L’écrivain de la famille, de Grégoire Delacourt ***

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Je venais d’avoir le bac de justesse. Ma soeur avait quatorze ans, elle écoutait Sheila chanter Hotel de la plage avec les B. Devotion, allongée sur son lit. Il y avait des posters de Richard Gere et de Thierry Lhermitte sur les murs. Elle croyait au prince charmant. Elle avait peur de coucher avec un garçon, à moins qu’il ne fût le prince. Elle m’avait demandé si ça avait été bien ma première fois et j’avais répondu, d’une voix douce, oui, oui, je crois que c’était bien, et elle avait eu envie qu’on dise ça d’elle un jour, juste ça, oui, oui, c’était bien.
Et puis notre frère était entré dans la chambre, il nous avait couverts de ses ailes et nos enfances avaient disparu.

A sept ans, Edouard écrit son premier poème, quatre rimes pauvres qui vont le porter aux nues et faire de lui l’écrivain de la famille. Mais le destin que les autres vous choisissent n’est jamais tout à fait le bon… 

Lire un premier roman après les deux suivant, c’est prendre le risque d’être déçu. Je m’y étais préparé. Et donc, sans surprise, j’ai trouvé que celui-là n’était pas le meilleur des trois, tout en comprenant comment il avait pu engendrer les deux autres. Bref, une belle promesse. Un peu trop autobiographique sans doute, mais quelques belles pages, qui se lisent facilement. Un livre de quelques heures. Trois petites étoiles. J’attendrai le quatrième avec curiosité.

Emprunté à la Médiathèque du pays de Lunel

Gorges de la Vis ****

La randonnée part de Madières – à Ganges on prend la direction du cirque de Navacelles, et le village est à 17km5, avec un parking randonneur à l’entrée du village à droite. Nous avons suivi le topo donné sur le site de la randonnée cévenole. C’est une rando mal balisée, voire par moments pas balisée du tout, mais le topo-guide est précis et actualisé.

C’est une très jolie randonnée, de près de 15kms, qui commence par grimper sur les sommets dominant la Vis, passe par la ligne de crête, puis redescend sur la Vis à la hauteur du village de Grenouillet. Le chemin suit ensuite la rivière, rive droite, et ramène au point de départ.

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Madières
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Quel usage pour cette construction où l’eau de pluie était récupérée et dirigée vers l’intérieur?
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On se prépare à repartir après un déjeuner sous les ruines de la Sauvie (on devine le sens du nom…)
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un très beau chemin
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un chien caillou?
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Descente sous les falaises
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Vue sur la vallée de la Vis
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retour à la rivière
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le pouvoir de l’homme (traduction libre)
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les randonnées se suivent …

La première chose qu’on regarde, de Grégoire Delacourt ***

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Le 15 septembre 2010, Arthur Dreyfuss, vêtu de son caleçon fétiche, regarde un épisode des sopranos quand on frappe à sa porte. Il ouvre.
Scarlett Johansson.
Il a vingt ans, il est garagiste. Elle a vingt-six ans, et quelque chose de cassé.

Grégoire Delacourt était publicitaire. Il écrit son premier roman à cinquante ans, l’écrivain de la famille (2011). La liste de mes envies, l’année suivante, est un best seller. Avec son troisième roman, la première chose qu’on regarde, il a un fan de plus, moi.

Tes mains étaient noires. Ta salopette sale. J’ai pensé à Marlon Brando dans un film avec des motos. Tu réparais le vélo d’une petite fille qui pleurait. Tu étais beau. Et fier. Le phare de son vélo s’est rallumé. Son sourire aussi, à la petite fille. Et ça m’a tuée. Ce sourire d’elle.

Arthur est apprenti garagiste. Il croit pouvoir tout réparer. Comme dans Lila, Lila, on aimerait que cette incroyable histoire d’amour ne se termine pas tristement.

Prévoyez un peu de temps libre si vous commencez cette lecture, parce que vous ne pourrez pas la lâcher avant la dernière page. J’ai hésité sur les petites étoiles à donner. Si Delacourt produit un livre chaque année, il faut que j’attende un peu pour les quatre étoiles. Comme pour un bon cru. Mais il sera très vite à ce niveau-là.

Emprunté à la bibliothèque de Saussines

Lila, Lila, de Martin Suter ***

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Lorsque David Kern, serveur dans un bistrot branché d’une grande ville, fait l’acquisition chez un brocanteur d’une vieille table de chevet écornée, rien ne lui annonce que sa vie va basculer. Tel va pourtant être le cas: la table de nuit contient, dans un tiroir coincé, le manuscrit d’un roman qu’un mystérieux auteur semble avoir oublié là avant de se suicider.

L’amour d’une jeune cliente du bar pousse David vers la plus folle des aventures, qui le comblera de bonheur. Jusqu’à l’apparition d’un mystérieux personnage, clochard respectueux, alcoolique retenu, qui prend rapidement le contrôle du jeune homme…

Très différent du Suter du mois dernier, celui-ci me mets assez mal à l’aise pendant une partie de la lecture, quand je découvre que le héros s’enfonce dans un scénario impossible, fait de mensonges qui s’enchainent, et dont il ne peut plus sortir par le haut. Mais comment en sortira-t-il donc? On court à travers les pages pour savoir plus vite…

C’est l’histoire de David et Marie. Mon Dieu, faites qu’elle ne se termine pas tristement.

Lila, Lila a été porté au cinéma, en allemand, par Alain Gsponer (2009).

Emprunté à la bibliothèque de Saint-Christol

Mont Ventoux ****

Le Mont Ventoux ? Vu de loin, un repère que l’on cherche des yeux à chaque « randonnée avec vue » dans la région. Vu de près, un assez vilain tas de cailloux, mais si mais si. L’image de ces arrivées du tour de France, des derniers lacets surpeuplés, sous le soleil de juillet. Un article très riche dans Wikipedia, que je recommande aux curieux. Et une très belle randonnée, depuis la station de Mont Serein, quelques 500m sous le sommet. Sommet qui est à 1911m. Pour mémoire, l’Aigoual culmine à 1565m, et le Mont Lozère, qui n’est pas un sommet mais un massif, culmine à 1699m au Pic de Finiels.

La randonnée prend le GR4 jusqu’au sommet, puis la route des crêtes. A la hauteur de la Tête de la Grave, on coupe (nous avons pris le sentier balisé jaune) pour rejoindre le GR9. On suit ensuite le GR9 sur un peu plus de 5 km pour retourner à Mt Serein. C’est considéré comme le plus beau parcours sur le sommet, les vues sont magnifiques et la traversée de la Combe de Fonfiole reste un des moments les plus spectaculaires (pas le plus délicat) d’une fin de parcours où le sentier est très étroit, en dévers, avec souvent assez de vide à droite pour quelques petites montées d’adrénaline. Un peu plus tôt, une autre combe nous avait permis d’entrevoir une troupe de chamois. Paysages, flore, faune, absence de mistral, grand soleil et vue parfaite sur les Alpes du Sud, les ingrédients d’une recette de journée mémorable.

Photos:

Primevère officinale
Crocus
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Anémone hépatique
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dans l’ascension…
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le GR4
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avec la traversée de quelques petits névés
Saxifrage
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le sommet
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l’arrivée sous la table d’orientation
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Les Alpes, avec au centre la Barre des Ecrins
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l’arrivée du tour
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mais heureusement sans tempête ce jour-là
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Androsace
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l’un des passages délicats
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traversée de la combe de Fonfiole
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au “coeur” de l’arbre
la femme dans l'arbre
la femme dans l’arbre
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mérité !

 

 

 

La passion secrète de Fjordur, de Jørn Riel ***

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“En 1950, le Danois Jørn Riel s’embarque pour le Groenland. Dès lors naîtront une vingtaine de livres: nouvelles, contes, anecdotes, histoires de trappeurs, seuls et sans femme au vouer de la nuit polaire, dont témoignent notamment La Vierge froide et autres racontars et Safari Arctique. Et ses livres, hymnes au Grand Nord et documents ethnologiques de premier plan tout à la fois, débordent d’humour et de tendresse. Fascinant !” – Christian Bobin, Le Courrier français.

Documents ethnologiques de premier plan !!! Des bobards, oui. Peu importe, on s’amuse bien à lire ces petites histoires excessives dans un monde presque fantastique. Un vent de fraicheur. C’était le dernier de la série, je passe à autre chose et quelques degrés Celsius de plus: retour en Suisse avec Martin Suter.

Un safari arctique, de Jørn Riel ***

Jorn-Riel-safari-arctique-

“On n’écrit pas sur les confins de notre monde sans y avoir vécu. De même que Francisco Coloane a sillonné la Terre de Feu en se frottant à tous les métiers, le Danois Jørn Riel s’embarque dans les années 50 pour le nord-est du Groënland. De ce long séjour dans ces déserts arctiques naîtront une vingtaine de livres. Les personnages principaux sont toujours les mêmes trappeurs: Valfred, Mad Madsen, William le Noir… Tout à la fois hâbleurs ou mutiques, farceurs ou philosophes, ils meublent la solitude de la nuit polaire en sirotant un épouvantable tord-boyaux et en idéalisant un être cruellement absent de ces rudes contrées: la femme. Drôles, insolites et pleines de tendresse, ces histoires ont aussi une valeur ethnologique incontestable. Un hymne au Grand Nord, chaleureux à faire fondre la banquise.” – Alexie Lorca, Lire.

Deuxième tome de la trilogie commencée il y a quelques jours. Je vais lire le troisième dans la foulée, sans peine.

La vierge froide et autres racontars, de Jørn Riel ***

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“Cap sur le Groenland avec Jørn Riel, écrivain baroudeur et conteur malicieux. De son long séjour en Arctique il a rapporté des anecdotes, des récits, des “racontars”. En un mot, des histoires d’hommes seuls sur une terre glacée ou le soleil, l’hiver, se couche très longtemps. Ces rudes chasseurs ont d’étranges faiblesses, des tendresses insoupçonnées, des pudeurs de jeunes filles et des rêves d’enfants. Les solitaires s’emplissent de mots tus et, ivres de silence forcé, ils quittent parfois leur refuge pour aller “se vider” chez un ami. Ces nouvelles de l’Arctique ont le rudesse et le beauté du climat qui les suscite. Souvent râpeuses, toujours viriles, parfois brutales, saupoudrées de magie et de mystère, elles nous racontent un monde où la littérature ne se lit pas mais se dit, où l’épopée se confond avec le quotidien, où la parole a encore le pouvoir d’abolir le présent et de faire naître des légendes”  – Michème Gazier, Télérama.

Pour une fois la quatrième de couverture suffit à elle-même. Excellent commentaire, rien à ajouter. Un autre monde. Très facile à lire, sans prétention, de l’humour aussi noir que cette nuit qui n’en finit pas.

Prêté par notre amie brésilienne de St Didier