Tant que dure ta colère, de Åsa Larsson ***

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Un livre à lire l’été, sur la plage, quand le sable est si chaud que l’on doit courir pour franchir les trois mètres séparant le parasol de la première vague.

Au nord de la Suède, à la fonte des glaces, le cadavre d’une jeune fille remonte à la surface du lac Vittangijärvi (ça ne pouvait être que celui-là). Est-ce son fantôme qui trouble les nuits de la procureure Rebecka Martinsson? Alors que l’enquête réveille d’anciennes rumeurs sur la mystérieuse disparition en 1943 d’un avion allemand dans la région de Kiruna, un tueur rôde, prêt à tout pour que la vérité reste enterrée sous un demi siècle de neige…

Bonne recette. Quelques faits divers bien réels qu’on assaisonne avec un peu de nature sauvage et de sauvages vivant dans cette nature. Une jeune et belle procureure qui préfère tout ce blanc et les chiens et les bagarres d’après-boire et conduites en état d’ivresse au bel et riche avocat de Stockholm et à sa vie toute programmée et bien rangée. Encore un livre où on s’y croirait… si, bien sûr, on n’était pas allongé sur la plage en le lisant. C’est assez plaisant, bien rythmé, avec le zeste de suspense qu’il faut même si personne ne doute un instant que les méchants seront attrapés.

J’avoue avoir été quelques secondes indisposé en début de lecture par la présence du fantôme de la première victime. Mais c’est un fantôme somme toute sympathique, et on s’habitue.

C’est le premier livre de Åsa Larsson que je lis, et j’y reviendrai volontiers. Comme… la prochaine fois que j’irai à la plage. En fait, je n’aime pas la plage. Mais bon, on peut y lire.

La bibliothèque des coeurs cabossés, de Katarina Bivald ****

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Quel plaisir y a-t-il à lire un livre merveilleux, si on ne peut pas le signaler à d’autres personnes, en parler et le citer à tout bout de champ?

Tout commence par les lettres que s’envoient deux femmes très différentes : Sara Lindqvist, vingt-huit ans, petit rat de bibliothèque mal dans sa peau, vivant à Haninge en Suède, et Amy Harris, soixante-cinq ans, vieille dame cultivée et solitaire, de Broken Wheel, dans l’Iowa. Après deux ans d’échanges et de conseils à la fois sur la littérature et sur la vie, Sara décide de rendre visite à Amy. Mais, quand elle arrive là-bas, elle apprend avec stupeur qu’Amy est morte. Elle se retrouve seule et perdue dans cette étrange petite ville américaine. Pour la première fois de sa vie, Sara se fait de vrais amis – et pas uniquement les personnages de ses romans préférés –, qui l’aident à monter une librairie avec tous les livres qu’Amy affectionnait tant. Ce sera pour Sara, et pour les habitants attachants et loufoques de Broken Wheel, une véritable renaissance. Et lorsque son visa de trois mois expire, ses nouveaux amis ont une idée géniale et complètement folle pour la faire rester à Broken Wheel…

Katarina Bivald a grandi en travaillant à mi-temps dans une librairie, en Suède… Ce livre est son premier roman.

Etrange comme un tel livre peut recevoir des critiques du meilleur au pire. Certains l’encensent. D’autres le jugent cucul, gnagnan, etc. parce que c’est un “feel good”, comme l’héroïne, Sara, le définit très bien: Il s’agissait de texte qu’on reposait avec un sourire, qui donnaient le sentiment que le monde était un peu plus fou, étrange et beau lorsqu’on relevait les yeux. Pas de prise de tête, une “gentille histoire”, située dans le fond du trou du monde américain, trente miles (il n’y a pas de kilomètres là-bas!) de maïs à gauche, autant à droite, devant ou derrière. C’est plat, c’est moche, c’est pauvre. Le dernier endroit où une touriste suédoise, française ou kazakh veut attérir pour ses congés payés. Mais Sara n’est pas une touriste, même si son visa dit le contraire. C’est une “bookivore” patentée, qui vient rendre visite à une autre bookivore patentée, avec laquelle elle correspond depuis de nombreux mois. Si la visite tourne autrement que prévue, c’est la faute à pas de chance et à tout ce qu’un microscopique village en perte de vitesse peut encore rassembler de gens paumés, bizarres, mais pas méchants (la différence avec un village de chez nous, où les méchants seraient probablement plus nombreux…). Et l’on s’aperçoit que même dans le fond du trou du monde américain il peut se passer des choses, on peut faire des rencontres intéressantes, voire plus si affinités. J’ai passé un bon moment à lire ce roman… et je l’ai reposé avec le sourire.

Emprunté à la médiathèque de Saussines

Automn Killing, de Mons Kallentoft***

mons-automneUn autre excellent auteur de polars du grand nord. Bref, un suédois. Très grand nord pour nous. Et très original aussi. Le flic, c’est une femme, Malin Förs. Dans les clichés du polar, la femme est intuitive et le supérieur, toujours un homme, la rappelle à l’ordre pour la ramener “aux faits, aux faits”. Le supéreur de Malin est bien un homme – la surprise ne va pas si loin que ça – mais il est plutôt satisfait des “intuitions” de Malin. Qui sont plus que des intuitions puisque Malin Förs, c’est la Jeanne D’Arc suédoise: elle entend des voix. Celles des morts bien sûr. Donc, de temps en temps dans le bouquin on trouve une ou deux pages en italique: ce sont les morts qui essaient de communiquer avec Malin. On ne tombe quand même pas dans la facilité puisque le mort ne dit jamais qui l’a tué, mais il est quand même à l’origine des “intuitions” malinesques. Ajoutez des flashbacks – retour sur l’enfance d’un des personnages par exemple – et vous avez les grandes lignes du style Kallentoft. Cela reste facile à lire. Et le personnage de Malin Förs est à la fois complexe (alcoolisme, célibat, mère d’une ado, etc.) et attachant. Les livres de Mons Kallentoft sont publiés en français par les éditions du Serpent à Plumes. J’avais acheté le mien en Afrique du Sud, donc en anglais, et je l’avais oublié…

Le marchand de sable, de Lars Kepler ***

aalarskeplerUn jeune homme erre le long d’une voie ferrée dans la nuit glaciale de Stokhlom. Il souffre d’hypothermie. En état de choc il n’est pas en mesure d’expliquer ce qui lui est arrivé et tient des propos incohérents à propos du Marchand de sable. Quand il donne enfin son nom, on découvre qu’il s’agit d’un garçon disparu treize ans plus tôt avec sa petite sœur. A l’époque, l’enquête avait conclu qu’ils faisaient probablement partie des dernières victimes de Jurek Walter, un tueur en série arrêté par Joona Linna. Mais le psychopathe purge sa peine depuis plus de dix ans en unité psychiatrique, dans un bunker souterrain sous haute sécurité.Où était le jeune homme séquestré depuis tout ce temps ? Jurek a-t-il un complice à l’extérieur, toujours à l’œuvre ? Et où est la petite sœur ?

Il y a urgence. Joona sait que Jurek Walter est un manipulateur et qu’il ne les aidera pas spontanément. Dans une ultime tentative de lui soutirer des informations, Saga Bauer, une collègue de Joona Linna, se fait passer pour une patiente et se laisse enfermer dans le bunker. De son côté, Joona sait que l’heure du face ) face avec l’homme qui l’a obligé à abandonner sa famille pour la mettre en sécurité approche…

Pour ce qui est de la crédibilité, la note serait plutôt basse, mais pour le suspense, c’est top. Bien sûr on devine la fin dès la page deux, mais on se laisse prendre quand même par le rythme, par l’ambiance assez glauque, par les personnages. Donc au bilan ça se lit vite et ce n’est pas mal. Les deux auteurs – Lars Kepler est le pseudonyme d’un couple d’écrivains suédois, Alexander et Alexandra (ça arrive aussi) – ont un goût tordu pour le crépusculaire.

Emprunté à la médiathèque de Saussines

Buried Angels, de Camilla Lackberg *

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La dernière fois, j’écrivais: “Too much? C’est compliqué à souhait, un zeste de suspense, des personnages sympathiques et des vilains un peu caricaturaux… justement, ces vilains !… Il semble que tous les vilains suédois (voire scandinaves) se soient concentrés en un seul point de la carte: Fjällbacka. Mme Läckberg exagère. Et pas seulement sur les vilains. Aussi sur les difficultés de ses personnages préférés dans leur vie de tous les jours. Bref, je commence à trouver que toute cette prose manque un peu trop de réalisme.”

Et comme je comprends vite, mais en prenant mon temps, je viens d’en lire un autre! La vérité, c’est que c’est ma très chère qui l’avait acheté, un jour en attendant son train. STOP ! Il faut que j’arrête de lire cette auteure. Vous avez déjà lu un Läckberg? Alors, vous avez TOUS lus! Le même bla-bla-bla autour des personnages, une gangue dans laquelle on se demande si on finira par trouver une intrigue, la concentration de tous les maux de la terre à Fjällbacka, 800 habitants… imaginez un peu ce que cette femme aurait écrit si elle était née à Saussines (34160) avec ses 1000 habitants ! On ne sait pas si c’est les longues nuits d’hiver, mais ils sont presque tous fous, dans ce bled. Et ceux qui ne le sont pas ont de graves problèmes familiaux. Une caricature !

Un paradis trompeur, de Henning Mankell ****

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Hanna a connu le froid avant la chaleur. La misère avant l’opulence. La Suède avant l’Afrique. Deux fois mariée, deux fois veuve, elle échoue au Mozambique où elle se retrouve à la tête d’un bordel. Au milieu des prostituées, sa couleur de peau dérange. Ce pays où la peur de l’autre habite les Blancs comme les Noirs est-il un paradis ou un enfer?

On est loin des Willander et de sa série de policiers suédois. Ce livre-là est un tout petit roman qui se lit d’un trait, comme le journal d’une jeune femme jetée hors de chez elle par la pauvreté au tout début du 20ème siècle, et qui va connaître une vie peu ordinaire, au hasard des rencontres. Mankell connaît bien le coin d’Afrique où elle échoue et il nous livre un excellent condensé de toutes ses violences coloniales.

Le tailleur de pierre, de Camilla Läckberg **

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“La dernière nasse était particulièrement lourde et il cala son pied sur le plat-bord pour la dégager sans se déséquilibrer. Lentement il la sentit céder et il espérait ne pas l’avoir esquintée. Il jeta un coup d’oeil par-dessus bord mais ce qu’il vit n’était pas le casier. C’était une main blanche qui fendit la surface agitée de l’eau et sembla montrer le ciel l’espace d’un instant.
Son premier réflexe fut de lâcher la corde et de laisser cette chose disparaître dans les profondeurs…” Un pêcheur de Fjällbacka trouve une petite fille noyée. Bientôt, on constate que Sara, sept ans, a de l’eau douce savonneuse dans les poumons. Quelqu’un l’a donc tuée avant de la jeter à la mer. Mais qui peut vouloir du mal à une pe tite fille ?
Alors qu’Erica vient de mettre leur bébé au monde et qu’il est bouleversé d’être papa, Patrik Hedström mène l’enquête sur cette horrible affaire. Car sous les apparences tran quilles, Fjällbacka dissimule de sordides relations humaines – querelles de voisinage, conflits familiaux, pratiques pédophiles – dont les origines peuvent remonter jusqu’aux années 1920. Quant aux coupables, ils pourraient même avoir quitté la ville depuis longtemps. Mais lui vouer une haine éternelle.

Too much? C’est compliqué à souhait, un zeste de suspense, des personnages sympathiques et des vilains un peu caricaturaux… justement, ces vilains !… Il semble que tous les vilains suédois (voire scandinaves) se soient concentrés en un seul point de la carte: Fjällbacka. Mme Läckberg exagère. Et pas seulement sur les vilains. Aussi sur les difficultés de ses personnages préférés dans leur vie de tous les jours. Bref, je commence à trouver que toute cette prose manque un peu trop de réalisme.

Emprunté à la médiathèque de Saussines

L’oiseau de mauvais augure, de Camilla Läckberg ***

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L’inspecteur Patrik Hedström est sur les dents. Il voudrait participer davantage aux préparatifs de son mariage avec Erica Falck, mais il n’a pas une minute à lui. La ville de Tanumshede s’apprête en effet à accueillir une émission de téléréalité et ses participants avides de célébrité, aussi tout le commissariat est mobilisé pour éviter les débordements de ces jeunes incontrôlables. Hanna Kruse, la nouvelle recrue, ne sera pas de trop. D’autant qu’une femme vient d’être retrouvée morte au volant de sa voiture, avec une alcoolémie hors du commun.
La scène du carnage rappelle à Patrik un accident similaire intervenu des années auparavant. Tragique redite d’un fait divers banal ou macabre mise en scène ? Un sombre pressentiment s’empare de l’inspecteur. Très vite, alors que tout le pays a les yeux braqués sur la petite ville, la situation s’emballe. L’émission de téléréalité dérape. Les cadavres se multiplient. Un sinistre schéma émerge…

Comme prévu je n’ai pas tardé à “retomber” dans un livre de Camilla Läckberg. Encore un bon policier, bien construit, bien compliqué, et palpitant jusqu’à la fin.

Emprunté à la bibliothèque de Saussines