Surtensions, d’Olivier Norek ***

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“Il en faut pour tous les goûts”… Je reste bien silencieux lorsque j’entends, lors de nos petites soirées littéraires (Les “millefeuilles” de Saussines, voir Lire à Saussines), une de mes copines s’extasier sur un roman policier français. Ce que je leur reproche, en général, c’est l’absence de vraisemblance, et souvent, la faiblesse de l’intrigue. Le vrai, c’est fondamental. Les personnages doivent faire vrais. L’histoire doit faire vrai. Et l’intrigue doit être compliquée et rigoureuse. Quand la plupart des auteurs anglo-saxons terminent leur copie par un chapitre de remerciements long comme le bras parce qu’ils ont consulté une myriade de spécialistes dans tous les corps de métier présents dans leur histoire, nos français écrivent sans la moindre honte des invraisemblances parce qu’ils écrivent sur des sujets dont ils ignorent tout sans consulter personne (ou seulement des charlots?). Et leurs éditeurs laissent faire, comme s’ils n’étaient intéressés que par la production quantitative de leurs poulains. Quand je lis Lontano, de Grangé, à titre d’exemple, je trouve la chose très vite insupportable: je suis biologiste, et le monsieur écrit n’importe quoi en la matière. Depuis, ma paresse naturelle a fait que j’ai décidé de ne plus faire d’articles sur les mauvais romans. C’est une perte de temps. Surtout si ce que je trouve mauvais plait à d’autres. Donc je me contente désormais de signaler les bouquins qui m’ont plu. Et paf pour tout ce qui précède: je viens de lire un roman policier français qui mérite d’être lu.

Olivier Norek écrit sur ce qu’il connait: ses personnages font vrai, son histoire aussi. Il a un gros avantage sur ses collègues écrivains de polars français. Il est flic. L’écriture est son deuxième métier. Il traduit donc fort bien la complexité du travail en équipe de la gente policière dans un climat de tensions (et de surtensions). Il traduit très bien le fonctionnement de l’équipe de malfrats qu’ils ont en face d’eux.

Cette soeur acceptera-t-elle le marché risqué qu’on lui propose pour faire évader son frère de la prison la plus dangereuse de France? De quoi ce père sera-t-il capable pour sauver sa famille des quatre prédateurs qui ont fait irruption dans sa maison et qui comptent y rester? Comment cinq criminels – un pédophile, un assassin, un ancien légionnaire serbe, un kidnappeur et un braqueur – se retrouvent-ils dans une même histoire et pourquoi Coste fonce-t-il dans ce nid de vipères, mettant en danger ceux qui comptent le plus pour lui?

Last but not least, dans ses pages “remerciements” Olivier Norek liste 59 blogs de lecture. Serait-il flic à temps partiel?

Michel Lafon (2016), emprunté à la médiathèque de Saussines