L’architecte du sultan, d’Elif Shafak ***

l-architecte-du-sultanIstanbul, XVIe siècle. Le jeune Jahan, arrivé clandestinement, évolue dans la ville en compagnie d’un éléphant blanc destiné à être offert au sultan Suleiman le Magnifique. Il rencontre des courtisans, des gitans, des dompteurs, mais aussi la belle Mihrimah. Un jour, il attire l’attention de Sinan, l’architecte du roi.

Une lecture agréable, mais un roman historique où faits et dates facilement accessibles sur internet ont été modifiés ne peut pas être un excellent roman historique. On peut inventer héros et intrigue, il faut respecter le contexte. Rien à voir avec Ken Folett. Dommage.

Reflex, de Maud Mayeras **

reflex_maud_covIris Baudry est photographe de l’identité judiciaire. Disponible nuit et jour, elle est appelée sur des scènes de crime pour immortaliser les corps martyrisés des victimes. Iris est discrète, obsessionnelle, déterminée. Elle shoote en rafales des cadavres pour oublier celui de son fils, sauvagement assassiné onze ans auparavant. Mais une nouvelle affaire va la ramener au coeur de son cauchemar: dans cette ville maudite où son fils s disparu, là où son croque-mitaine de mère garde quelques hideux secrets enfouis dans sa démence, là où sévit un tueur en série dont la façon d’écorcher ses victimes en rappelle une autre. La canicule assèche la ville, détrempe les corps et échauffe les esprits, les monstres se révèlent et le brasier qu’Iris croyait éteint va d’englammer à nouveau dans l’objectif de son reflex.

Quatrième roman policier lu pour le classement BU & LU… Un talent évident pour l’intrigue tordue, mais un style difficile. Les petits chapitres se suivent, dans lesquels il faut à chaque fois se creuser la tête pour savoir qui raconte ou de qui on parle. Après quelques lignes, un paragraphe, on comprend, mais ce saut permanent dans le temps et dans les narrateurs est fatiguant, déplaisant même. Et cela gache le plaisir de l’histoire. Exagérée. On sait bien que la police est incompétente, n’est-ce pas, mais le type complètement taré qui arrive à zigouiller 73 personnes dont 23 enfants avant que le flic à la vue basse qui le cherche depuis toujours lui tombe dessus comme pas miracle… ça fait beaucoup. Bref, c’est pas encore celui-là – vieux de deux ans et d’une auteure déjà primée – qui recevra ma meilleure note (5/5).

Emprunté sur le réseau des médiathèques du Pays de Lunel

 

Tatiana, de Martin Cruz Smith ***

TatianaPublié en français sous le titre “La suicidée”, le livre de MCS ne recevra pas le prix Vladimir Poutine du roman policier. Il dépeint en effet une Russie gangrenée par la corruption et la violence à tous les étages, jusqu’à celui du gouvernement. Décor planté, qui ne donne pas envie d’aller passer des vacances à Moscou, le livre commence par une défenestration officiellement classée comme suicide et la disparition du corps de la suicidée… comme si des personnes influentes voulaient empêcher toute autopsie compremettante, du style “suicide par trois balles dans la tête” ou saut par la fenêtre de quelqu’un déjà mort quand il saute. Bref, être flic dans ces conditions, surtout quand on ne veut pas fermer les yeux, ce n’est pas facile. MCS a une intrigue compliquée à souhait, et avec le suspense qu’il faut pour qu’on lise son livre assez vite. Découverte. D’un auteur, d’un héros, d’un milieu (la Russie “moderne”) qu’on a envie de retrouver… dans quelques mois.

Ce pays qui te ressemble, de Toby Nathan ****

aa TobyNathanLe Prix Goncourt sera annoncé demain, et le livre de Toby Nathan fait partie des quatre finalistes. Je ne connais pas les trois autres, mais Ce pays qui te ressemble est à mon goût très supérieur au Pas Pleurer de Lydie Salvayre couronné l’an passé. Nathan a de multiples talents, dont celui d’être un conteur. Dans les chapitres où il exerce ce talent, on est tranporté hors du fauteuil où on lit vers un monde extraordinaire. Le reproche que je lui fait est qu’on revient trop vite à la réalité. Nathan a les deux pieds collés au sol de l’histoire. Dans la première moitié du livre, j’ai cru un moment avoir trouvé le Gabriel Garcia Marquez égyptien. J’attendait que le conteur m’emporte, mais toujours il revenait au monde réel, au monde cruel, à l’histoire. Dommage. J’ai lu un très bon livre, mais en sachant que son auteur avait la capacité à écrire un très grand livre…

C’est dans le ghetto juif du Caire que naît, contre toute attente, d’une jeune mère flamboyante et d’un père aveugle, Zohar l’insoumis. Et voici que sa sœur de lait, Masreya, issue de la fange du Delta, danseuse aux ruses d’enchanteresse, le conduit aux portes du pouvoir. Voici aussi les mendiants et les orgueilleux, les filous et les commères de la ruelle, les pauvres et les nantis, petit peuple qui va roulant, criant, se révoltant, espérant et souffrant.

Cette saga aux couleurs du soleil millénaire dit tout de l’Égypte : grandeur et décadence du roi Farouk, dernier pharaon, despote à l’apparence de prince charmant, adoré de son peuple et paralysé de névroses. Arrivé au pouvoir de Gamal Abdel Nasser en 1952 et expulsion des Juifs. Islamisation de l’Égypte sous la poussée des Frères Musulmans, première éruption d’un volcan qui n’en finit par de rugir… C’est la chute du monde ancien, qui enveloppait magies et sortilèges sous les habits d’Hollywood. La naissance d’un monde moderne, pris entre dieux et diables.

… et ce résumé (quatrième de couverture) est abominable ! Comment un auteur peut-il laisser s’écrire n’importe quoi sur cette couverture, si importante pour le badaud lecteur que je suis? Oubliez ça et laissez-vous envouter par l’Egypte. Le blog de Toby Nathan vaut le détour. Il inclus les recettes des plats égyptiens mentionnés dans le livre.

Emprunté à la médiathèque de Saussines