Ainsi vint la nuit, d’Estelle Surbranche ***

ainsi-vint-la-nuit-d-estelle-surbrancheEt vous, que feriez-vous si 8 kilos de cocaïne atterrissaient entre vos mains ? Matthieu et Romain, deux surfeurs étudiants, ne mettent pas longtemps à répondre à la question : monter un bizness qui rapporte une montagne de fric. Tout semble si facile… Sauf que la marchandise appartient à un gang serbe, particulièrement à cheval sur la notion de propriété et peu sourcilleux sur les méthodes de leur tueuse favorite, Nathalie. Plus dangereuse encore, Paris la nuit, ses fêtes, les paillettes des clubs et ses amours illusoires, qui corrompent l’amitié, les corps et la raison. Une seule personne peut encore arrêter le massacre : la capitaine Gabrielle Levasseur… si elle arrive à s’affranchir des fantômes qui la hantent.

Je regarde toujours les critiques et avis de lecteurs quand je prépare mes commentaires. Cette fois je suis tombé sur une perle. Pour le journal Elle, la journaliste Nathalie Dupuis écrit, je cite: “le mélange entre les horreurs de la guerre en Tchéchénie, la déchéance de deux garçons attirés par l’argent facile et la psychologie trouble de ses héroïnes, en fait l’un des polars les plus attirants du Printemps”… Sauf qu’il n’est à aucun moment fait mention de Tchéchénie dans le roman, mais des génocides au sein de l’ancienne Yougoslavie. Le reste: la déchéance, plutôt plongée en enfer, de deux surfeurs, et les psychologies plus que perturbées, à juste titre, des deux héroïnes, l’une flic l’autre tueuse professionnelle, ce sont en effet quelques uns des ingrédients d’un polar bien noir et assez réussi. Loin de l’intrigue à la manière d’Agatha Christie, on surfe (sic) dans le monde violent de la drogue et de l’argent sale qui finance les criminels de guerre. Premier roman étonnant d’une jeune femme qui a plusieurs vies, entre monde de la mode, musique (elle est aussi DJ) et vie nocturne… Quand a-t-elle trouvé le temps d’écrire une telle histoire?

En course pour le Prix des lecteurs de BU & LU, manifestation viticulturelle de la Librairie AB de Lunel, avec le concours des médiathèques du Pays de Lunel. 3ème livre lu (sur 10) et le meilleur jusqu’ici.

Thalasso-crime, de Janine Teisson ***

BUetLU_thalasso-crimeQui est la personne assassinée dans le bain à bulles à l’institut de thalassothérapie de la Grande Motte ?
Madame Merle a deux noms. Est-elle une tranquille écrivaine pour la jeunesse ou une meurtrière ?
Le plombier est-il un tueur en série ? Un terroriste ? Un enfant perdu ?
Une muette peut-elle témoigner ?
Peut-on pardonner le massacre de son enfant ?
Et celui de son enfance ? Combien y a-t-il d’assassins ? Et de meurtres ?
Qui va gagner la coupe du monde de foot ?
Toutes ces questions trouvent leurs réponses dans ce roman foisonnant où les personnages et les mobiles des crimes s’entrecroisent, où le passé meurtrier sème la mort mais aussi l’espoir d’une autre vie pour les survivants.

Deuxième roman en course pour le Prix des lecteurs de BU & LU que je trouve… et bien meilleure lecture que le premier. Ici il y a une intrigue, des morts, des flics, des rebondissements, etc. Le bémol, à mon goût, c’est qu’il y a un peu trop de tout. Dans la même intrigue l’intégrisme religieux, la pédophilie, la drogue, la prostitution et j’en oublie, ça fait beaucoup. Même chose pour les personnages, on s’y perd un peu. Bref, c’est mieux que le précédent, mais c’est pas encore le polar idéal… (à suivre)

En course pour le Prix des lecteurs de BU & LU, manifestation viticulturelle de la Librairie AB de Lunel, avec le concours des médiathèques du Pays de Lunel.

Et puis, Paulette… de Barbara Constantine****

barbara-constantine-et-puis-PauletteUn “feel good book” à la française? On commence en se disant que ces petits riens quotidiens ne vont pas faire un grand livre. Puis on saisit l’idée. Peut-il y avoir une alternative au vivre seul ou en maison de retraite, quand on sait les dangers et l’ennui de l’un… et l’horreur de l’autre? Barbara Constantine parie sur une improbable convivialité intergénérationnelle, la coloc pour tous. Tout cela est fort sympathique et on voudrait y croire. Entre la folie des uns et la fureur des autres, cela peut-il être plus qu’une utopie? Un appel au partage d’expériences est lancé depuis la publication du livre en 2012. Suivi d’un grand silence. Dommage.

Ferdinand vit seul dans sa grande ferme vide. Et ça ne le rend pas franchement joyeux.
Un jour, après un violent orage, il passe chez sa voisine avec ses petits-fils et découvre que son toit est sur le point de s’effondrer. A l’évidence, elle n’a nulle part où aller. Très naturellement, les Lulus ( 6 et 8 ans ) lui suggèrent de l’inviter à la ferme. L’idée le fait sourire. Mais ce n’est pas si simple, certaines choses se font, d’autres pas…
Après une longue nuit de réflexion, il finit tout de même par aller la chercher.
De fil en aiguille, la ferme va se remplir, s’agiter, recommencer à fonctionner. Un ami d’enfance devenu veuf, deux très vieilles dames affolées, des étudiants un peu paumés, un amour naissant, des animaux. Et puis, Paulette….

Emprunté à la médiathèque de Saussines

Un doux pardon, de Lori Nelson Spielman****

doux_pardonOn nous dit que ce livre est un feel-good book … si vous traduisez “eau de rose” vous n’êtes pas complètement hors sujet. Si vous imaginez une lecture gnangnan de l’Amérique bienpensante, il y a un arrière-goût de cela aussi par endroits. Mais c’est quand même plus que cela. J’en veux pour preuve que j’ai lu ce livre (430 pages) en une seule journée et cela ne m’était pas arrivé depuis longtemps. Donc Madame Spielman sait écrire. Et je vais lire son premier roman, que j’avais zappé jusqu’ici.

Hannah Farr est une personnalité en vue de La Nouvelle-Orléans. Animatrice télé, son émission quotidienne ” The Hannah Farr Show ” est suivie par des milliers de fans. Côté coeur, elle file depuis deux ans le parfait amour avec Michael Payne, le maire de la ville. Mais sa vie toute tracée va être bousculée par deux petites pierres… Ces ” pierres du pardon ” connaissent un immense succès aux États-Unis. Le concept est simple : si vous avez quelque chose à vous faire pardonner, il suffit d’envoyer une lettre d’excuses à la personne que vous avez blessée, accompagnée de deux pierres. Si cette dernière accepte vos excuses, elle vous renvoie l’une des deux pierres. Bien inoffensives à première vue, celles-ci vont toutefois forcer Hannah à replonger dans son passé, celui-là même qu’elle avait soigneusement mis de côté depuis de nombreuses années, et toutes les certitudes de sa vie vont être balayées comme un château de cartes… Est-il encore temps de changer le destin ?

Emprunté à la médiathèque de Saussines.

La soudure, d’Alain Guyard**

la_soudureLe problème de Guyard, c’est que la logghorée argotesque cache mal le désert de l’intrigue. Ryan est un petit chef de bande, genre racaille des banlieux, et on nous raconte en détail chaque étape de son histoire, somme de concours de circonstances plus que le résultat d’un réel travail. (de canaille, d’écrivain, vous choisissez). Histoire banale. Très dur d’en faire un bon polar. Tout juste si une paire de personnages – Cyndie et le papet à la péniche – suscitent un peu de sympathie. Heureusement c’est un tout petit livre, donc on en sort vite. Pour l’oublier tout se suite.

Tremblez faiseurs et vous indignes passeurs de momies et autres fourgueurs de momifie littéraire, le Guyard circus is back in town ! Les yeux regagnent leurs orbites en catastrophe, les pendules sont remises à l’heure au pas de charge, on retouche terre dans l’euphorie : voilà du vrai, du velu et du carné. Voilà de l’écriture ! Après l’épopée philosophico-carcérale de La Zonzon, après une montée en chaire d’anthologie pour 33 leçons de philosophie voyoutes, voilà La Soudure qui est, je n’apprends rien à personne, l’art de boucler son mois et de fusionner les métaux. Romance chienne pour Gitan technophile, saga en roue libre pour quelques éborgnés de la vie. J’énonce : Lui, c’est Ryan Moreau, impatient-né et dentellier-soudeur virtuose, elle, c’est Cyndie Roux, une gentille téléportée du bulbe qui vit d’amour pur et d’art métallique; autour de ces accortes tourtereaux démonétisés et sans enfant gravite une galaxie de monstres joviaux comme maître Cube, obèse avocat marron, les patibulaires frères Patrac, Kristopher, compagnon de route et de déroute, la reine Josépha, impératrice des caravanes. Et tout ce beau monde d’affiner à l’infini l’art de gagner plus en travaillant peu, si ce n’est en trafiquant de l’herbe louche ou de la poudre d’escampette, en désossant les 4X4 et en rêvant méthode, planning et dividende. Après passage par la case prison et embrasement généralisé, tout cela aurait pu mal finir, dans l’hécatombe et le déficit, si ce n’était l’appui poétique d’un capitaine lyrique aux élans homériques qui remettra à flot tout ce beau monde. Alors quoi, en définitive ? Eh bien c’est : «criard, vulgaire, agressif et disproportionné comme une femme saoule qui accouche debout (…) absolument mochetingue, mais joyeusement barbare, délicieusement obscène comme un bikini de petite fille taillé dans une escalope crue.» C’est l’auteur qui le dit, croyons-le.

En course pour le Prix des lecteurs de BU & LU, manifestation viticulturelle de la Librairie AB de Lunel, avec le concours des médiathèques du Pays de Lunel.

Anatomie d’un crime, par Elizabeth George ****

E_George_anatomieLondres. A l’arrière d’un bus qui traverse la ville, le jeune Joel, sa sœur et son frère roulent vers leur destin. Dans un quartier chic, Helen Lynley rentre chez elle. Elle est belle, heureuse, la vie lui sourit. Tout est en place pour une rencontre. Inexorablement fatale. Car, même s’il l’ignore, Joel est une arme vivante. Le détonateur, c’est son histoire, le chaos qu’on lui a donné pour tout bagage. L’explosif ? C’est son quartier, écrasé par la misère et la violence qu’elle génère. Jusqu’au dernier moment, Joel pense qu’il pourra choisir. Mais d’autres ont peut-être déjà choisi pour lui… Le nouveau roman d’Elizabeth George est beaucoup plus qu’une enquête : le récit passionnant d’un engrenage implacable. Elle sait comme nul autre nous faire emboîter le pas de son personnage, nous placer avec lui à la croisée des chemins. Lequel va-t-il prendre ? Où sont les issues, et y en a-t-il jamais eu ? Un roman noir, plus que jamais ancré dans son époque et ses bouleversements. Une extraordinaire machine à remonter le crime. Et à le démonter.

Un livre d’Elizabeth George qui sort franchement de l’ordinaire. Et pas seulement parce que l’inspecteur Linley n’apparait jamais et que Barbara Havers, elle, n’apparait qu’à la toute dernière page. Dans la vie, depuis son plus jeune âge, Joel n’a pas eu le choix. Il est inexorablement entrainé par les circonstances, par les autres, par son isolement. Il lui aurait fallu être un surhomme, au moins quelqu’un de très fort, pour ne pas tomber dans le piège que la vie lui a tendu. Mais Joel n’est qu’un gamin des rues. L’histoire est forte. On voit le toboggan et on voudrait aider l’enfant à s’en sortir. Il n’y a pas de happy end. Arrive ce qui devait arriver. Destin? Tragédie. Puissamment construite et racontée. J’aime les polars d’Elisabeth George. Ils sont superbement construits, travaillés. Celui là est d’un niveau supérieur.

Emprunté à la médiathèque de Saussines

Sauver Ispahan, de Jean-Christophe Rufin ***

sauver ispahan

Ispahan, 1721. La capitale de la Perse est au faîte de sa splendeur et de son raffinement, mais de lourdes menaces s’accumulent autour d’elle. Jean-Baptiste Poncet a trouvé refuge dans cette ville heureuse où il exerce soit métier d’apothicaire, en compagnie de sa femme Alix et de leurs enfants. Vingt ans ont passé depuis les aventures contées dans L’Abyssin. L’arrivée en ville d’un mystérieux inconnu va rompre la vie paisible de Jean-Baptiste et le précipiter, à la recherche d’un ami menacé, dans un périple aventureux vers le Caucase, les steppes de l’Oural, jusqu’aux redoutables khanats de l’Asie centrale. Pendant ce temps, Ispahan assiégée tente de résister aux coups de ses ennemis afghans. Alix et sa fille Saba prennent une part décisive dans cet événement. Au cours de cet ultime assaut, vont se nouer tous les fils d’une intrigue foisonnante : on retrouve tout au long du livre la vivacité, la tendresse et l’humour qui ont fait le succès de l’Abyssin.

Pas un roman historique. Un roman d’aventure. L’ambiance est intéressante, mais l’histoire un peu trop belle. Donc un bon moment de lecture, sans l’attachement qu’on peu avoir pour une histoire vraie bien racontée (même romancée).

Emprunté à la médiathèque de Saussines