Born a Crime, de Trevor Noah ****

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Je ne sais pas si ce livre sera un jour traduit en français. Il était mentionné, dans un article de journal – je ne sais plus lequel – sur l’Afrique du Sud d’aujourd’hui, comme l’un des grands succès du moment de la très riche littérature sud-africaine. Né en 1984, alors qu’une loi punissait de cinq ans de prison (pour les hommes, seulement quatre pour les femmes) tout rapport sexuel entre blancs et noirs, il est donc « né un crime » (Born a Crime) parce si sa mère est noire (Xhosa), son père est suisse-allemand, donc blanc de blanc. Noah raconte sa jeunesse dans cette phase de transition post-apartheid où si le président est enfin noir et Xhosa, comme lui, toute la machine du pouvoir politique, économique et social, change à la vitesse de l’escargot. Noah est un témoin extraordinaire, parce qu’il est comme un peu extérieur parce que ni noir ni blanc, parce qu’il sait parler aussi bien anglais, qu’africaans, xhosa ou zulu, et plus encore, parce qu’il est aussi doué pour la débrouille, les affaires que les études, et surtout parce qu’il est doté d’une étonnante dose d’humour pour quelqu’un qui vit dans ce monde en ruines…

Sa mère est une ultra de la prière. Pour être sûre de ne déplaire à aucun Dieu – on ne sait jamais – elle passe tout son dimanche à l’église. Pas une église, non, trois : celle des blancs, l’analytique, une « mixte », la jubilante, et celle des noirs, la passionnée. Noah ne tarde pas à trainer des pieds, mais il doit suivre sa mère, et mettre un mouchoir sur un sens critique déjà bien affuté : « si vous êtes un indien d’Amérique et que vous priez les loups, vous êtes un sauvage. Si vous êtes africain et que vous priez vos ancêtres, vous êtes un primitif. Mais si vous êtes blanc et que vous priez pour un type qui change l’eau en vin, eh bien, c’est juste du bon sens ».

On accompagne Noah dans sa vie de débrouilles, commerce illégal et petites arnaques des années post-apartheid, où le chômage des noirs atteint des sommets inégalés. On découvre une Afrique du Sud qu’on ne connaît pas, à l’époque où les médias ne parlent que de Nelson Mandela et de sa révolution tranquille. « Le triomphe de la démocratie sur l’apartheid est quelquefois appelé la révolution sans sang (bloodless révolution). Mais on l’appelle comme ça seulement parce que très peu de sang blanc a été versé. Il y a eu des rivières de sang noir dans les rues ». Dont les medias n’ont pas beaucoup parlé. Pourquoi ?

« la langue, c’est lié à une identité et une culture, ou la perception que l’on en a. Quand on partage une langue, on « est pareil ». Quand on parle et que l’autre ne comprend pas, on « est différent ». Les architectes de l’apartheid on parfaitement compris ça. Dans les mesures qu’ils ont prises pour assurer que les noirs restent divisés (pour régner tranquille), et pas seulement physiquement, ils ont joué sur les langues. Dans les écoles bantu, les enfants n’entendaient parler que bantu. Les enfants zulu apprenaient en zulu, les enfants tswana en tswana. Exclusivement. À cause de cela on est tombé dans le piège du gouvernement et on s’est battus les uns contre les autres, persuadés qu’on était différent »

Comédien, humoriste, et surtout homme de télévision dont les one-man-shows sont suivis par des millions de sud-africains de toutes races, Noah a rassemblé ses petites histoires – épisodes de sa jeunesse – en une biographie témoignage sans prétention qui reçoit, localement, l’agrément de tous ses lecteurs. On ne peut qu’espérer que ce beau livre, qui illustre bien les réalités de l’Afrique du Sud en transition, sera bientôt traduit en français.

 

Lu comme ebook sur Kindle

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