Seule Venise, de Claudie Gallay ****

Seule_Venise

A quarante ans, quittée par son compagnon, elle vide son compte en banque et part à Venise, pour ne pas sombrer. C’est l’hiver, les touristes ont déserté la ville et seuls les locataires de la pension où elle loge l’arrachent à sa solitude. Il y a là un aristocrate russe en fauteuil roulant, une jeune danseuse et son amant. Il y a aussi, dans la ville, un libraire amoureux des mots et de sa cité qui, peu à peu, fera renaître en elle l’attente du désir et de l’autre.

Un tout petit livre, à l’inverse des déferlantes, avec des chapitres très courts, des phrases de quelques mots. Et c’est étonnant, parce qu’avec ces quelques mots, ces petites phrases, les images apparaissent et on se sent à Venise. Et c’est pareil pour les personnages et leurs histoires qui s’entrecroisent. Claudie Gallay arrive à mettre beaucoup dans très peu. Je me suis pris à penser que j’aimerais savoir écrire comme elle. C’est une épure: quelques traits et on se sent déjà là, au milieu de ces gens. On les voit. Et on sent Venise comme si on y était. J’ai lu le livre en moins d’une journée, chose rare.

Emprunté à la Médiathèque de Lunel

Cette main qui a pris la mienne, de Maggie O’Farrell *

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Récompensé par le très prestigieux Costa Book Award, un somptueux roman, bouleversant et sensible, où s’entremêlent des voix aussi émouvantes que troublantes pour évoquer les relations maternelles, la force des liens du sang et le pouvoir destructeur des non-dits.

J’arrête-là ma copie du texte de la quatrième de couverture. J’ai failli m’arrêter tout court, après les 50 premières pages du livre. C’est mal écrit, sans contexte (ça portait aussi bien se passer sur la lune), les personnages sont totalement inintéressants, et il ne se passe rien. Bref, c’est pas émouvant du tout, c’est seulement nul.

Dans le goût des livres j’avais lu: “L’histoire démarre lentement (euphémisme !), le style est toujours fluide et agréable, il ne se passe pas grand chose (tiens donc!), et puis insensiblement les liens se devinent, une vérité se fait jour peu à peu, avec de fausses pistes et le récit s’enrichit, s’étoffe, jusqu’à devenir plein de tensions et d’émotions. Des personnages à l’apparence lisse ou monolithique révèlent toutes leurs facettes et la profondeur de leurs abîmes.

Juste un regret. L’auteur annonce trop tôt des évènements que j’aurais préféré ignorer. J’ai ressenti le même déplaisir qu’en lisant une quatrième de couverture trop bavarde. Mais rassurez-vous, pas de quoi gâcher une belle lecture. Le roman vaut mieux que sa couverture et son titre.”

A peine.

Emprunté à la bibliothèque de Saussines

Mas Foulaquier, les Calades 2006 ***

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– Le Guide Hachette des Vins: De la syrah et du grenache à parts presque égales pour ces Calades. Il faut laisser le nez se développer, au-delà de l’entame animale, pour découvrir des notes de garrigue (laurier), d’épices douces et de fruits frais. Si l’attaque est souple, les tanins, qui ont un bon potentiel d’évolution, sont encore présents et soutiennent un palais chaleureux. À servir dans deux ans sur un tajine d’agneau. “Vin très réussi”.

– Guide Bettane & Desseauve: 15,0 – Ce joli vin aromatique, net, ressort dans la gamme. Réglisse, du nez à la finale. Elle est portée par une pointe d’épices.

 Guide 2014 des Meilleurs Vins de France (RVF): 16/20

Et nous? Petit diner entre amis avec cette bouteille que j’avais apportée. Trop chère pour mon goût (ou un mauvais rapport qualité/prix), mais c’est le lot de nombre de cuvées de Pic St Loup, dont la renommée est très exagérée. C’est un bon vin certes, mais c’est encore loin d’un Bordeaux du même prix. Et tant pis si je contrarie mes amis languedociens.

L’enfant de personne, de Charlotte Link ****

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L’enfant de personne

Connaissez-vous Charlotte Link ? Si la réponse est négative, vous pouvez commencer par « L’enfant de personne » – très mauvaise traduction du titre original, « L’autre enfant », puisque Brian n’est pas l’enfant de personne mais celui de ses parents, tués, en même temps que tous ses frères et sœurs, par l’une des premières bombes allemandes tombées sur Londres en 1940.

Un soir de juillet 2008, Amy Mills, étudiante dans une ville côtière du Yorkshire, est sauvagement assassinée, le crâne fracassé contre un mur. Quelques mois plus tard, non loin de là, on retrouve dans un ravin le corps d’une septuagénaire, Fiona Barnes, dont la tête a été écrasée à coups de pierre. Le mode opératoire similaire laisse penser que les deux affaires sont liées. Si l’enquête piétine, des zones d’ombre dans le passé de la vieille dame ne tardent pas à apparaître. Placée dans une ferme du Yorkshire pendant les bombardements de Londres en 1940, Fiona, alors âgée de onze ans, s’était liée d’amitié avec Chad, l’un des fils de sa famille d’accueil. Par jeu, tous deux avaient pris en grippe un orphelin handicapé mental lui aussi logé à la ferme. ” Nobody “, comme le surnommaient cruellement à l’époque les deux enfants tortionnaires, a-t-il, des années plus tard, cherché à se venger ? Au fil d’une intrigue policière habilement conçue, Charlotte Link nous plonge au coeur des secrets et non-dits de la Seconde Guerre mondiale, et livre l’un de ses meilleurs romans à ce jour.

Aussi mauvais que la traduction du titre, ce résumé de la quatrième de couverture du livre en français ne dit rien de l’origine de Brian – “Nobody” – de la raison de son handicap (qui le rend totalement incapable d’une vengeance comme suggéré dans ce stupide résumé) et de la relation fusionnelle qui le lie immédiatement à Fiona. L’important dans ce livre est moins l’intrigue policière que les relations des personnages avec leur passé commun. Certes il y a un certain suspense, mais on est surtout pris par l’habileté de l’auteur à disséquer des caractères qui, finalement, ne nous sont pas si étrangers. Qui peut dire comment il (elle) se comporterait face à ce que Fiona et Chad n’ont jamais réussi à effacer de leurs mémoires? C’est l’histoire d’un silence coupable face à la misère de quelqu’un qu’on connait. C’est une histoire de tous les jours, qui interpelle. Link peint très bien cette spirale de la culpabilité qui a marqué toute leur vie et dont les héros, jusqu’à leurs derniers jours, sont incapables de sortir. Et tout le reste n’est que crime ordinaire dans un monde de violence. Mais c’est si bien fait qu’on en redemande.

Lu en anglais: “The Other Child” en collection de poche (de gare).

L’Hortus bis ***

J’avais déjà fait la randonnée à l’Hortus il y a environ six semaines avec le club du jeudi, mais dans l’autre sens. Cette fois, avec le club du dimanche, nous avons commencé par grimper au château de Viviouriès puis suivi la crête au sommet de la falaise de l’Hortus, pour revenir aux voitures par le (long) chemin forestier qui passe sous la falaise. Très belle journée, jolie randonnée, merci à tous et en particulier aux organisateurs Saussargais.

Les photos (de haut en bas):

La chateau de la Roquette
Des touristes dans le château !
Fenêtre avec vue
Le Pic St Loup vu du chateau
Trois qui admirent la vue, huit qui parlent de tante Adèle
Débat sur l’arête
Pique-nique au soleil – 23° un 16 mars…

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Dans le silence du vent, de Louise Erdrich ****

dans le silence du ventRécompensé par la plus prestigieuse distinction littéraire américaine, le National Book Award, élu meilleur livre de l’année (2013) par les libraires américains, le nouveau roman de Louise Erdrich explore avec une remarquable intelligence la notion de justice à travers la voix d’un adolescent indien de treize ans. Après le viol brutal de sa mère, Joe va devoir admettre que leur vie ne sera plus jamais comme avant. Il n’aura d’autre choix que de mener sa propre enquête. Elle marquera pour lui la fin de l’innocence.

Comme l’écrit Louise Erdrich dans sa postface, l’action de ce livre se déroule en 1988, mais l’enchevêtrement de lois qui dans les affaires de viol fait obstacle aux poursuites judiciaires sur de nombreuses réserves existe toujours. « Le Labyrinthe de l’Injustice », un rapport publié en 2009 par Amnesty International, présentait les statistiques suivantes : une femme améridienne sur trois sera violée au cours de sa vie (et ce chiffre est certainement supérieur car souvent les femmes amérindiennes ne signalent pas les viols) ; 86 pour cent des viols et des violences sexuelles dont sont victimes les femmes améridiennes sont commis par des hommes non-amérindiens ; peu d’entre eux sont poursuivis en justice.

Encore un roman attachant, bien écrit, avec pour héros un jeune adolescent indien, fils d’un juge, et ses trois meilleurs amis. On y découvre une Amérique inégalitaire, où des lois qu’il faut bien appeler racistes perdurent, comme si la vie des uns valait toujours plus cher que la vie des autres. Les survivants du génocide indien ont bien du mal à conserver la vie tribale et les traditions auxquelles ils sont si fortement attachés. Leurs réserves sont moins protégées que les parcs nationaux face aux appétits des populations blanches voisines. Louise Erdlich nous montre pourtant des familles comme les autres et des jeunes ayant les aspirations de tous les jeunes, même si… Quand la justice ne s’applique pas et que des hommes en profitent en toute impunité, qui peut blâmer ceux qui se révoltent ?

Emprunté à la Médiathèque de Lunel, publié en français en 2013.

Les déferlantes, de Claudie Gallay ****

les deferlantesLa Hague… Ici on dit que le vent est parfois tellement fort qu’il arrache les ailes des papillons. Sur ce bout du monde en pointe du Cotentin vit une poignée d’hommes. C’est sur cette terre âpre que la narratrice est venue se réfugier depuis l’automne. Employée par le centre ornithologique, elle arpente les landes, observe les falaises et leurs oiseaux migrateurs. La première fois qu’elle voit Lambert, c’est un jour de grande tempête. Sur la plage dévastée, la vieille Nan, que tout le monde craint et dit à moitié folle, croit reconnaitre en lui le visage d’un certain Michel. D’autres, au village, ont pour lui des regards étranges. Comme Lili, au comptoir de son bar, ou son père, l’ancien gardien de phare. Une photo disparaît, de vieux jouets réapparaissent. L’histoire de Lambert intrigue la narratrice et l’homme l’attire. En veut-il à la mer ou bien aux hommes? Dans les lamentations obsédantes du vent, chacun semble avoir quelque chose à taire.

Une de mes inspiratrices, qui écrit dans le blog “le gout des livres“, et qui se dit fan de Claudie Gallay, avoue sa déception. Personnages antipathiques. Histoire invraisemblable. Ce qui eut été invraisemblable, pour moi, c’est de lire une belle histoire avec de beaux et gentils personnages attachants dans l’enfer qu’est cet endroit du bout du monde. Comme les plantes qui survivent sur ces landes constamment fouettées par le vent et les embruns, les gens sont cassés, rabougris, aigris, à moitié sonnés. Tous ont vécu et mal survécu aux tragédies de la mer et à leurs tragédies personnelles. Moi j’ai lu très vite ces 500 pages et beaucoup aimé ces personnages, qui ne cessent de s’espionner, cachés derrière leurs rideaux parce que c’est ce qu’on fait quand on vit dans un endroit pareil. Ils sonnent vrais, endurcis, tristes, méchants, mais quand même attachants. Claudie Gallay écrit bien. On voit ce qu’elle décrit. On entend les oiseaux.

The prodigal son, de Colleen McCullough ***

prodigal sonPas encore traduit en français, le “Prodigal Son” est le quatrième roman de la série Carmine Delmonico de Colleen McCullough. Holloman, dans le Connecticut, en 1969. Une toxine mortelle, extraite du tétraodon, ou poisson globe, disparait d’un laboratoire de l’Université Chubb. Elle tue en quelques minutes sans laisser de trace, et la biochimiste Millie Hunter , très soucieuse, informe immédiatement son père, Patrick O’Donnell, médecin légiste, de ce vol.

Cousin de Patrick, le capitaine Carmine Demonico se lance dans l’enquête quand deux morts interviennent, coup sur coup. Une mort très soudaine lors d’un diner privé, suivie d’une autre à une grande réception de l’université, qui toutes deux semblent liées au poison et à la présence, dans les deux diners, de Jim Hunter, un scientifique noir promis à un brillant avenir.

Mais pourquoi Hunter prendrait-il autant de risques à ce moment de sa carrière? Peut-il être la victime d’un complot? Et si oui, qui est derrière ces deux meurtres? Carmine et ses détectives doivent trouver la solution dans une foule d’excentriques universitaires locaux, sans se laisser influencer par la présence de ses proches parmi les suspects.

Je dois avouer qu’avant d’ouvrir ce livre j’ignorais que Colleen McCullough, auteur de la très célèbre saga australienne “Les oiseaux se cachent pour mourir” (1977), écrivait aussi des romans policiers. Et des bons. J’ai lu ce livre en deux jours, avec beaucoup de mal pour le lâcher. Jusqu’au bout on se demande qui a commis ces crimes. Et quand enfin on referme le livre, on n’est pas encore sûr de connaître toute la vérité. Je lirai volontiers un autre ouvrage de la même série. Sur les cinq publiés à ce jour, les trois premiers ont été traduits en français (Corps manquants, Douze de trop, et Fleurs sanglantes).