Les joyaux du paradis, de Donna Leon **

CVT_Les-Joyaux-du-paradis_1426Donna Leon et Venise sans Guido Brunetti. On apprécie la trattoria entre la bibliothèque et l’appartement, le petit pont, le palazzo, voire le soleil. Mais notre inspecteur préféré nous manque!

Excellent résumé d’une collègue bloggeuse, bigmammy: “En fait, c’est une histoire de savante recherche à travers des textes datant du dix-septième siècle, retrouvés dans deux malles jamais ouvertes depuis lors, convoitées à titre d’héritage par deux grossiers personnages représentés par un mystérieux avocat, très séduisant.
L’héroïne est une belle vénitienne, Caterina, bien dans sa peau de musicologue. Elle nous raconte l’histoire de sa famille, de ses quatre sœurs et en particulier parle avec celle qui, devenue religieuse, va lui prêter main forte dans sa recherche, de sa carrière.
Tout tourne autour de Agostino Steffani (1654 – 1728) et de sa biographie : jeune chanteur à la voix merveilleuse, musicien de génie entré dans les ordres, devenu évêque puis diplomate, il a passé sa vie à essayer de ramener à la religion catholique les princes allemands ayant adopté le protestantisme. C’est cet homme au destin d’exception que la cantatrice Cecila Bartoli a décidé de sortir de l’oubli avec son dernier album « Mission », et ce livre est le fruit de sa collaboration avec Donna Leon.

Rien a ajouter. C’est un petit livre. Vite lu. Vite oublié. Rien de très original.

W3-Le sourire des pendus, de Jérôme Camut et Nathalie Hug ***

CamHugGuillaume Musso a un très grand nombre d’adèptes. Franchement, je n’ai encore rien lu de lui qui justifie mon adhésion à ce club. Bref, tout ça pour dire que les auteurs français de thrillers, moi je dis que ça ne vaut pas tripette. Ou plutôt je disais…

Lara Mendès, une jeune chroniqueuse, est portée disparue alors qu’elle enquêtait sur le marché du sexe et ses déviances. Un avocat et son épouse sont sauvagement assassinés, leurs fillettes enlevées. À Rennes, Sookie Castel, policière hors norme, s’oppose à sa hiérarchie qui souhaiterait classer ces trois décès en suicide. Qui a enlevé Lara ? Où sont passés ces enfants et ces jeunes femmes dont les portraits sont affichés depuis des mois, parfois des années, sur les murs des gares et des commissariats ? Alors que Sookie est mise à pied et internée, partout, le destin d’innocents est broyé sans pitié. Ils auront bientôt une voix : W3.

Ils s’appellent Jérôme Camut et Nathalie Hug. Jusqu’ici ils donnaient plus dans le fantastique – pas mon truc – que dans le thriller. Pour un premier essai dans le genre, c’est plutôt réussi. Les imbéciles disent qu’ils écrivent à quatre mains. En tous cas ils en ont au moins deux qui fonctionnent bien ensemble. Près de 900 pages d’un bon suspense, une écriture facile, de l’action et peu de bla-bla, bref un livre dans lequel on plonge et qu’on ne lâche plus. Prix des lecteurs en Livre de Poche. La suite sortira en 2015. En poche en 2016?

Buried Angels, de Camilla Lackberg *

buriedangels

La dernière fois, j’écrivais: “Too much? C’est compliqué à souhait, un zeste de suspense, des personnages sympathiques et des vilains un peu caricaturaux… justement, ces vilains !… Il semble que tous les vilains suédois (voire scandinaves) se soient concentrés en un seul point de la carte: Fjällbacka. Mme Läckberg exagère. Et pas seulement sur les vilains. Aussi sur les difficultés de ses personnages préférés dans leur vie de tous les jours. Bref, je commence à trouver que toute cette prose manque un peu trop de réalisme.”

Et comme je comprends vite, mais en prenant mon temps, je viens d’en lire un autre! La vérité, c’est que c’est ma très chère qui l’avait acheté, un jour en attendant son train. STOP ! Il faut que j’arrête de lire cette auteure. Vous avez déjà lu un Läckberg? Alors, vous avez TOUS lus! Le même bla-bla-bla autour des personnages, une gangue dans laquelle on se demande si on finira par trouver une intrigue, la concentration de tous les maux de la terre à Fjällbacka, 800 habitants… imaginez un peu ce que cette femme aurait écrit si elle était née à Saussines (34160) avec ses 1000 habitants ! On ne sait pas si c’est les longues nuits d’hiver, mais ils sont presque tous fous, dans ce bled. Et ceux qui ne le sont pas ont de graves problèmes familiaux. Une caricature !

The Saint Zita Society, par Ruth Rendell ***

saintzita

Tout faux. Mais So British. Tout faux, parce qu’on sait qui sont les gentils et qui sont les méchants et que personne, jusqu’à la dernière ligne, n’est attrapé par les flics, qu’on voit à peine dans le livre. Il y a pourtant deux assassinats et une troisième mort des plus suspectes. Tout faux jusqu’à la quatrième de couverture, qui raconte une histoire qui n’est pas celle du livre!

When millionaire banker Preston Still kills his wife’s lover by pushing him down the stairs, he looks to the family au pair to help dispose of the body.

… mais ce n’est pas du tout ça. La rampe en bois de l’escalier est pourrie et ne tient plus. Le mari qui rentre tôt, l’amant qui s’affole et veut dévaler l’escalier. Et paf le chien. Preston Still veut appeler la police, parce que c’est un accident. C’est la demoiselle au pair, à l’esprit tordu, qui arrive à le convaincre qu’il faut faire disparaître le cadavre, parce qu’il pourrait être accusé… et surtout parce qu’elle a d’autres plans concernant le riche Mr Still ! Bref, celui ou celle qui a écrit la quatrième n’avait pas lu le bouquin, incroyable non ? Quant à la citation de Ian Rankin: “Probably the greatest living crime writer in the world“… j’ai lu deux Rankin avant de démarrer ce blog, parce qu’il est lui même encensé par les critiques. Nul: l’adjectif s’applique autant à ses bouquins qu’à la citation ci-dessus.

Bilan: une bonne histoire. Une ruelle dans Londres où tout le monde se connaît et se surveille. C’est sympa, vite lu, et très inhabituel dans la forme (pas de coupable arrêté, etc, voir plus haut). Donc à recommander, quand et si cela sort en français un jour…

Un paradis trompeur, de Henning Mankell ****

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Hanna a connu le froid avant la chaleur. La misère avant l’opulence. La Suède avant l’Afrique. Deux fois mariée, deux fois veuve, elle échoue au Mozambique où elle se retrouve à la tête d’un bordel. Au milieu des prostituées, sa couleur de peau dérange. Ce pays où la peur de l’autre habite les Blancs comme les Noirs est-il un paradis ou un enfer?

On est loin des Willander et de sa série de policiers suédois. Ce livre-là est un tout petit roman qui se lit d’un trait, comme le journal d’une jeune femme jetée hors de chez elle par la pauvreté au tout début du 20ème siècle, et qui va connaître une vie peu ordinaire, au hasard des rencontres. Mankell connaît bien le coin d’Afrique où elle échoue et il nous livre un excellent condensé de toutes ses violences coloniales.

Mémoire infidèle, d’Elisabeth George ****

mémoireinfidele

Un titre vraiment pour moi: je ne me suis pas rappelé, en prenant ce livre sur les rayons de notre médiathèque, que je l’avais déjà lu, en anglais certes, et il y a quelque temps. Mais pour une fois le titre en français respectait l’original (“A Traitor to Memory”). Et le livre est bien présent dans notre bibliothèque et donc dans l’inventaire (Excel) que j’ai créé… pour éviter ce qui vient d’arriver. Mais, bon, je ne me promène pas à la médiathèque avec mon inventaire sous le bras, et surtout: le livre est excellent. Donc j’ai pris grand plaisir à la relire.

Pas loin de 1000 pages quand même, une sacré intrigue, de multiples rebondissements, des personnages sympathiques, récurrents et donc bien ciselés. On ajoute le suspense et la fin inattendue et non dévoilable ici. Et le tout mérite quatre étoiles dans son genre (policier).

Quand Eugénie Davies meurt écrasée dans une rue de Londres – le chauffard ayant pris soin d’achever sa victime en repassant sur le corps en marche arrière -, l’inspecteur Lynley est chargé de l’enquête.
Les suspects sont nombreux. Parmi eux, un certain J.W. Pitchley, nom de code: Langue de Velours, doué d’un penchant certain pour les femmes mûres; Katya Wolff, jadis condamnée à vingt ans de prison pour avoir assassiné la fille de la victime et récemment libérée sous condition; ou encore le major Ted Wiley, libraire amoureux d’eugènie.
Tandis que ses fidèles subordonnés, Barbara Havers et Winston Nkata, suivent ces pistes, l’inspecteur Thomas Linley s’intéresse de près au fils de la victime, Gideon Davies, enfant prodige devenu violoniste virtuose, soudain incapable de tirer la moindre note de son instrument.

La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert, de Joël Dicker ****

JoelDicker

“Si vous mettez le nez dans ce gros roman, vous êtes fichu” (Bernard Pivot)

“Un bon livre, Marcus, est un livre qu’on regrette d’avoir terminé” (Joël Dicker)

Il démarre lentement, trop lentement. L’écrivaillon qui pleure sur sa page blanche, et ce pendant quelques dizaines de pages, c’est lassant. Et puis comme des blancs d’oeuf qui montent en neige, l’histoire nous est contée, petit bout par petit bout elle s’étoffe. Elle se complexifie. Bernard Pivot ajoute: “vous serez manipulé, dérouté, sidéré, agacé, passionné par une histoire aux multiples rebondissements, fausses pistes et coups de théâtre”. C’est un très bon polar.