Chemin de Compostelle, étape n°24

Ma première rencontre du jour a été un tout petit lapin, qui a attendu que je sois à moins de cinq mètres de lui pour disparaître dans la végétation voisine. Je n’ai même pas essayé de sortir mon smartphone pour faire une photo. Journée tranquille, assez plate, pas trop de goudron ni de chemins empierrés, bref journée sans histoire. De jolis villages avec quelques belles maisons, trop d’autres à l’abandon voire même en ruines. Et retour de la vigne comme culture dominante. Les collines, la montagne, c’est devant ! Demain il faudra passer de près de 500m d’altitude à plus de 1300m à l’arrivée, après 28 kms. Dernière étape classée difficile. Mais très belle aussi si la météo est favorable. Aujourd’hui c’était gris, donc pas chaud, et sans pluie. Les marcheurs aiment bien ça !

J’ai retrouvé le couple d’australien qui pousse son chariot à trois roues made by Aldi. Il m’a expliqué qu’en fait c’est le classique chariot-vélo pour bébé qui a été remodelé. La fourche pour l’attacher au vélo a disparu. Il y a une grande poignée-frein derrière qui ressemble un peu à celle des chariots d’aéroport. Mais quand ça monte, aïe aïe aïe. On s’est retrouvé côte à côte dans une côte assez raide… je devais être un peu penché en avant sur mes bâtons, lui était carrément couché à l’horizontale pour arriver à pousser son truc. Et je l’ai attendu en marchant tout doucement. Dans la descente, par contre, et grâce à ses freins, il peut aller un peu plus vite que moi qui suis obligé d’avancer à petits pas à cause de la poussée de mon chariot.

Je peux mentionner ma frustration à marcher encore et encore à côté de cerisiers pleins de fruits, pas encore mûrs, dont les branches dépassent sur le chemin. Je sais qu’une variété est déjà récoltée… et ma frustration est oubliée quand, à l’entrée de Villafranca del Bierzo, terme de cette étape de 25km, je vois une jeune fille sous une tente, qui vend des cerises aux pèlerins qui passent par là (on encore est sur une variante peu fréquentée). Elle me demande d’où je viens, et aussitôt s’écrie “ma maman est française, de Clermont”. Mais ensuite elle s’arrête, reviens à l’espagnol. “Je ne pratique pas, alors je peux comprendre, mais pas parler. Il faudra que j’aille passer un moment en France pour que ça revienne”. Je termine d’écrire ces lignes en mangeant les dernières cerises achetées (3€ le kilo !!!)

Chemin de Compostelle, dernier arrêt

Ponferrada est la dernière ville importante (70.000 habitants) avant d’arriver à Saint Jacques de Compostelle. Elle est surtout connue pour son château des templiers (photos), mais le centre historique, piétonnier, est très accueillant, mélange d’ancien et de moderne. Symptomatique de ce mélange, le principal lycée de la ville se trouve sur la grand place, tout près de l’hôtel de ville. J’ai croisé beaucoup de pèlerins, de ceux qui prennent leur temps ou qui vont plus vite parce qu’ils sont en vélo. Dont un couple d’australiens, doublés hier sur le chemin avec un chariot à trois roues. Les deux roues arrières sont plus grandes que les miennes, mais ce ne sont pas des roues pleines et ils se préoccupaient d’un manque de gonflage dans l’une d’elle. Ils m’ont raconté qu’ils avaient acheté ce chariot lors d’une semaine de promotions randonnée chez Aldi-Australie ! Gros avantage, il a des freins. Gros inconvénient, on ne peut que le pousser donc en côte c’est très dur. Mais monsieur est photographe et voyage avec un gros matériel qu’il ne voulait pas porter sur son dos… chacun son chemin.

 

Chemin de Compostelle, étape n°23

Tout était difficile aujourd’hui, y compris d’écrire quelque chose sur le blog. Ce coquin m’a perdu deux bouillons l’un après l’autre, pendant que je cherchais à télécharger des photos.

Le chemin, aïe aïe aïe: vous prenez une grosse pluie, vous ajoutez une louche gargantuesque de gadoue, des flaques d’eau en veux-tu en voilà et des tonnes de gros cailloux tout droit sortis de la carrière… j’ai fini par craquer et aller marcher un moment sur la belle route goudronnée des cyclistes. Et puis j’ai vu sur ma carte que cette route, qui rajoutait des kilomètres par rapport au chemin des piétons, s’éloignait beaucoup de celui-ci vers la fin de l’étape, et donc je suis retourné sur le chemin. Et là, on découvre que le purgatoire ne mène pas toujours au paradis. Bon, j’arrête les pleurs. Je suis arrivé à Ponferrada, c’est ce qui compte. Je suis entier, c’est pas mal non plus. Et ce soir je vais boire un bon verre de vin. Comme hier soir.

Hier soir, il faut y revenir, c’était encore une bonne soirée sur le chemin. Mon petit hôtel-bar-restaurant était la première maison à gauche en arrivant dans Rabanal del Camino. Et tout le monde s’arrêtait là vers midi-une heure pour casser la croûte, boire un coup, et pour la plupart, continuer ensuite jusqu’à Foncebadón, 5,6 km plus loin et 330m plus haut. Et donc, vers 18h30, heure sacrosainte de l’apéritif, je suis sorti de ma chambre pour retourner au bar. Où le patron était tout seul, à faire de l’ordre dans la paperasse de l’hôtel. Deux autochtones finissaient leur verre et retournaient vaquer à leur occupations respectives. Et donc j’ai commandé un verre de Rioja et posé la question-déclic: “vous avez ouvert il y a longtemps?” Grand sourire du patron. Je venais de le lancer. Je passe sur les détails, mais trois ans auparavant, ce brave paysan du coin élevait ses 900 moutons. Vendus. Un prêt supplémentaire lui permet de construire son petit business (seulement six chambres). Mais ça marche super bien, il peut déjà commencer à rembourser ce prêt. Madame est aux cuisines, et je pourrai vérifier qu’elle se débrouille super bien en la matière, et deux employées, une permanente et l’autre pour la haute saison, complètent le staff. Le verre de Rioja terminé, et avant de passer à table, je sors prendre l’air. Bon, pas loin: il pleut encore. Et surprise, je vois arriver un pèlerin. Le dernier a du passer là deux ou trois heures avant lui. Il m’explique qu’avant de commencer le chemin, à León, il n’avait jamais randonné de sa vie. Et donc il me montre, sur son smartphone, que son planning était très prudent: 10 à 12 km par jour. ET avec un grand sourire il ajoute “mais j’ai découvert que je pouvais marcher beaucoup plus, et maintenant, même si j’ai un peu mal aux pieds, je fais mes 20 km”. Et de m’expliquer qu’il a tellement d’avance sur son planning qu’il pourra aller jusqu’au cap Finistère avant la fin de ses vacances. “Très bien, je lui dit, mais pourquoi arrives-tu si tard (on est en anglais, donc on se tutoie)? Ah, ça c’est parce que j’arrive pas à me lever le matin. Et aujourd’hui je suis parti il était midi passé”.

Je rentre dans le restaurant après cet échange et je trouve un couple attablé, qui parle français avec le magnifique accent du Québec. “Nous sommes de Gatineau, tout près de la capitale Ottawa”. Et après que je me sois invité à leur table et que nous ayons commandé, ils m’expliquent qu’ils sont de drôles de pèlerins. Ils font en effet le chemin en pointillés. Dix kilomètres par ci, puis 12 km par là, rarement plus. “Demain on prend le bus pour aller visiter Lugo. Et on reviendra marcher un peu à partir de Sarria. Ce qui compte pour nous c’est de goûter à l’esprit du chemin, pas de le faire en entier”. Oui, pourquoi pas. Et ils découvrent l’Espagne en même temps.

 

 

Chemin de Compostelle, étape n°22

Dans les nuages, au sens propre. Je mets la cape, je l’enlève, je la remets… et je la garde. Jamais une pluie bien forte, mais dans l’humidité absolue tout au long du parcours. Court aujourd’hui, 21,2 km entre Astorga et Rabanal del Camino. L’arrivée est à 1150m d’altitude… prélude à ce qui m’attend demain, la grande étape de montagne comme on dit sur le tour de France. Plus de 30 kms de montées et descentes (avec plus de 1100m de dénivelé négatif… ce que mes genoux appréhendent grandement).

J’ai discuté, chemin faisant, avec une canadienne qui redouble (comprenez: c’est sa deuxième expérience du chemin). Elle aussi est partie de St Jean Pied de Port, quatre jours après moi. D’accord, je m’arrête, elle pas, mais elle a aussi expérimenté des étapes plus longues que moi, à savoir deux fois 35 km. “C’est franchement trop, me dit-elle. Pour moi le maxi, ça doit être 30. L’idéal étant une moyenne de 25”. Exactement ce que me recommandaient mes deux sources (Rother et Gronze), et raison du découpage en 31 étapes que j’ai adopté. Ce que je ne regrette franchement pas. J’ai encore deux étapes à 30, dont celle de demain, le reste tourne autour des 25. Et aujourd’hui il me reste seulement 240 km !

 

The Words in my Hand, de Guinevere Glasfurd ****

Les mots

Les mots entre mes mains, en français*. Ceux qui suivent mon blog depuis un moment savent que j’aime les romans historiques. Celui-ci est d’un genre très particulier. C’est l’histoire d’une très jeune domestique employée chez un éditeur hollandais et qui se laisse séduire par l’illustre français de passage à Amsterdam, René Descartes. De cette amour nait une petite fille, Francine. L’histoire est racontée par Helena elle-même, avec la compréhension, la vision d’une fille de la campagne un peu plus intelligente et éduquée que la moyenne (c’est une autodidacte), à une époque et dans une société où les seuls êtres humains sont les hommes et l’intolérance est la loi. Helena Jans a vraiment existé. Elle et Descartes ont vraiment une liaison, qui a duré au moins une décennie. Par la voix d’Helena on découvre l’homme Descartes. Et la dureté des moeurs de l’époque qui obligent les protagonistes à vivre de cachette en cachette. C’est un roman, mais c’est encore un roman historique suffisamment bien travaillé pour que toute l’histoire, même dans tout ce qui n’est pas documenté, paraisse possible, plausible, vraie.

Helena Jans van der Strom n’est pas une servante comme les autres. Quand elle arrive à Amsterdam pour travailler chez un libraire anglais, la jeune femme, fascinée par les mots, a appris seule à lire et à écrire. Son indépendance et sa soif de savoir trouveront des échos dans le coeur et l’esprit du philosophe René Descartes. Mais dans ce XVIIe siècle d’ombres et de lumières, leur liaison pourrait les perdre. Descartes est catholique, Helena protestante. Il est philosophe, elle est servante. Quel peut être leur avenir ?
En dévoilant cette relation amoureuse avérée et méconnue, Guinevere Glasfurd dresse le portrait fascinant d’une femme lumineuse, en avance sur son temps, et révèle une autre facette du célèbre philosophe français.

*Je remarque en passant que le ebook de la version française est à 11€, quand la version anglaise est à 2€. Cherchez l’erreur.

Chemin de Compostelle, étape n°21

Chez Tio Pépé hier soir, après un bon diner avec mes amis canadiens, on était une dizaine à regarder la finale de la coupe d’Europe entre le Real Madrid et Liverpool sur le grand écran de la salle de restaurant. A une table, des anglais, qui criaient dès que les rouges avaient le ballon… au bar, une paire de français à l’évidence favorables au Réal. Et à une autre table, tio Pépé et moi, totalement supporters de l’équipe de Zizou. Qui a gagné 3-1. Les anglais sont partis se coucher avait le coup de sifflet final. Le Rioja crianza de tio Pépé était excellent.

Ciel couvert au départ ce matin (6h45), qui s’est éclairci de plus en plus au point que j’ai ressorti la crème solaire, oubliée depuis trois jours. Mais après 31,4 km j’ai fini en courant pour passer entre les premières gouttes et atteindre l’entrée de l’hôtel Gaudi.

J’ai dépassé aujourd’hui la marque des 500 km (525,6 au compteur exactement). Il en reste encore 360 jusqu’à St Jacques…

Chemin de Compostelle, étape n°20

Il a finalement plu sur León toute la journée d’hier, et ce matin, surprise… il pleut encore. Ça commence par quelques gouttes, puis ça s’aggrave et je dois m’arrêter pour enfiler la cape de pluie. J’avais déjà “emballé” mes deux sacs dans leurs protections respectives dès le départ. J’ai gardé ma cape de pluie jusqu’à l’arrivée… ça s’est légèrement éclairci depuis. Marcher sous la pluie – sans vent – n’a rien de désagréable. La température reste fraîche. On marche plus vite. J’étais à Villar de Mazarife à onze heures et demie. L’heure de la tortilla protocolaire. Et ça tombe bien, tio Pépé en avait une toute prête, qui m’attendait. J’ai profité de ce que j’étais en avance pour interviewer tia Pépé sur ces espèces de silos horizontaux déjà vu dans d’autres villages, comme ici peu avant d’arriver à Villar. “Vous y conservez quoi, ai-je demandé? Venez voir, m’a répondu la tia.” Et elle m’a amené devant un cadre (photo ci-dessous). “Toutes les photos du cadre ont été prise dans la construction que vous avez prise en photo. C’est là qu’on fait le vin et qu’on le conserve. Bien sûr, autrefois, quand il n’y avait pas encore les frigos, on y conservait aussi la nourriture, mais c’est que mes parents m’ont raconté, moi je n’ai pas connu ça.”

Après la tortilla protocolaire et l’expresso, nous avons fait les formalités d’usage: elle a copié les données de mon passeport (pour la police), j’ai payé 35€ pour ma chambre, et j’ai commencé à porter mes affaires à l’étage. J’allais prendre le gros sac quand quelqu’un m’a donné une tape sur l’épaule: les canadiens ! Décidément, ils me suivent partout. Mais ce sera la dernière fois: ils ont décidé de couper en deux l’étape de 31 km que je vais faire demain, entre Villar et Astorga.

 

Chemin de Compostelle, une pause humide à León

Moralité: il ne faut vraiment pas arriver trop tôt. La gentille petite rue tranquille, hier après-midi, s’est transformée le soir avec l’ouverture d’un bar à tapas juste à côté de l’hôtel… et juste en dessous de la chambre qu’on m’avait gentiment donnée tout de suite, la mienne n’étant pas prête à l’heure où je suis arrivé. Comme partout en Espagne, les bars peuvent mettre quelques tables hautes ou des tonneaux dans la rue, sans chaise, autour desquels les gens restent debout, à boire, discuter quelque fois très fort, rire, voire chanter, l’alcool faisant croire à certains qu’ils sont devenus de vrais Pavarotti… J’ai dormi de 4h à 6h ce matin, et encore, grâce aux boules de cire dans les oreilles. Le réceptionniste ce matin s’est confondu en excuses, m’a offert le petit déjeuner et a rapidement organisé un changement de chambre: je dormirai ce soir sous les combles, à l’opposé de la rue. Très bien.

Et la visite de Léon ? En courant sous les gouttes… jusqu’à ce que courir ne suffise plus. Je terminerai en toute fin de journée, où des éclaircies sont annoncées. Mais il devrait pleuvoir demain sur le chemin !