The girls, de Emma Cline ***

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Le titre en anglais, pour commencer… je me suis demandé si la médiathèque de Saussines, 1000 habitants (dont quatre anglophones), commençait à acheter des livres en anglais. Non, quand même. Ça, ce sera au XXIIème siècle.

Ensuite, premier roman, méfiance, d’une très jeune femme. Moi moi moi? Pas du tout. On est plongé dans l’adolescence plus vraie que nature, au nord de la Californie, en 1960. Famille décomposée, grand classique, le père parti un peu plus loin avec sa jeune et belle assistante.

Evie Boyd, 14 ans. Ni grande copine, ni passion pour le surf, rien à faire qu’à se faire piéger par la première personnalité qu’elle croise sur le parking du supermarché, une jeune femme attirante à la botte d’un gourou musicien raté. Tout plutôt que de rester à se croiser les doigts dans l’appartement d’une mère qui l’ignore, à supporter les allées et venues des petits amis de celle-ci, surtout quand l’un d’eux s’incruste au point de devenir permanent. Le gourou vit comme la plupart des petits gourous hippies de cette époque*, avec une grande famille autour de lui, dans la misère, la saleté, la drogue, l’alcool et les petits vols pour alimenter tout ça. Pas de quoi s’extasier, mais l’attention d’une Suzanne, première grande soeur et plus si affinité, est tout ce que recherche Evie. Au point de se laisser entrainer avec le reste de la troupe dans la descente aux enfers téléguidée par le gourou quand la production de son premier disque tourne court?

On est assez loin de ce monde-là, mais on se laisse entrainer par l’écriture, et puisque c’est Evie qui nous raconte l’histoire, on est piqué par une certaine curiosité: comment s’en est-elle sortie?

C’est un roman sur le grand mystère de l’Amérique. Comment un même pays peut-il produire ce qui se fait de mieux dans le domaine de la science et de la technologie, et en même temps sombrer dans tous les excès religieux, mystiques, l’irrationnel avec un énorme “i”? J’imagine New Saussines, en Géorgie. 1000 habitants, quatorze églises (quatorze variantes de la même histoire), et l’obligation de s’inscrire à l’une d’entre elles pour trouver un job, un logement, une vie sociale, une baby-sitter…

On est bien chez nous, vous ne trouvez pas?

* il y aura aussi les “grands gourous”, ceux qui se construirons des fortunes en attirant autour d’eux la frange riche des crédules et qui envahiront les écrans télés.

Tant que dure ta colère, de Åsa Larsson ***

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Un livre à lire l’été, sur la plage, quand le sable est si chaud que l’on doit courir pour franchir les trois mètres séparant le parasol de la première vague.

Au nord de la Suède, à la fonte des glaces, le cadavre d’une jeune fille remonte à la surface du lac Vittangijärvi (ça ne pouvait être que celui-là). Est-ce son fantôme qui trouble les nuits de la procureure Rebecka Martinsson? Alors que l’enquête réveille d’anciennes rumeurs sur la mystérieuse disparition en 1943 d’un avion allemand dans la région de Kiruna, un tueur rôde, prêt à tout pour que la vérité reste enterrée sous un demi siècle de neige…

Bonne recette. Quelques faits divers bien réels qu’on assaisonne avec un peu de nature sauvage et de sauvages vivant dans cette nature. Une jeune et belle procureure qui préfère tout ce blanc et les chiens et les bagarres d’après-boire et conduites en état d’ivresse au bel et riche avocat de Stockholm et à sa vie toute programmée et bien rangée. Encore un livre où on s’y croirait… si, bien sûr, on n’était pas allongé sur la plage en le lisant. C’est assez plaisant, bien rythmé, avec le zeste de suspense qu’il faut même si personne ne doute un instant que les méchants seront attrapés.

J’avoue avoir été quelques secondes indisposé en début de lecture par la présence du fantôme de la première victime. Mais c’est un fantôme somme toute sympathique, et on s’habitue.

C’est le premier livre de Åsa Larsson que je lis, et j’y reviendrai volontiers. Comme… la prochaine fois que j’irai à la plage. En fait, je n’aime pas la plage. Mais bon, on peut y lire.

Tout n’est pas perdu, de Wendy Walker ****

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Entrer une légende

Après la déception Nicolas Mathieu, je suis tombé, totalement par hasard, sur le premier roman de Wendy Walker publié en France, Tout n’est pas perdu. Dont acte. Cette jeune auteure est une perle. Elle réussi à produire un livre hybride, avec un côté cette fois indiscutablement polar, mais aussi et surtout avec un fond psychologique, sociétal, humain complexe et intéressant. Les personnages principaux sont des victimes ou leurs proches, le lien entre eux le psychiatre qui les suit tous. Un thriller, avec sa dose de suspense, l’éclaircie n’apparaissant que dans le tout dernier chapitre. Pas étonnant que le cinéma se soit rué sur cette histoire. Moi j’attends la prochaine, pour confirmation.

Alan Forrester est psychiatre dans la petite ville cossue de Fairview, Connecticut. Il reçoit en consultation une jeune fille, Jenny Kramer, qui présente des troubles inquiétants. Celle-ci a fait l’objet d’un traitement post-traumatique afin d’effacer le souvenir d’une terrible agression dont elle a été victime quelques mois plus tôt. Mais si son esprit l’a oubliée, sa mémoire émotionnelle est bel et bien marquée. Bientôt tous les acteurs de ce drame se succèdent dans le cabinet d’Alan, tous lui confient leurs pensées les plus intimes, laissent tomber leur masque en faisant apparaître les fissures et les secrets de cette petite ville aux apparences si tranquilles. Parmi eux, Charlotte, la mère de Jenny, et Tom, son père, obsédé par la volonté de retrouver le mystérieux agresseur.

Aux animaux la guerre, de Nicolas Mathieu **

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J’ai lu ce roman parce qu’il est sur la liste des sept romans en lice pour le Prix des Lecteurs Polars et Vins 2017. Les organisateurs et moi n’avons sans doute pas la même définition du mot « polar ». ce livre est un roman noir, comme l’écrit l’éditeur sur la quatrième de couv : c’est le roman noir du déclassement, des petits Blancs qui savent que leurs mômes ne feront pas mieux et qui vomissent d’un même mouvement les patrons, les Arabes, les riches, les assistés, la terre entière. C’est l’histoire d’un monde qui finit. Pas même un flic dans l’histoire, encore moins une intrigue policière. Donc pas un polar. L’histoire d’une autre usine qui ferme ses portes, et de la misère ordinaire qui entoure le lieu. Pas Germinal mais un roman qui se lit quand même jusqu’au bout, sauf que lorsqu’on a attendu un polar, on ne peut pas ne pas être déçu. A moins de faire partie des quelques jurys obscurs qui l’on déjà primé, dans des endroits aussi prestigieux que Soupir, dans l’Aisne, ou La Tronche, dans l’Isère. Au fait le Prix des Lecteurs Polars et Vins doit-il encore primer des livres sortis trois ans plus tôt ?