Deux découvertes norvégiennes

Trouvées, dans La petite Librairie de Sommières, deux perles.

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Herbjørg Wassmo, Le testament de Dina

Exrême nord de la Norvège, 1890. La fougueuse Dina n’a pas survécu à ses blessures lors de l’incendie de Reinsnes.
L’église est bondée le jour de ses funérailles et, face à la foule, sa petite-fille Karna témoigne de sa confession: « Moi, Dina, j’ai de mes propres mains fait en sorte que le traîneau tombe dans le gouffre et provoque la mort de Jacob Grønelv. J’ai tiré un coup de fusil lapon sur le Russe Léo Zjukovsky et provoqué sa mort. Je me reconnais coupable. Je demande cependant qu’on libère mon corps. Dans la mer. » Puis Karna se mure dans le silence.
Quel destin pour l’héritière de Dina, égarée dans un monde tissé de non-dits et de désirs?

Benjamin, Anna, Joakim, Peder, et bien sûr Karma sont les cinq personnages de cette sombre mais palpitante histoire qui termine un cycle de… neuf romans. Et je commence par le dernier, faute d’avoir découvert avant cette fameuse Dina et sa mère écrivaine, Herbjørg Wassmo ! L’héroïne de la saga, Dina, meurt dans l’incendie de la maison ancestrale au début du roman. Elle a demandé à sa petite fille de lire sa dernière lettre, ses dernières volontés, lors de la cérémonie à l’église. Cette lecture, et ce qu’elle révèle, constituent un choc d’une telle violence pour cette adolescente qu’elle en perd la parole et doit être internée dans un hôpital psychiatrique. Le monde qui l’entoure se fissure, tangue tel un bateau dans la tempête, avant de retrouver et pouvoir lui offrir ce qui ressemble à une nouvelle stabilité, une nouvelle normalité. Une suite est possible. Vais-je repartir en arrière pour lire le premier de la saga, le roman de Dina ? Tentant.

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Gert Nygårdshaug, Le zoo de Mengele

La vie du jeune Mino Aquiles Portoguesa, chasseur de papillon, changera à jamais le jour où il verra son village et sa forêt réduits à néant par les grandes compagnies pétrolières américaines, et tous ceux qu’il aime tués ou envoyés dans les bidonvilles des mégapoles sud-américaines.
Alors il deviendra le bras armés de cette Amazonie que l’homme blanc foule au pied, de tous ces pauvres gens sacrifiés au nom du progrès.
Alors il les tuera à son tour.
Tous. Un par un.

Vendu à 150.000 exemplaires dans un pays de 5 millions d’habitants, le zoo de Mengele a été traduit dans une langue étrangère, le français, 25 ans après sa parution en Norvège. l’histoire n’a pas grand chose à voir avec le “médecin” nazi de sinistre réputation, mais avec la manière dont la politique, l’économie mondiale, la consommation effrénée, le bien-être tel que perçu par les occidentaux ou les asiatiques se fichent royalement de l’écologie en général, et de la biodiversité en particulier. Le roman se focalise sur le bassin amazonien et toutes les exactions qui s’y commettent impunément depuis plus de cinquante ans. L’histoire de 1989 pourrait avoir été écrite hier, rien n’a changé. C’est un roman, un peu caricatural mais pas trop, par moment tropical et imaginaire à la manière d’un Garcia Marquez, polar noir mode terrorisme écologique, ça se lit vite. J’ai dit que cela fait le buzz là-haut en Norvège – le livre le plus vendu de la littérature locale – et comme il semble que l’auteur ait tout dit sur ce zoo, je suis sceptique sur l’existence d’un tome 2 et d’un tome 3. L’histoire a-t-elle besoin d’une suite ou ne fait-on que surfer sur le succès de ce premier essai pour répéter la même recette? Comme je suis d’un naturel curieux, j’essaierai quand même le tome 2…