereux secret… La douce mélodie du passé devient vite entêtante quand la reine du suspense nous entraîne au cœur d’un fascinant mystère familial, hanté par un tueur sans scrupules.

Pas grand chose à en dire. MHC connait toutes les ficelles pour écrire un livre facile à lire. Si elle avait fait du suspense une spécialité, ici il n’y en a pas. Ni de grande surprise, non plus, quant à savoir qui est le méchant de l’histoire. Mais bon, ça se lit vite, c’est gentil… après tout, elle a fêté ses 90 ans, la dame, il ne faut plus lui demander de danser le rock !

Tortues à l’infini, de John Green ****

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Aza Holmes, 16 ans, a tout pour être aimée et avoir un bel avenir, mais elle a grandi avec une pathologie psychique. Qui est-elle, où est-elle, lorsque la spirale vertigineuse de ses pensées obsessionnelles s’empare d’elle? Vous aimerez Aza, qui raconte sa propre histoire, vous aimerez sa meilleure amie Daisy la tornade, et vous aimerez Davis, fils d’un milliardaire mystérieusement disparu.
Un trio improbable qui va mener l’enquête, et trouver en chemin d’autres mystères et d’autres vérités…

Ça, c’est le résumé sur le site de Babelio.

AZA, SEIZE ANS, n’avait pas l’intention de tenter de résoudre l’énigme de ce milliardaire en fuite, Russell Pickett. Mais une récompense de cent mille dollars est en jeu, et sa Meilleure et Plus Intrépide Amie Daisy a très envie de mener l’enquête. Ensemble elles vont traverser la petite distance et les grands écarts qui les séparent du fils de Russell Pickett: Davis. Ala essaie d’être une bonne détective, une bonne amie, une bonne fille pour sa mère, une bonne élève, tout en étant prise dans la spirale vertigineuse de ses pensées obsessionnelles. Aza, Daisy, Davis, trio improbable, trouvent en chemin d’autres mystères et d’autres vérités, celle de la résilience, de l’amour et de l’amitié indéfectible.

Ça, c’est la quatrième de couv.

… et je découvre, la dernière page tournée, qu’il s’agit d’un livre pour ados, publié par Gallimard Jeunesse ! Dois-je plaider coupable ? C’est le premier livre de John Green que je lis, j’ai adoré, et puisque ceux qui connaissent bien cet auteur disent, en général, qu’il a fait mieux que celui-là, je vais chercher ce que notre réseau de médiathèque à d’autre à me proposer. C’est un bouquin que j’ai lu en deux jours, et jusque tard le soir, parce qu’on ne peux pas ne pas sympathiser avec l’héroïne, Aza, malgré sa névrose, et son amourette avec le fils de. Lui-même est un autre personnage attachant, pas du tout fils de riche (où ce qu’on s’en fait comme idée). Daisy et la mère d’Aza sont des personnages secondaires, moins bien dessinés. Un zeste de roman policier, avec “l’enquête” des filles sur la disparition du vilain Pickett père, et un zeste d’humour en plus, et on a un très bon roman, à lire avant de le confier à vos ados…

Seule contre la loi, de William Wilkie Collins ****

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Le lendemain de ses noces avec Eustace Woodville, la jeune Valeria découvre qu’elle a épousé un homme dont le vrai nom est Macallan.
Cette découverte pique sa curiosité. Contre l’avis de tous, et bientôt en opposition violente avec tous ou presque, elle va s’employer, dans une angoissante solitude, à lever l’un après l’autre les masques supposés protéger une société (celle du meilleur monde) qui n’existe dirait-on que pour dissimuler ses propres turpitudes – assassinat, chantage, extorsion -, la Loi elle-même n’étant destinée, à fort peu près, qu’à fournir à cette société des alibis sur mesure. 
On comprend ici, comme jamais peut-être, les raisons de l’admiration conjointe de Borges et de Hitchcock pour Collins : l’enquête de l’intraitable Valeria (qui n’est elle-même qu’un alibi littéraire) est avant tout pour le lecteur l’occasion de s’égarer quatre cents pages durant dans un labyrinthe aux mille miroirs trompeurs.

Un policier écrit en … 1875 ! Surprenant, décoiffant, inclassable. Et inlachable surtout, jusqu’à la dernière page. Il faut se rappeler que Collins est un homme, que sa détective est une femme qui a toutes les qualités qu’une femme de son époque ne peut pas ou ne doit pas avoir, puisqu’on vous parle d’un temps où… la place des femmes était au salon ou à la cuisine, selon leurs origines et leur bonne ou mauvaise fortune. Pas étonnant que Collins soit considéré comme le père du roman policier anglais. Impressionnante lecture !

Black Water Lilies (Nymphéas noirs), de Michel Bussi ****

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“Trois femmes vivaient dans un village. La première était méchante, la deuxième était menteuse, la troisième était égoïste. Elles possédaient pourtant un point commun, un secret en quelque sorte : toutes les trois rêvaient de fuir… “

Tout n’est qu’illusion, surtout quand un jeu de miroirs multiplie les indices et brouille les pistes. Pourtant les meurtres qui troublent la quiétude de Giverny, le village cher à Claude Monet, sont bien réels. Au cœur de l’intrigue, trois femmes : une fillette de onze ans douée pour la peinture, une institutrice redoutablement séduisante et une vieille femme aux yeux de hibou qui voit et sait tout. Et puis, bien sûr, une passion dévastatrice. Le tout sur fond de rumeur de toiles perdues ou volées, dont les fameux Nymphéas noirs. Perdues ou volées, telles les illusions quand passé et présent se confondent et que jeunesse et mort défient le temps. Un étonnant roman policier dont chaque personnage est une énigme.

Ma chère épouse, qui voyage beaucoup entre la Suisse et la France et bouquine dans le train, essentiellement des livres en anglais, avait trouvé une quatrième de couv intéressante dans sa librairie préférée et acheté le livre d’un certain Bussi… avant de s’apercevoir, mais un peu tard, qu’elle venait d’acheter un roman français traduit en anglais. So what? Les Black Water Lilies sont aussi un très bon bouquin dans la langue de Shakespeare. Un roman policier, français donc, où, pour une fois, l’auteur est bien documenté. J’ai déjà parlé plusieurs fois de ces pages de remerciements à la fin des bouquins. des pages et des pages quand l’auteur est anglo-saxon. Pas seulement parce que les anglo-saxons sont plus polis que les français. Parce qu’ils ont, effectivement, beaucoup de monde à remercier. Parce qu’ils se documentent avant d’écrire sur un sujet qu’ils ne connaissent pas. Au contraire de la vaste majorité des écrivains hexagonaux.  C’est dit, na. Qui donc ne remercient personne. Bref, Giverny, l’impressionnisme, Monet, Bussi a bien étudié et du coup son roman tient la route, même si l’intrigue est quelque peu compliquée. On y est, on s’y croit, on voit des nymphéas partout. Et on ne sait plus lâcher le bouquin. Jusqu’à la fin. Inattendue.