Le mystère Henri Pick, de David Foenkinos ****

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C’est une phrase de Bernard Pivot, dans le Journal du Dimanche, qui résume le mieux ce petit roman: “le récit d’une supercherie littéraire. Astucieuse, amusante, cruelle”. Tout est dit. C’est une supercherie inattendue. L’idée est très astucieuse. Le ton est amusant. Le monde de la littérature est un monde cruel.

En Bretagne, un bibliothécaire décide de recueillir tous les livres refusés par les éditeurs. Ainsi, il reçoit toutes sortes de manuscrits. Parmi ceux-ci, une jeune éditrice découvre ce qu’elle estime être un chef-d’œuvre, écrit par un certain Henri Pick. Elle part à la recherche de l’écrivain et apprend qu’il est mort deux ans auparavant. Selon sa veuve, il n’a jamais lu un livre ni écrit autre chose que des listes de courses… Aurait-il eu une vie secrète ? Auréolé de ce mystère, le livre de Pick va devenir un grand succès et aura des conséquences étonnantes sur le monde littéraire. Il va également changer le destin de nombreuses personnes, notamment celui de Jean-Michel Rouche, un journaliste obstiné qui doute de la version officielle. Et si toute cette publication n’était qu’une machination?

J’ai beaucoup aimé. Le livre fait partie de la catégorie “une fois commencé…” Une citation:
Selon lui, la question n’était pas d’aimer ou de ne pas aimer lire, mais plutôt de savoir trouver le livre qui vous correspond.

acheté chez Folio Poche, et j’ai eu beaucoup de plaisir pour seulement 8 € dépensés.

Entre Aspères et Saint-Clément

Balade de Mamie Mo n°2. Sur le journal local, elle est annoncée comme longue de 9 km, et faite en 3h. Je l’ai faite deux fois, dimanche en reconnaissance et aujourd’hui avec les copains. 7,2 km les deux fois, en 2h (1h30 seul en reconnaissance). Je me suis dit “le gars qui a écrit ça ne sait pas compter”. Et j’ai maintenant la preuve (voir photo du pont). Il écrit qu’à un moment on débouche “sur le splendide pont à une seule arche”. 🤣🤣🤣 même jusqu’à deux il ne sait pas compter ! Bon… il annonce aussi que l’eau du Quiquilhan (Pagnolesque le nom du ruisseau, vous ne trouvez pas?) est à 17° toute l’année. On a envoyé Papy Po pour confirmer (photo), c’est vrai. De là à parler d’eau chaude (3ème photo). C’est peut-être un chti qui a baptisé le chemin ?

Deux découvertes norvégiennes

Trouvées, dans La petite Librairie de Sommières, deux perles.

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Herbjørg Wassmo, Le testament de Dina

Exrême nord de la Norvège, 1890. La fougueuse Dina n’a pas survécu à ses blessures lors de l’incendie de Reinsnes.
L’église est bondée le jour de ses funérailles et, face à la foule, sa petite-fille Karna témoigne de sa confession: « Moi, Dina, j’ai de mes propres mains fait en sorte que le traîneau tombe dans le gouffre et provoque la mort de Jacob Grønelv. J’ai tiré un coup de fusil lapon sur le Russe Léo Zjukovsky et provoqué sa mort. Je me reconnais coupable. Je demande cependant qu’on libère mon corps. Dans la mer. » Puis Karna se mure dans le silence.
Quel destin pour l’héritière de Dina, égarée dans un monde tissé de non-dits et de désirs?

Benjamin, Anna, Joakim, Peder, et bien sûr Karma sont les cinq personnages de cette sombre mais palpitante histoire qui termine un cycle de… neuf romans. Et je commence par le dernier, faute d’avoir découvert avant cette fameuse Dina et sa mère écrivaine, Herbjørg Wassmo ! L’héroïne de la saga, Dina, meurt dans l’incendie de la maison ancestrale au début du roman. Elle a demandé à sa petite fille de lire sa dernière lettre, ses dernières volontés, lors de la cérémonie à l’église. Cette lecture, et ce qu’elle révèle, constituent un choc d’une telle violence pour cette adolescente qu’elle en perd la parole et doit être internée dans un hôpital psychiatrique. Le monde qui l’entoure se fissure, tangue tel un bateau dans la tempête, avant de retrouver et pouvoir lui offrir ce qui ressemble à une nouvelle stabilité, une nouvelle normalité. Une suite est possible. Vais-je repartir en arrière pour lire le premier de la saga, le roman de Dina ? Tentant.

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Gert Nygårdshaug, Le zoo de Mengele

La vie du jeune Mino Aquiles Portoguesa, chasseur de papillon, changera à jamais le jour où il verra son village et sa forêt réduits à néant par les grandes compagnies pétrolières américaines, et tous ceux qu’il aime tués ou envoyés dans les bidonvilles des mégapoles sud-américaines.
Alors il deviendra le bras armés de cette Amazonie que l’homme blanc foule au pied, de tous ces pauvres gens sacrifiés au nom du progrès.
Alors il les tuera à son tour.
Tous. Un par un.

Vendu à 150.000 exemplaires dans un pays de 5 millions d’habitants, le zoo de Mengele a été traduit dans une langue étrangère, le français, 25 ans après sa parution en Norvège. l’histoire n’a pas grand chose à voir avec le “médecin” nazi de sinistre réputation, mais avec la manière dont la politique, l’économie mondiale, la consommation effrénée, le bien-être tel que perçu par les occidentaux ou les asiatiques se fichent royalement de l’écologie en général, et de la biodiversité en particulier. Le roman se focalise sur le bassin amazonien et toutes les exactions qui s’y commettent impunément depuis plus de cinquante ans. L’histoire de 1989 pourrait avoir été écrite hier, rien n’a changé. C’est un roman, un peu caricatural mais pas trop, par moment tropical et imaginaire à la manière d’un Garcia Marquez, polar noir mode terrorisme écologique, ça se lit vite. J’ai dit que cela fait le buzz là-haut en Norvège – le livre le plus vendu de la littérature locale – et comme il semble que l’auteur ait tout dit sur ce zoo, je suis sceptique sur l’existence d’un tome 2 et d’un tome 3. L’histoire a-t-elle besoin d’une suite ou ne fait-on que surfer sur le succès de ce premier essai pour répéter la même recette? Comme je suis d’un naturel curieux, j’essaierai quand même le tome 2…

Au fond du trou

Je lis beaucoup, ce n’est un secret pour personne, mais je n’aime pas trop “chercher” mes bouquins. C’est sans doute un défaut, qui va beaucoup plus loin que mes seules emplettes littéraires, parce que je fais toutes mes courses alimentaires ou mes courses vestimentaires en dix fois moins de temps que va mettre mon épouse pour acheter le quart de ce que j’achète en une seule sortie en magasin. Bien sûr vous allez me dire – comme elle – qu’en faisant cela si vite, j’achète n’importe quoi. La vérité, c’est que je ne suis vraiment pas traumatisé si une fois arrivé dans ma cuisine je m’aperçois que les mini toasts pour l’apéro ont été dorés dans une huile qui est un mélange de colza et de palme. Et je me fiche complètement de savoir si le t-shirt que j’enfile pour partir randonner a été tissé dans l’est de la France ou le sud de la Chine. Je ne devrais pas ? Pour moi l’important c’est la belle randonnée et l’apéro convivial. Le reste… littérature?

Bon, mais plus sérieusement, pour les livres, alors ? Je fais vite aussi, mais dans ce que je considère être un assez large éventail de “suggestions”. D’abord il y a ma bibliothèque préférée, dans mon petit village du sud de la France. Elle est “en réseau” avec plusieurs autres bibliothèques, rassemblant un stock d’environ 30.000 ouvrages. Si je ne trouve pas “chez nous”, je peux aller sur internet voir si autre bibliothèque du réseau possède ce que je cherche. Si je cherche un auteur particulier. Mais comment en viens-je chercher un auteur particulier?

Je lis par hasard ou par suggestion. Le hasard, c’est quand je me réveille un vendredi soir  pour découvrir, horrifié, que je n’ai plus rien à lire. je me précipite à la bibliothèque, ouverte les vendredis de 5 à 7 comme chacun sait, et je m’y promène, le nez en l’air. Il y a un stand des nouveautés… où les quatrième de couv’ peuvent être source d’inspiration, et les rayons, où quelques livres sont mis en avant, et les autres sont à retirer, un par un, pour lire cette même quatrième de couv’ et une ou deux pages au milieu du bouquin. Le hasard fait bien les choses une fois sur deux ou trois. Cette semaine, c’était une fois sur deux. J’y reviens plus bas.

Les suggestions interviennent plus souvent que le hasard. Il y a les innombrables messages d’Amazon.com – je possède un Kindle – qui me recommandent ceci ou cela. Les messages des blogs littéraires que je suis. Les soirées “millefeuilles” de l’association qui gère notre bibliothèque, ou chacun vient parler d’un livre qu’il ou elle a aimé en s’empiffrant de nairas à apéritif un verre à la main. Les discussions le long des chemins avec mes copines de randonnée (les mecs ne parlent que rarement de bouquins en marchant, je ne sais pourquoi). Et bien sûr les recommandations de mon épouse, qui lit elle aussi abondamment. Et j’en oublie sans doute.

Donc cette semaine, je suis tombé… au fond du trou. L’humour américain. On rit rarement en lisant un livre, mais quand ça arrive, c’est génial. Je comprends qu’on puisse ne pas tous rire de la même chose, mais quand la quatrième de couv’ vous annonce que vous allez hurler de rire, méfiez-vous… Si je vous parle du mec qui se fait couper le zizi parce que la voiture dans laquelle il est en train de se faire tailler une pipe est dans l’allée menant au garage d’une maison où aucune voiture n’est jamais garée et que le mari rentre à la maison plus tôt que prévu pour faire une surprise à sa femme (effectivement surprise puisque c’est elle qui est à moitié couchée sur le siège passager du mec sus-nommé)… ou si je vous parle de la petite fille de quatre ans qui arrive dans la chambre de ses parents pour trouver sa maman toute nue à quatre pattes sur son lit avec un boutonneux de seize ans, tout nu lui aussi, qui la pousse par derrière par à-coups comme pour la faire tomber… vous avez reconnu John Irving. Le monsieur écrit assez bien, mais c’est avec un humour pour le moins assez raz des pâquerettes. Il y a pire: Lisa Lutz et ses Spellman. les aventures d’une famille de détectives privés, qui s’apparentent aux sitcoms de la télé américaine. Des livres-scénarios où on est surpris de ne pas trouver une parenthèse toutes les deux ou trois lignes, du style:

(RIRES)

Et vous devez rire grassement à ce moment-là “Un monde de cinglés à hurler de rire”, si si, c’est écrit (sur la quatrième de couv’). Du moins, c’est comme ça que ça marche si vous regardez ces séries américaines, traduites en français, et vendues pour trois francs six sous aux chaines les plus nulles de notre bouquet TNT. Bon, vous lâchez prise après 46 pages et vous vous dites, comme un certain détective d’un tout autre gabarit: “mais c’est bien sûr…” Ce qui signifie sans doute que vous venez  enfin de comprendre pourquoi les Etats-Unis ont élu Donald Trump comme président alors qu’il y a tellement de gens intelligents et plus compétents dans leur pays.

C’est ma femme qui a raison. Je devrais passer un peu plus de temps à choisir mes lectures. À éviter donc:

Reconnaissance au Capu di Muru

Une des randonnées que le club pourrait faire si c’est la Corse qui est l’option choisie. Elle est relativement courte (9km) et c’est la plus proche du camping. Randonnée classée “rando-maillot-de-bain” parce que à la pointe de la presqu’ile on a le coin idéal pour pique-nique et baignade (à côté de la chapelle dont on voit l’intérieur ci-dessous). La première partie de la rando se passe dans le maquis, puis après la tour génoise de laquelle on a une vue 360° remarquable, notamment côté Ajaccio, on descend vers le bord de mer et on suit la côte sur une bonne partie du chemin de retour.

Immortelle randonnée, de Jean-Christophe Rufin *

Rufin

 

Une œuvre d’art ne sert à rien. C’est un plaisir.

À mon retour de Compostelle, une amie m’a prêté le livre de Jean-Christophe Rufin. Arrivé à la moitié de ma lecture (et je n’irai pas plus loin), je m’interroge. À quoi sert ce livre ? Ce n’est pas un roman, ni une belle histoire, ni un essai sur un beau sujet. Ni un plaisir. C’est un récit de voyage. Raté.  Ou écrit pour lui-même, et l’éditeur s’est emmêlé les pinceaux et l’a publié tout de même parce que le nom de Rufin sur la couverture, vous comprenez, cela rapporte. Ce en quoi il ne s’est pas trompé parce que la multitude s’est jetée, à l’époque (2013), sur « le dernier Rufin », et inconditionnelle admiratrice, l’a inondé d’appréciations 5* comme si le bébé avait le quart de la moitié du niveau des romans du même auteur publiés jusqu’ici.

Qu’est-ce qu’un récit de voyage ? Aux siècles passés, c’était l’opportunité, pour tous ceux – la très grande majorité – qui n’avaient pas les moyens de sortir de leur trou, d’accéder à peu d’exotisme, de culture étrangère, de diversité, de rêve surtout. Le Chemin de Compostelle, c’est maintenant 300.000 marcheurs chaque année. Les guides pullulent, sur papier ou sur internet. De même que les récits de voyage, pour peu qu’on cherche un peu. Le récit de Rufin n’apporte aucune information nouvelle ni aucune information utile. Il n’a pas la prétention d’être un guide, heureusement. Mais il n’est pas non plus une belle peinture, comme un encouragement à se lancer dans l’aventure (ce que je souhaiterais à tout le monde de connaître) : il a mal aux pieds, il dort et mange n’importe où et avec le moins possible de contacts avec les autres, le spectacle des villes et de leurs misérables et interminables banlieues l’emmerde, la nature de la côte est défigurée par le béton, et en plus il pleut. Il avoue sa plus totale absence de préparation et ensuite donne des leçons sur ce que doit être « le vrai pèlerin », critiquant tous ceux qui ne font pas le Chemin comme lui… alors que comme l’indique très bien son titre, il « randonne » mais ne fait pas un pèlerinage, étant bien trop peu catholique pour ça. Oui le livre est bien écrit, parce que Rufin écrit bien. C’est donc très facile à lire. Et puis quoi ? Qu’est-ce qu’il y a dans ce « grand récit de voyage littéraire » pour justifier ne seraient-ce que 2* ? Rien.