Chemin de Compostelle, étape n°23

Tout était difficile aujourd’hui, y compris d’écrire quelque chose sur le blog. Ce coquin m’a perdu deux bouillons l’un après l’autre, pendant que je cherchais à télécharger des photos.

Le chemin, aïe aïe aïe: vous prenez une grosse pluie, vous ajoutez une louche gargantuesque de gadoue, des flaques d’eau en veux-tu en voilà et des tonnes de gros cailloux tout droit sortis de la carrière… j’ai fini par craquer et aller marcher un moment sur la belle route goudronnée des cyclistes. Et puis j’ai vu sur ma carte que cette route, qui rajoutait des kilomètres par rapport au chemin des piétons, s’éloignait beaucoup de celui-ci vers la fin de l’étape, et donc je suis retourné sur le chemin. Et là, on découvre que le purgatoire ne mène pas toujours au paradis. Bon, j’arrête les pleurs. Je suis arrivé à Ponferrada, c’est ce qui compte. Je suis entier, c’est pas mal non plus. Et ce soir je vais boire un bon verre de vin. Comme hier soir.

Hier soir, il faut y revenir, c’était encore une bonne soirée sur le chemin. Mon petit hôtel-bar-restaurant était la première maison à gauche en arrivant dans Rabanal del Camino. Et tout le monde s’arrêtait là vers midi-une heure pour casser la croûte, boire un coup, et pour la plupart, continuer ensuite jusqu’à Foncebadón, 5,6 km plus loin et 330m plus haut. Et donc, vers 18h30, heure sacrosainte de l’apéritif, je suis sorti de ma chambre pour retourner au bar. Où le patron était tout seul, à faire de l’ordre dans la paperasse de l’hôtel. Deux autochtones finissaient leur verre et retournaient vaquer à leur occupations respectives. Et donc j’ai commandé un verre de Rioja et posé la question-déclic: “vous avez ouvert il y a longtemps?” Grand sourire du patron. Je venais de le lancer. Je passe sur les détails, mais trois ans auparavant, ce brave paysan du coin élevait ses 900 moutons. Vendus. Un prêt supplémentaire lui permet de construire son petit business (seulement six chambres). Mais ça marche super bien, il peut déjà commencer à rembourser ce prêt. Madame est aux cuisines, et je pourrai vérifier qu’elle se débrouille super bien en la matière, et deux employées, une permanente et l’autre pour la haute saison, complètent le staff. Le verre de Rioja terminé, et avant de passer à table, je sors prendre l’air. Bon, pas loin: il pleut encore. Et surprise, je vois arriver un pèlerin. Le dernier a du passer là deux ou trois heures avant lui. Il m’explique qu’avant de commencer le chemin, à León, il n’avait jamais randonné de sa vie. Et donc il me montre, sur son smartphone, que son planning était très prudent: 10 à 12 km par jour. ET avec un grand sourire il ajoute “mais j’ai découvert que je pouvais marcher beaucoup plus, et maintenant, même si j’ai un peu mal aux pieds, je fais mes 20 km”. Et de m’expliquer qu’il a tellement d’avance sur son planning qu’il pourra aller jusqu’au cap Finistère avant la fin de ses vacances. “Très bien, je lui dit, mais pourquoi arrives-tu si tard (on est en anglais, donc on se tutoie)? Ah, ça c’est parce que j’arrive pas à me lever le matin. Et aujourd’hui je suis parti il était midi passé”.

Je rentre dans le restaurant après cet échange et je trouve un couple attablé, qui parle français avec le magnifique accent du Québec. “Nous sommes de Gatineau, tout près de la capitale Ottawa”. Et après que je me sois invité à leur table et que nous ayons commandé, ils m’expliquent qu’ils sont de drôles de pèlerins. Ils font en effet le chemin en pointillés. Dix kilomètres par ci, puis 12 km par là, rarement plus. “Demain on prend le bus pour aller visiter Lugo. Et on reviendra marcher un peu à partir de Sarria. Ce qui compte pour nous c’est de goûter à l’esprit du chemin, pas de le faire en entier”. Oui, pourquoi pas. Et ils découvrent l’Espagne en même temps.

 

 

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