Le fils, de Philipp Meyer ****

LE_FILS_jaqu_Mise en page 1Vaste fresque de l’Amérique (traduction: des Etats-Unis) de 1950 à nos jours, le fils de Philipp Meyer, finaliste du prestigieux prix Pulitzer 2014, est porté par trois personnages, trois générations d’une famille texane, les McCullough, dont les voix successives tissent la trame de ce roman.

Eli, enlevé par les comanches à lâge de onze ans, va passer parmi eux trois années qui marquront toute sa vie. Revenu parmi les Blancs, il prend part à la conquête de l’Ouest avant de s’engager dans la guerre de Sécession et de bâtir un empire, devenant, sous le nom de “colonel”, un personnage de légende.

A la fois écrasé par son père et révolté par l’ambition dévastatrice de ce tyran autoritaire et cynique, son fils Peter profitera de la révolution mexicaine pour faire un choix qui boulversera son destin et celui des siens.

Ambitieuse et sans scrupules, Jeanne-Anne, petite-fille de Peter, se retrouvera à la tête d’une des plus grosses fortunes du pays, prête à parachever l’oeuvre de son arrière-grand-père.

Il est difficile de résumer un tel livre. Porté par un souffle hors du commun, le fils est à la fois une réflexion sur la condition humaine et le sens de l’histoire, et une exploration fascinante de la part d’ombre du rêve américain.

Voilà encore un très bon roman historique, pas de cette histoire de grands hommes, de grandes dates et de grandes batailles, mais celle des gens, et surtout de ceux qui sont venus de la vieille Europe pour exterminer tous ceux qui s’y étaient installés avant eux, de la plus sauvage, la plus sanguinaire des façons. Quel pays a une histoire qui n’est pas sanguinaire, à un moment ou à un autre? Celle des Etats-Unis est sanguinaire du 16ème siècle à aujourd’hui. On comprend mieux (sans le justifier) cet amour pour les armes et la peine de mort qui subsiste aux Etats-Unis comme dans une vingtaine d’autres pays beaucoup moins “avancés”. C’est la suite logique, au présent, d’une longue histoire de barbarie. Et comme aujourd’hui dans une partie du monde musulman (et hier dans la très catholique Europe), cette barbarie est bénite par l’église (ses multiples et obscures ramifications) et tous les hypocrites qui la fréquentent. Il n’y a pas de méchants et de gentils dans le livre de Philipp Meyer. Il n’y a que des très méchants et d’innombrables victimes, indiens, noirs, femmes et enfants.

Une histoire sans concession. Un livre beaucoup plus fort que tous les petits romans primés en 2014 en France.

Emprunté à la médiathèque de Saussines

Deux veuves pour un testament, de Donna Leon ***

LeondeuxveuvesAutomne ensoleillé à Venise. Brunetti ferait bien l’école buissonnière. Mais pas de répit pour le commissaire, une vieille dame est retrouvée morte à son domicile. Verdict du légiste: crise cardiaque. Brunetti est sceptique: et si quelque chose leur échappait? La victime, veuve dévouée aux personnes âgées et aux femmes battues, était très secrète. Peut-être trop pour être honnête…

Pas d’action violente, pas de course poursuite dans les rues de Venise, pas de suspense, presque pas d’histoire ou d’intrigue, c’est encore un livre d’ambiance. Et dans le genre, Donna Leon est très forte: on s’y croirait.

Sycamore Row, de John Grisham ***

Grisham_sycomoreLe livre a été publié en français sous le titre “l’allée du sycomore”… mais comme je l’ai acheté dans un aéroport loin d’ici, je l’ai lu dans sa version originale.

Pourquoi, dans le sud ségrégationniste, un riche américain décide-t-il de déshériter toute sa famille ou presque pour laisser 90% de sa fortune à l’employée noire qu’il a engagée trois ans plus tôt? Atteint d’un cancer en phase terminale, il décide de mettre fin à ses jours, suivant un scénario très précis.

Le livre est bien écrit mais on a quand même un peu trop l’impression que l’auteur applique ses leçons de droit civil et celles… des scénarios de films à succès (plusieurs de ses livres ont été portés à l’écran et maintenant il anticipe). On a donc droit à la série de rebondissements prévisibles, d’abord dans le sens de la famille lésée, puis à la fin dans l’autre sens. Avec la conclusion… que je ne peux pas raconter. Mais tout cela est un peu trop téléphoné, trop travaillé, trop bien construit. Et l’ambiance, comme l’empathie avec les personnages s’en ressentent. Donc une bonne lecture, mais pas un chef d’oeuvre du roman policier-judiciaire.

Strange Affair, de Peter Robinson***

aarobinsonEn lisant ce livre, trouvé – j’avais épuisé mon stock – dans la bibliothèque de l’Hotel Valmer (Seychelles), je découvre un écrivain plus que prolifique que j’ignorais totalement, et son héro, le détective Alan Banks. L’intro me révèle que c’est la 15ème de la série, et Wikipedia ce matin m’informe que sept autres volumes ont été publiés depuis ! Strange Affair a été pblié en français sous le titre Etrange affaire, comme c’est étrange (Le Livre de poche no 31101, 2008).

Sur le répondeur de l’inspecteur Banks, un message de son frère : « Rappelle-moi vite… C’est une question de vie ou de mort…» Mais Roy est injoignable et Banks décide de partir pour Londres à la recherche de ce frère businessman qu’il connaît peu. Parallèlement, dans le Yorkshire, sa collègue Annie Cabbot, chargée d’élucider le meurtre d’une jeune femme, découvre dans la poche du cadavre un papier portant le nom et l’adresse de Banks : pour Annie et pour Banks, qui n’a trouvé à Londres qu’un appartement vide, les deux affaires sont évidemment liées…
Avec son personnage de flic déprimé, amateur de jazz et de bon whisky, Robinson s’impose comme un des auteurs majeurs du polar contemporain.

C’est bien fait. Bien qu’il ait aujourd’hui la nationalité canadienne, pays où il a émigré après ses études, Robinson fait partie de la grande famille du roman policier British. Rien d’équivalent chez nous, mais on s’en f… , la diversité et le nombre de bons écrivains outre-manche (et plus au nord) suffit amplement pour remplir les rayons des passionnés de cette littérature.

Strange shores, d’Arnaldur Indridason ****

aastrangeshoresD’un livre à l’autre, on apprend quelques miettes du passé d’Erlendur, le fameux détective d’Indridason, et en particulier de son enfance, troublée par une sortie avec son père et son petit frère au cours d’une furieuse tempête de neige, de laquelle ce dernier ne reviendra pas. La famille a migré à Reykjavik, et les années ont passé. Mais Erlendur passe toutes ses vacances à retourner sur ce lieu de son enfance où il a grandi et où son frère a disparu.

Au cours de l’une de ces périodes estivales, et bien qu’en vacances, il résoudra le mystère d’une autre disparition suspecte datant de l’époque de la seconde guerre mondiale, dans une autre tempête, en même temps qu’il poursuivra ses éternelles recherches sur le sort de son petit frère.

Dans ces campagnes et ces côtes où les hivers sont furieux, les disparitions ne sont pas rares. Et quelques histoires de survie, dans des conditions dantesques, révèlent les limites insoupçonnées de l’endurance humaine. D’autres histoires, et d’autres découvertes faites par les chasseurs qui sillonnent ce milieu hostile, permettront à Erlendur de mettre un terme à l’attente de sa défunte mère. « Quand tu retrouveras ton petit frère… »

Le marchand de sable, de Lars Kepler ***

aalarskeplerUn jeune homme erre le long d’une voie ferrée dans la nuit glaciale de Stokhlom. Il souffre d’hypothermie. En état de choc il n’est pas en mesure d’expliquer ce qui lui est arrivé et tient des propos incohérents à propos du Marchand de sable. Quand il donne enfin son nom, on découvre qu’il s’agit d’un garçon disparu treize ans plus tôt avec sa petite sœur. A l’époque, l’enquête avait conclu qu’ils faisaient probablement partie des dernières victimes de Jurek Walter, un tueur en série arrêté par Joona Linna. Mais le psychopathe purge sa peine depuis plus de dix ans en unité psychiatrique, dans un bunker souterrain sous haute sécurité.Où était le jeune homme séquestré depuis tout ce temps ? Jurek a-t-il un complice à l’extérieur, toujours à l’œuvre ? Et où est la petite sœur ?

Il y a urgence. Joona sait que Jurek Walter est un manipulateur et qu’il ne les aidera pas spontanément. Dans une ultime tentative de lui soutirer des informations, Saga Bauer, une collègue de Joona Linna, se fait passer pour une patiente et se laisse enfermer dans le bunker. De son côté, Joona sait que l’heure du face ) face avec l’homme qui l’a obligé à abandonner sa famille pour la mettre en sécurité approche…

Pour ce qui est de la crédibilité, la note serait plutôt basse, mais pour le suspense, c’est top. Bien sûr on devine la fin dès la page deux, mais on se laisse prendre quand même par le rythme, par l’ambiance assez glauque, par les personnages. Donc au bilan ça se lit vite et ce n’est pas mal. Les deux auteurs – Lars Kepler est le pseudonyme d’un couple d’écrivains suédois, Alexander et Alexandra (ça arrive aussi) – ont un goût tordu pour le crépusculaire.

Emprunté à la médiathèque de Saussines

Jar City, d’Arnaldur Indridason ***

aajar_city1Un homme est trouvé mort dans son appartement de Reykjavik. Les seules pistes sont une note assez cryptique retrouvée sur le corps et la photo de la tombe d’une petite fille.

En creusant dans la vie de la victime, l’inspecteur Erlendur découvre que quarante ans plus tôt l’homme a été accusé d’un horrible forfait., mais jamais condamné. Est-ce que c’est son passé qui l’a rattrapé ?

Alors qu’Erlendur essaie difficilement de renouer les fils avec sa fille malheureuse, l’enquête le conduit au Centre Islandais de Recherche Génétique, où il découvre des secrets assez troublants, encore plus noirs que le meurtre du vieil homme.

Pas un des meilleurs Indridason, l’histoire est construite autour d’études réelles sur les particularités génétiques d’une population de petite taille, longtemps isolée du reste du monde. Une maladie génétique identifiée sur un petit nombre d’individus, avec une transmission de génération en génération via des porteurs sains, est entremêlée dans une histoire de crimes sexuels et d’enfants illégitimes. La science ne laisse que peu de place au mystère…

La femme aux fleurs de papier, de Donato Carrisi ***

aacarrisiLa nuit du 14 au 15 avril 1912, tandis que le Titanic sombrait au beau milieu de son voyage inaugural, un passager descendit dans sa cabine de première classe, revêtit un smoking et remonta sur le pont. Au lieu de chercher à sauver sa peau, il alluma un cigare et attendit la mort.

 Le 14 avril 1916, dans les tranchées du mont Fumo, quatre ans jour pour jour après le naufrage du Titanic, un soldat italien est fait prisonnier. A moins qu’il ne révèle son nom et son grade, il sera fusillé le lendemain à l’aube. Jacob Roumann, médecin autrichien, n’a qu’une nuit pour le faire parler. Mais le prisonnier veut diriger l’interrogatoire. Sa vie, décrète-t-il, tient non pas à une, mais à trois questions :

« Qui suis-je ?
Qui est Guzman ?
Et qui était l’homme qui fumait sur le Titanic ? »

De cet instant se noue entre les deux ennemis une alliance étrange autour d’un mystère qui a traversé le temps et su défier la mort.

Auteur de polars et thrillers à succès (que j’ignorais), Donato Carrisi montre ici un réel talent de conteur. Quand un écrivain change de genre, c’est souvent une grande déception (voire une catastrophe, comme pour Agatha Christie), et quelquefois, mais rarement, une très agréalble surprise (Ken Follett). Comme je ne connaissais pas les thrillers/polars de Carrisi, je n’ai pas été troublé. Et ce qu’il fait ici est assez bon pour que j’ai envie d’aller voir plus loin dans son œuvre.

Emprunté à la médiathèque de Saussines