Pas pleurer, de Lydie Salvayre *

paspleurerJ’avais trouvé le Passage à l’ennemie amusant, et moins aimé Les belles âmes. Avec Pas pleurer je découvre le « bidon-branché ». La guerre d’Espagne est un beau sujet et une mine pour belles histoires. Passez votre chemin si vous en cherchez une, il n’y en a pas dans ce livre.

Les fanatismes, auréolés d’une caution religieuse – ici le très catholique et très bafoué aimez-vous les uns les autres – sont terriblement d’actualité. Mais c’est ici une simple coïncidence. Rien ne va dans ce roman de Lydie Salvayre. On nous annonce un roman à deux voix, mais on pourrait enlever celle de Georges Bernanos et on ne s’apercevrait rien: elle est inutile. L’écriture saccadée à la Salvayre n’est pas déplaisante. La langue, mélange constant de français, d’espagnol et de fragnol amuse un instant puis finit par lasser. Tout de même, c’est sans doute la seule chose un peu originale dans le bouquin. Je me mets un instant à la place des lecteurs qui ne lisent pas l’espagnol, et que l’absence totale de traductions doit bien énerver. Certains esprits (mauvais esprits sûrement) osent suggérer que ce roman était le moins mauvais de ceux qui étaient soumis au jury du Goncourt. Je n’ai pas encore lu celui de Foenkinos, ni aucun autre d’ailleurs, donc je ne peux confirmer. J’entends dire que c’est chic et parisien (« bidon-branché ») et qu’un livre ainsi couronné ne peut être ni critiquable ni critiqué. Et pourtant je l’aurai bien plus vite oublié que je n’ai mis de temps à le lire. Pour le premier chapitre. Le survoler pour le second. Heureusement que je ne l’ai pas acheté !

Emprunté à la médiathèque de Saussines.

Yeruldelgger, de Ian Manook ****

YeruldelggerYeruldelgger Khaltar Guichyguinnkhen. Ceux qui se plaignent des noms des personnages d’Arnaldur Indridason vont adorer ceux de Ian Manook. Les soldats de Gengis Khan étaient des fous furieux. La Mongolie a gardé quelques nostalgiques de ces temps de grandeur sauvage. Un curieux mélange de traditions lointaines et de modernité policière à la mode des Experts Miami a fait de ce polar un succès couronné de nombreux prix littéraires (division livres policiers). Il vaut le détour. Et je lirai sûrement le prochain, puisque Ian Manook, ce papy-écrivain qui publie son premier roman à l’âge de la retraite, a succombé aux suppliques de son éditeur et préparé une suite.

Rude journée pour le commissaire Yeruldelgger Khaltar Guichyguinnkhen. A l’aube, il apprend que trois chinois ont été découpés au cutter dans une usine près d’Oulan-Bator. Quelques heures plus tard, dans la steppe, il déterre le cadavre d’une fillette aux boucles blondes agrippée à son tricycle rose.

Le dernier loup-garou, de Glen Duncan***

le-dernier-loup-garou-glen-duncanHou-hou-hou, que j’ai eu du mal à m’accrocher. Un mal de chien, en fait. Cela faisait bien longtemps que je n’avais trainé autant pour lire un livre (même pas gros, moins de 400 pages). Et puis finalement, après une première moitié pénible, je me suis lentement laissé prendre, amour de loup-garou et suspense aidant. Un livre catégorie fantastique, curieusement classé science-fiction dans ma médiathèque préférée. Beaucoup d’hémoglobine versée, salement, à chaque pleine lune. Âmes sensibles s’abstenir. Mais si vous voulez tout savoir sur les loups-garous – moi ça manquait vraiment à ma culture – le livre est une bonne introduction. Et si vous voulez aller plus loin, vous êtes vraiment malade, mais ça ne me concerne pas.

Jack Marlowe est le dernier de sa race. Pourchassé par des tueurs fanatiques qui ont juré de lui trancher la tête, protégé ontre son gré par une organisation sevrète désireuse de vivre au grand jour, Jack a décidé d’arrêter de fuir. La prochaine pleine lune sera sa dernière.
“Va où tu peux, meurs où tu dois”
Mais pour le vieux loup-garou suicidaire et blasé, rien ne va se dérouler comme prévu. Par définition, l’amour est imprévisible.

emprunté à la médiathèque de Saussines

Les dolmens de la Grande Pallière ***

randopaillere5Le site des dolmens de la Grande Pallière, à côté d’Anduze dans le Gard, est considéré comme la plus grande nécropole préhistorique sur terrain acide. L’ensemble, regroupé sur un « serre » (hauteur) cévenol, compte une trentaine de dolmens répertoriés, dont la moitié est encore visible du chemin de randonnée qui parcourt le site.

Tous les dolmens sont différents et ont été datés de la fin du néolithique (- 3500 av JC). Ils ont été réutilisés plus tardivement en tant que sépultures jusqu’à l’âge du bronze final (- 800 av JC).

La rando fait 14km (4h30), moyennement difficile, avec un dénivelé cumulé de 400m.

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Interdit ! On doit emprunter le souterrain pour traverser les voies !!! L’ancienne gare a été transformée en restaurant: le restaurant des petits chefs (de gare).
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Un petit chemin caillouteux…
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le coin a été habité il ya un ou deux siècles…
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… et beaucoup plus tôt. Les dolmens ont été construits vers 3500 av J.C., et utilisés jusque vers 800 av J.C.
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Il s’agissait de caveaux collectifs, ou nécropoles.
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Ils témoignent donc d’une occupation des lieux il y a plus de 5000 ans.
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Le hameau de paillères, traversé en fin de randonnée.
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J’ai vainement attendu que l’un ou l’une d’entre nous glisse sur les pierres mouillées ou dans la gadoue du chemin…

 

Les vacances d’Hercule Poirot***, suivi de cinq petits cochons****, d’Agatha Christie

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En panne de livres de ma bibliothèque préférée, la faute aux vacances de fin d’année, je me suis replongé dans une des compilations des romans d’Agatha Christie qui remplissent les rayons “policiers” de notre bibliothèque. Deux très bons livres, le second encore meilleur que le premier.

Les vacances d’Hercule Poirot rassemblent sur un coin isolé (ce n’est pas un trin mais une île) un petit nombre de personnages qui semblent être ce qu’ils ne sont pas, venant de passés qui n’ont pas toujours été sans se croiser. La situation du triangle amoureux n’est pas non plus ce qu’elle semble être. Pour la solution du mystère, Agatha Christie fait appel à une ficelle un peu grosse, celle du meurtrier qui ne doit pas en être à son coup d’essai et la comparaison avec d’autres affaires. C’est beaucoup moins subtil que l’intrigue du deuxième roman.

Les cinq petits cochons constituent un modèle dans le roman policier. Ce n’est pas un “cold case” au sens où l’affaire qui a eu lieu 16 ans plus tôt ne s’est pas traduite par un classement sans suite mais bien par une lourde condamnation. L’accusée, sur son lit de mort, écrit son innocence à sa fille, qui confie une nouvelle enquête à Hercule Poirot. Celui-ci interrogera les cinq protagonistes encore vivants, puis chacun lui redigera sa version des faits. Il posera ensuite à chacun une dernière question avant la classique réunion finale, pleine de rebondissements, où Poirot finira par désigner le ou la véritable coupable. Un suspense digne des meilleurs thillers d’aujourd’hui.

Signalisation

Nos chemins de randonnées sont de mieux en mieux signalés. Nous connaissons tous les codes ci-dessous:

Les_principaux_types_de_balisages_de_randonnesIls sont clairs, simples… et terriblement tristes. Mais si, mais si. Parce qu’ils pourraient être tout autre chose:

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Un chemin de randonnée dans le Golden Gate Highlands National Park (Afrique du Sud)

ou bien:

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En observateurs attentifs, vous aurez noté que certaines marques sont de pieds chaussés et d’autres de pieds nus, s’agissant de marquage dans un pays où tout est possible. Sans distinction de couleur ou de race: les petits sud-africains marchent pieds nus, qu’ils soient noirs ou blancs.

Autour du lac de la Rouvière —

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Chapelle de Pise et olivier. La photo de la rando, par Guy Beauthauville.

Pas d’étoiles pour cette rando, parce que je ne m’auto-note pas. J’ai organisé cette randonnée, perturbée une première fois (et reportée) pour cause de grosses pluies juste avant et trop de gadoue dans les chemins. Et perturbée aujourd’hui encore, sous un ciel bleu magnifique et une température de printemps… par un chasseur imbécile. Une battue était en effet organisée sur une partie de notre parcours, et l’individu en question nous a affirmé que nous ne pouvions pas passer au travers d’un petit massif, sur notre route, avant 15 heures (il était 12h45). Nous avons donc décidé de faire demi-tour. Pour découvrir peu après que la battue était terminée à 13h. Merci M. le chasseur. Voilà qui fait progresser les relations entre chasseurs et randonneurs.

On retiendra que le coin est très beau. Une journée de printemps en plein hiver, sous un grand ciel bleu. Deux chateaux et quelques constructions magnifiques, comme la chapelle de Pise. Le lac. La ballade a ses atouts, chasseurs ou pas.

Et une page de culture, puisque nous sommes sur les terres de Florian. Lecture d’une de ses fables, au pied de l’ancienne magnanerie (devenue bergerie):

Le Grillon
Un pauvre petit grillon
Caché dans l’herbe fleurie
Regardait un papillon
Voltigeant dans la prairie.
L’insecte ailé brillait des plus vives couleurs ;
L’azur, le pourpre et l’or éclataient sur ses ailes ;
Jeune, beau, petit-maître, il court de fleurs en fleurs ;
Prenant et quittant les plus belles.
Ah ! Disait le grillon, que son sort et le mien
Sont différents ! Dame nature
Pour lui fit tout et pour moi rien.
Je n’ai point de talent, encor moins de figure ;
Nul ne prend garde à moi, l’on m’ignore ici bas :
Autant vaudrait n’exister pas.
Comme il parlait, dans la prairie
Arrive une troupe d’enfants ;
Aussitôt les voilà courants
Après ce papillon dont ils ont tous envie.
Chapeaux, mouchoirs, bonnets, servent à l’attraper.
L’insecte vainement cherche à leur échapper,
Il devient bientôt leur conquête.
L’un le saisit par l’aile, un autre par le corps ;
Un troisième survient et le prend par la tête.
Il ne fallait pas tant d’efforts
Pour déchirer la pauvre bête.
Oh ! Oh ! Dit le grillon, je ne suis plus fâché ;
Il en coûte trop cher pour briller dans le monde.
Combien je vais aimer ma retraite profonde !
Pour vivre heureux vivons caché.

(Jean-Pierre Claris de Florian)

Photos

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La chapelle de Pise, temple protestant construit entre 1992 et .1998 pour célébrer le 400ème anniversaire de l’Edit de Nantes
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Les vitraux de Jean-Michel Folon sont surtout à voir… de l’intérieur, mais la chapelle est rarement ouverte au public.
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20 randonneurs habillés comme en hiver…
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Un très beau lac pour le pique-nique.
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L’association Dimanche-rando 34 a maintenant sa section chorale ! Et le ciel resta bleu…
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La faute aux chasseurs, on revient en passant sous la chapelle.
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Le petit pont au fond de la vallée.
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Une journée d’été en hiver.

 

L’herbe des nuits, de Patrick Modiano **

lherbedesnuitsTous les lecteurs, ou presque, lui mettent cinq étoiles. C’est du Modiano, n’est-ce pas? J’ai trouvé ce petit livre bien ennuyeux. Déambulation dans un Paris gris, comme mal dessiné, et qui a disparu (Modiano nous le repète mille fois), avec des personnages gris, troubles (parait-il) dont on ne saura jamais dans quelle histoire ils trempent. Quelqu’un est mort, on ne saura jamais qui. Dannie l’a tué, par accident? Un policier classe l’affaire. Et que dire du narrateur, qui s’éprend de cette femme aux multiples identités et lieux de résidence, qui ne lui dévoilera pourtant rien, ni de son passé ni de son présent, ni de ce qu’elle aime ou pas, l’éternelle inconnue? “Qu’est-ce que tu dirais si j’avais tué quelqu’un?” Rien dans tout le livre n’est plus précis que cette question…

De la grande littérature, sûrement. J’ai sans doute l’esprit trop simple pour y prendre le moindre plaisir. J’aime les couleurs, pas tout ces gris.