Le jeu des ombres, de Louise Erdrich ****

le jeu des ombres

Rythmé à la manière d’un thriller sombre et tragique, le Jeu des ombres est un huis-clos hypnotique, sans doute le livre le plus personnel de Louise Erdrich. Portrait d’un mariage et d’une famille sur le point de voler en éclats, d’un homme et d’une femme en proie à la violence d’un face à face, c’est aussi une réflexion sur les cicatrices qu’une histoire collective douloureuse peut laisser sur les individus.
Gil est un peintre reconnu qui doit son succès à Irène, un écrivain qui a longtemps été son modèle. Quand elle découvre que son mari lit son journal intime, Irène décide d’en rédiger un autre, qu’elle met cette fois en lieu sûr. Elle y livrera sa vérité, se servant du premier comme d’une arme pour manipuler son unique lecteur. Une guerre psychologique commence, qui va révéler le côté obscur de chacun des personnages. En faisant alterner les journaux d’Irène et un récit à la troisième personne, Louise Erdrich témoigne, une fois de plus, d’une prodigieuse maîtrise narrative.

Je vais donc continuer à piocher dans les romans de Louise Erdrich. Celui-ci est tout aussi bon que le précédent (Dans le silence du vent). J’ai trouvé un excellent commentaire sur le net, que je reprend ici parce qu’il résume bien l’environnement, la genèse du livre… et pourquoi il est bon: “La vie en couple peut se révéler un véritable enfer, un processus quasi inéluctable d’autodestruction. C’est ce que nous dit implacablement Louise Erdrich dans son dernier roman, celui qui est aussi le plus autobiographique. Car, comme ses personnages, Louise Erdrich vécut une longue relation passionnée et destructrice avec un peintre dont elle est désormais séparée. Louise Erdrich n’a par ailleurs jamais fait mystère de ses origines indiennes auxquelles elle porte la plus haute importance et qui tiennent une part essentielle dans son aeuvre. Comme elle, ses personnages partagent ces racines et ces traditions au point d’en avoir fait un élément constitutif du couple qu’elle nous dépeint et de structurer profondément la façon de voir le monde, de se positionner face à lui et de penser la cellule familiale. Une grande part de ce qui se déroule sous nos yeux est influencée par une sorte de besoin presque inconscient d’utiliser son identité spécifique pour se faire accepter, voire s’imposer aux autres, comme une revanche à distance à prendre sur l’Histoire américaine. On aurait tort de négliger cet aspect des choses sous peine de ne pas décoder complètement cette spirale néfaste qui se met en branle dans toute la cellule familiale, enfants et parents compris.

Emprunté à la médiathèque du Pays de Lunel

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