Celle qui en savait trop, de Linwood Barclay ***

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Pour arrondir ses fins de mois, Keisha Ceylon a eu LA bonne idée : troquer ses balais de femme de ménage contre une boule de cristal. Entre thème astral et marc de café, elle s’est fait une spécialité : faits divers et disparitions. Cinq mille dollars contre l’espoir de retrouver un être cher : certaines familles sont prêtes à tout.

Et justement, Wendell Garfield est sans nouvelles de sa femme Ellie, volatilisée à la sortie du supermarché une semaine plus tôt. Aucun indice, la police piétine. La presse est en émoi. Wendell et sa fille sont affolés : l’heure est idéale pour l’arnaqueuse qui se prépare à livrer sa plus belle, sa plus troublante, sa plus dangereuse vision…

Car, sans le savoir, la fausse voyante vient de frôler de très près une vérité meurtrière. Et de réveiller les instincts d’un tueur en liberté… Quand l’humour se mêle à l’angoisse : le nouveau coup d’effroi du créateur de frissons.

Une bonne voyante est une femme qui sait faire parler et qui sait, surtout, écouter. Pour le reste il faut un peu de logique, et de l’imagination. De ce côté là, pas de problème. Des idées, elle n’en manque pas. Et quand il le faut, elles lui viennent très vite à l’esprit. Et grace à ça Keisha peut rebondir, encore et encore. Du moins jusqu’ici.

C’est bien fait et vite lu.

Acheté à la gare de Nîmes en attendant un train…

Miniaturiste, de Jessie Burton ***

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Nella Oortman n’a que dix-huit ans ce jour d’automne 1686 où elle quitte son petit village pour rejoindre à Amsterdam son mari, Johannes Brandt. Homme d’âge mûr, il est l’un des marchands les plus en vue de la ville. Il vit dans une opulente demeure au bord du canal, entouré de ses serviteurs et de sa sœur, Marin, une femme restée célibataire qui accueille Nella avec une extrême froideur. En guise de cadeau de mariage, Johannes offre à son épouse une maison de poupée, représentant leur propre intérieur, que la jeune fille entreprend d’animer grâce aux talents d’un miniaturiste. Les fascinantes créations de l’artisan permettent à Nella de lever peu à peu le voile sur les mystères de la maison des Brandt, faisant tomber les masques de ceux qui l’habitent et mettant au jour de dangereux secrets.
S’inspirant d’une maison de poupée d’époque exposée au Rijksmuseum d’Amsterdam, Jessie Burton livre ici un premier roman qui restitue avec précision l’ambiance de la ville à la fin du XVIIe siècle. Au sein de ce monde hostile, où le pouvoir des guildes le dispute à l’intransigeance religieuse et à la rigueur morale, la jeune Nella apparaît comme une figure féminine résolument moderne. Œuvre richement documentée et conte fantastique, Miniaturiste est un récit haletant et puissant sur la force du destin et la capacité de chacun à déterminer sa propre existence.

Encore un roman historique intéressant, bien écrit, avec des personnages qui sortent de l’ordinaire (jusqu’à ne jamais apparaitre, comme la miniaturiste), à une époque où il ne vaut mieux pas (sortir de l’ordinaire), le puritanisme régnant dans un arbitraire absolu. La religion des fous ne date pas d’aujourd’hui. J’ai aimé.

Emprunté à la médiathèque de Saussines

La bibliothèque des coeurs cabossés, de Katarina Bivald ****

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Quel plaisir y a-t-il à lire un livre merveilleux, si on ne peut pas le signaler à d’autres personnes, en parler et le citer à tout bout de champ?

Tout commence par les lettres que s’envoient deux femmes très différentes : Sara Lindqvist, vingt-huit ans, petit rat de bibliothèque mal dans sa peau, vivant à Haninge en Suède, et Amy Harris, soixante-cinq ans, vieille dame cultivée et solitaire, de Broken Wheel, dans l’Iowa. Après deux ans d’échanges et de conseils à la fois sur la littérature et sur la vie, Sara décide de rendre visite à Amy. Mais, quand elle arrive là-bas, elle apprend avec stupeur qu’Amy est morte. Elle se retrouve seule et perdue dans cette étrange petite ville américaine. Pour la première fois de sa vie, Sara se fait de vrais amis – et pas uniquement les personnages de ses romans préférés –, qui l’aident à monter une librairie avec tous les livres qu’Amy affectionnait tant. Ce sera pour Sara, et pour les habitants attachants et loufoques de Broken Wheel, une véritable renaissance. Et lorsque son visa de trois mois expire, ses nouveaux amis ont une idée géniale et complètement folle pour la faire rester à Broken Wheel…

Katarina Bivald a grandi en travaillant à mi-temps dans une librairie, en Suède… Ce livre est son premier roman.

Etrange comme un tel livre peut recevoir des critiques du meilleur au pire. Certains l’encensent. D’autres le jugent cucul, gnagnan, etc. parce que c’est un “feel good”, comme l’héroïne, Sara, le définit très bien: Il s’agissait de texte qu’on reposait avec un sourire, qui donnaient le sentiment que le monde était un peu plus fou, étrange et beau lorsqu’on relevait les yeux. Pas de prise de tête, une “gentille histoire”, située dans le fond du trou du monde américain, trente miles (il n’y a pas de kilomètres là-bas!) de maïs à gauche, autant à droite, devant ou derrière. C’est plat, c’est moche, c’est pauvre. Le dernier endroit où une touriste suédoise, française ou kazakh veut attérir pour ses congés payés. Mais Sara n’est pas une touriste, même si son visa dit le contraire. C’est une “bookivore” patentée, qui vient rendre visite à une autre bookivore patentée, avec laquelle elle correspond depuis de nombreux mois. Si la visite tourne autrement que prévue, c’est la faute à pas de chance et à tout ce qu’un microscopique village en perte de vitesse peut encore rassembler de gens paumés, bizarres, mais pas méchants (la différence avec un village de chez nous, où les méchants seraient probablement plus nombreux…). Et l’on s’aperçoit que même dans le fond du trou du monde américain il peut se passer des choses, on peut faire des rencontres intéressantes, voire plus si affinités. J’ai passé un bon moment à lire ce roman… et je l’ai reposé avec le sourire.

Emprunté à la médiathèque de Saussines

La petite femelle, de Philippe Jaenada ****

lapetitefemelleAu mois de novembre 1953 débute le procès retentissant de Pauline Dubuisson, accusée d’avoir tué de sang-froid son amant. Mais qui est donc cette beauté ravageuse dont la France entière réclame la tête ? Une arriviste froide et calculatrice ? Un monstre de duplicité qui a couché avec les Allemands, a été tondue, avant d’assassiner par jalousie un garçon de bonne famille ? Ou n’est-elle, au contraire, qu’une jeune fille libre qui revendique avant l’heure son émancipation et questionne la place des femmes au sein de la société ? Personne n’a jamais voulu écouter ce qu’elle avait à dire, elle que les soubresauts de l’Histoire ont pourtant broyée sans pitié. Telle une enquête policière, La Petite Femelle retrace la quête obsessionnelle que Philippe Jaenada a menée pour rendre justice à Pauline Dubuisson en éclairant sa personnalité d’un nouveau jour. À son sujet, il a tout lu, tout écouté, soulevé toutes les pierres. Il nous livre ici un roman minutieux et passionnant, auquel, avec un sens de l’équilibre digne des meilleurs funambules, il parvient à greffer son humour irrésistible, son inimitable autodérision et ses cascades de digressions. Un récit palpitant, qui défie toutes les règles romanesques.

Une contre-enquête qui montre, page après page, la partialité, la manipulation grossière des faits, de la part des enquêteurs et du Parquet, les mensonges éhontés de la presse et les approximations et donc l’irresponsabilité des experts. Pauline Dubuisson est née au mauvais endroit au mauvais moment. Rien ne lui a été épargné. Elle a été broyée par une société archaïque, masculine et misogyne à l’extrême (il y a à peine soixante ans) : il faut lire ce livre pour comprendre d’où nous venons (un gouffre) et pourquoi il y a encore tant à faire aujourd’hui en matière d’égalité des droits et devoirs entre hommes et femmes. Le livre est plaisant à lire, même s’il est un peu (trop) long, et contient trop de digressions qui ne sont pas indispensables. L’histoire est extraordinaire et rend justice à une femme condamnée avant d’être jugée, aux heures les plus sombres de notre système judiciaire, de notre police, et de la presse, tous complices.