Chemin de Compostelle, étape n°28

D’un hameau à quatre ou cinq maisons à un hameau à deux ou trois maisons, dont une où j’ai ma chambre mais pas internet. De Rente à Ventas de Naron. 30 kilomètres, une dernière fois. Et le passage à la borne des 100 km. Hier soir – nous étions finalement six à passer la nuit dans la maison neuve – l’irlandaise du groupe avait annoncé qu’à partir du km 100 ce serait la foule, l’autoroute, le tourisme de masse du chemin de Compostelle, les fashion victims de la promenade du dimanche habillés comme on va à la messe, bref l’horreur. À la borne Compostelle à 100 km je n’ai donc pas été surpris de trouver un « autobus » de japonaises, en train de se prendre en photo, l’une après l’autre, à côté de la fameuse borne et m’offrant aussitôt arrivé à l’endroit d’en faire autant pour moi. Et ensuite… plus personne, ou presque. En tous cas pas plus que d’habitude, si ce n’est au bistrot à midi tout simplement parce que de bistrot, avant, il n’y en avait pas, et après… j’étais arrivé à destination. Ce sera peut-être pire demain, puisque je vais faire escale dans une petite ville, plus un trou à vaches. A propos de vaches, d’ailleurs, j’ai eu une matinée parfumée, les hameaux traversés (sans noms affichés) étant nombreux et identiques quant à l’activité dominante. Et j’ai quelquefois dû slalomer entre les bouses de vaches, très liquides, ce qui m’interpelle sur l’alimentation de ces gros ruminants.

A part ça j’ai traversé un moment extraordinaire, après le passage aux abords de la petite ville de Portomarin (lac de barrage, voir photo). Les bornes du chemin, que je regarde attentivement depuis que je suis en Galice puisqu’elles indiquent le kilométrage restant à faire, sont tout à coup devenues muettes, indiquant C/alternativo (chemin annexe) au lieu du kilométrage. Inquiétude. Je n’avais pas vu dans mes guides qu’il y avait deux options sur ce trajet. Suis-je sur la bonne route? J’interroge un habitant qui me rassure : « Gonzar » c’est bien par là.  Et puis plus rien, ou plutôt toujours ces bornes indiquant C/alternativo. Et ça monte dur. Et ça monte encore. Tout à coup je me retrouve le long de « la route de Compostelle », la LE-633, et les bornes se mettent à me redonner l’heure, euh je veux dire le kilométrage, mais on ne passe dans aucun village. J’ai des noms sur ma carte. Je ne vois rien sur le chemin. Sur les bornes le kilométrage pour Compostelle diminue bien. C’est la seule chose vraiment rassurante. Je me rapproche de ma destination, estimée à 79 km de St Jacques. Mais toujours aucun village. Je repense à ce vieux film en noir et blanc dans un avion qui n’atterrit jamais, toujours dans les nuages. Ou j’imagine que j’arrive dans un village dont le nom n’est pas sur ma carte et je dois appeler un taxi pour me remettre sur la bonne route, très loin de là. Et puis arrivent trois maisons et un bar, bourré à craquer, avec « bar de Gonzar » écrit sur le mur. Ah, ça y est, j’ai atterrit, Gonzar c’est bien sur ma carte, à environ 5 km de mon point d’étape. Tout d’un coup je respire mieux. Et je m’assoies pour déjeuner, trois-quart d’une trop grande pizza « barbacoa » (rien à voir avec la barbacoa mexicaine, ici ça veut dire sauce BBQ) et « una caña », traduisez une bière de taille moyenne, entre cañita (25cl) et cañon (50cl), quoi. Et Ventas de Naron, où il pleut encore, comme pendant presque toute la matinée…

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