Passage à l’ennemie, de Lydie Salvayre ****

passagealennemie

La curiosité est un très beau défaut. N’ayant jamais rien lu de la dame goncourtisée cette année, je me suis précipité sur internet pour savoir ce que le réseau des médiathèques de ma communauté de communes avait à m’offrir. Bien sûr, le roman goncourtisé, déjà acheté par la médiathèque de Lunel, était inaccessible (le moteur de recherche me renvoyait un message du style “revenez en 2022”), mais – ô surprise – je découvrais que ma médiathèque préférée (celle de Saussines, vous aviez deviné, astucieux comme vous êtes) comptait deux livres de la dite dame sur ses rayons. J’ai choisi “Passage à l’ennemie”, intrigué par la quatrième de couv, pour une fois, à l’évidence, largement inspirée sinon écrite par l’auteur elle-même:

L’inspecteur Arjona, chargé par les Renseignements généraux d’infiltrer un groupe de délinquants, s’oblige à rédiger des rapports secrets à l’adresse de son ministre de tutelle. Mais deux éléments inopportuns perturbent la rédaction de ses écrits: l’abus de haschich auquel le contraignent ses mauvaises fréquentations, et la présence bouleversante, dans le groupe observé, d’une jeune personne prénommée Dulcinée.
Et l’on va voir, insidieusement, le ton implacable et martial des premiers rapports s’adoucir, vaciller, s’amiévrir et se désordonner, jusqu’à complètement se retourner. Et notre inflexible agent des RG, être gagné, insidieusement, à la cause délinquante, et plus encore à la cause amoureuse.
Cette ironique métamorphose donne à Lydie Salvayre l’occasion de fustiger avec une allègre férocité les tenants d’un Ordre renforcé contre ceux-là qui, petitement, le menacent. C’est l’occasion aussi pour elle d’écrire, car elle a un coeur, une histoire d’amour silencieuse et nocturne.

Un régal ! L’humour de la dame traduit dans des rapports en langage “soutenu” est un vrai plaisir. Echantillon (une fois n’est pas coutume):

Le soussigné, soucieux du mécontentement de ses supérieurs à son endroit, pense s’être exprimé avec une impardonnable maladresse dans ses précédents rapports et s’en excuse profondément.
Il assure sa hiérarchie que cette maladresse, fruit d’un désordre nycthéméral aggravé d’une intoxication stupéfiante, ne se renouvellera plus dans l’avenir.
Dans l’impérieuse nécessité où il se trouve de fumer du haschich afghan (nécessité sur laquelle il s’est maintes fois expliqué), il s’engage à limiter drastiquement à quatre le nombre de joints quotidiens. Une broutille.
Présentement, le soussigné s’empresse de communiquer à sa hiérarchie qu’un échauffement des esprits s’est manifesté dans la soirée du 4 mai et que deux fourgons de police qui traversaient la cité ont été attaqués à coups de canettes de bière 5Que ces canettes aient été lancées depuis la fenêtre de sa chambre, devenue l’organe centrifuge de toutes les attaques par projections, n’est que l’aboutissement logique d’une endosmose réussie au-delà de toutes ses espérances).
Le soussigné reste d’une vigilance d’aigle devant ces manifestations qui pourraient, pour peu qu’on les y incitât, dégénérer en échauffourées, et s’engage à alerter immédiatement sa hiérarchie si les circonstances venaient à l’exiger.
Avec ses respectueux hommages.
A.A.

Bref, et en résumé: une lecture hygiénique.

Emprunté à la médiathèque de Saussines

 

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