Chemin de Compostelle, étape n°19

… une des plus courtes. Et comme je ne sais plus me lever tard, je suis encore parti à 6h et demie. Et arrivé beaucoup trop tôt à León. En fait je suis arrivé à l’heure de la pause protocolaire tortilla (photo). Donc je me suis installé à une terrasse de café, sur la place de la cathédrale, et tout près de mon petit hôtel, en attendant une heure plus décente. J’étais à la réception encore beaucoup trop tôt mais il m’ont gentiment donné une autre chambre, la mienne n’étant pas prête. Une douche plus tard, doigts pieds libérés des chaussures de marche, je me suis retrouvé encore une fois attablé, sur la place San Martin, pour un déjeuner light, salade et verre de vin.

J’ai oublié de parler de la marche du jour? Rien de remarquable, en fait. Si ce n’est qu’à l’approche d’une grande ville, les gentils organisateurs ont pour une fois réussi à ne pas nous faire marcher le long de la route, alors qu’il y a des routes partout et dans tous les sens. Un exploit.

Demain repos… et concentration: il reste douze étapes, dont trois à 30 km ou plus, et beaucoup d’étapes avec du dénivelé. Dur dur la fin.

Chemin de Compostelle, étape n°18

Fantastique ce matin. Près de 18 km sans une maison, sans un bar, sans un petit déjeuner… pas seul sur le chemin toutefois. On s’est doublé, redoublé, les deux canadiens avec qui j’ai diné hier soir et un allemand d’origine asiatique.

Je reviens en arrière, sur le dîner d’hier soir donc. Le club des aînés, version Calzadilla de los hermanillos. On était bien peu nombreux sur “la variante” et pas plus de cinq à loger chez le curé (comment vous traduisez Hostal El Cura, vous ?)… et j’étais sans doute le plus jeune. Je n’ai pas demandé aux dames, deux américaines (dont une qui habite au sud de la Floride, c’est scandaleux!), ça ne se fait pas, mais les deux canadiens m’ont déclaré 72 et 76 ans respectivement. Dîner en anglais, donc, c’est pas du tout désagréable, et le chef était aussi en veine le soir que le midi, et donc on s’est tous régalé. J’ai vite écrit des compliments sur internet. Le vin aidant, on a passé une superbe soirée. C’est ça aussi le chemin de Compostelle. Et ce matin départ à 6h pour les canadiens, à 6h et quart pour moi… et à 8h pour les dames, nous ont-elles dit. Vers 9h les canadiens et moi marchions ensemble quand on a doublé une jeune américaine arrêtée sur le côté du chemin, problème de pieds (ampoules). Elle était partie d’une auberge voisine de notre hôtel… à 4h30, la pauvre. Un des canadiens, qui transporte une vraie pharmacie dans son dos, a proposé son aide. Refusée. Je ne sais pas si elle est arrivée à l’étape à l’heure où j’écris. Intéressante petite “ville” (2000 habitants), Mansilla de las Mulas, entourée de remparts, avec un musée ethnographique réputé que j’irai visiter quand il ouvrira, c’est à dire après 17h.

Demain c’est l’arrivée à León, une étape de moins de 20 km, incroyable, non? Il faut que j’arrive à dormir un peu plus que d’habitude cette nuit, sinon j’arriverai là-bas pour le petit déjeuner et ma chambre ne sera pas prête !

Chemin de Compostelle, étape n°17

Plus agréable, la ballade du jour, parce que plus variée. Bon, ballade, vous allez peut-être trouver que j’exagère: 26,5 kms quand même. Mais seulement 50m de dénivelé positif, et de bons chemins charriossables. Sahagún au milieu, doublement. Cette petite ville est dite “du milieu du chemin” (voir photo), mais c’est un milieu “géographique”, pour la partie espagnole du camino francès. Quand on part de St Jean Pied de Port, la moitié du chemin, c’est plus tôt. Peu importe. Sahagún, c’est aussi le lieu où le camino de Madrid rejoint le camino francès. Et c’est une ville étape, sauf pour les gens comme moi, qui préfèrent diviser le parcours Burgos-León en étapes équilibrées, plutôt que d’en faire une courte et une très longue à la suite. Donc pour moi, Sahagún c’était le milieu de la rando du jour, et je ne m’y suis arrêté que pour la tortilla protocolaire. Aux accents de la musique brésilienne diffusée par la sono d’un patron de bar amoureux (du Brésil).

Peu après Sahagún, dilemme. Pas pour moi, parce que j’avais réservé une chambre à Calzadilla de los Hermanillos, mais pour le flot des pèlerins SDF, qui dorment chaque soir là où leurs pieds (et/ou leurs genoux) leur ont dit qu’il fallait se poser. Deux options, en effet, étaient possibles aujourd’hui, le choix étant à faire 5km après Sahagún. Comme un grand panneau, à l’endroit, baptisait les deux options “principale” et “variante”, tout ce petit monde (ou presque) s’est engouffré dans l’option dite principale. Votre serviteur, ayant cogité le truc depuis longtemps, avait repéré que la dite option amenait les pèlerins à continuer de marcher encore et encore à côté de la N120 (qui relie Burgos à León, avec beaucoup de trafic)… et qu’elle était plus longue. La variante, passant au nord, par champs de blé mais aussi par forêt, s’est avérée très agréable et la salade servie au petit hôtel de l’étape par le cuisinier italien de Plus belle la vie (il lui ressemble vraiment) était simplement fantastique.

Et j’ai donc dépassé aujourd’hui les 400 km !

Chemin de Compostelle, étape n°16

Imaginez une randonnée de 14-15 km, en une seule ligne droite, sans aucun dénivelé, plat de chez plat (j’exagère à peine, on a du se farcir une montagne hollandaise, dix mètres à monter au milieu de toute cette ligne droite), pas une maison, presque pas d’arbres, blé à gauche, blé à droite, aucun village traversé. Après quelques kilomètres sur le goudron en hors d’oeuvre au départ, pour se mettre en jambes. C’est l’essentiel de l’étape du jour, Carrión de los Condes – Teradillos de los Templarios, 26,3 km, dont 17,2 km entre Carrión et le premier village, Calzadilla de la Cueza, genre 12 habitants, trois vaches et six canards. Juste sauvé par le bistrot à l’entrée, et sa spécialité: la tortilla au jambon. Même les oranges n’arrivent pas jusque là, j’ai du me contenter d’une boisson reconstituée (au pays de l’orange, beurk). Rien à raconter, donc je passe au quart d’heure culturel: Teradillos de los Templarios appartenait à l’ordre des templiers, dont les membres se sont fait chauffer les pieds par l’inquisition jusqu’au dernier. Il faut dire que “l’Ordre des pauvres chevaliers du Christ”, créé par deux chevaliers français pour protéger les pèlerins après les premières croisades en 1119, était devenu beaucoup trop puissant et trop riche (notamment en France). Après avoir été pendant deux siècles le principal ordre de chevalerie du Moyen-âge, l’ordre est interdit par le roi de France en 1307, et sept ans plus tard son dernier grand-maître meurt sur le bûcher.

Chemin de Compostelle, étape n°15

Plat de chez plat. Le guide dit: “dénivelé insignifiant”. Les 5-6 premiers kilomètres sont parcourus le long du canal de Castille, un canal similaire au canal Philippe Lamour en Languedoc: il sert à l’irrigation des terres agricoles adjacentes. Après Fromista, et jusqu’à l’arrivée à Carrión de los Condes, on marche sur un petit chemin parallèle à la route départementale, heureusement déserte un dimanche matin de Pentecôte. Rien de bien folichon sur ce chemin. Alors on ne boude pas ses petits bonheurs simples, comme le petit déjeuner dans le seul bistrot de Fromista ouvert ce dimanche, un jus d’oranges pressées devant moi, une part de tortilla espagnole chaude, puis un bon expresso pour faire passer le tout. Où ce petit chat noir, tache blanche sur le cou, qui ressemble comme deux gouttes d’eau à un certain Méphisto saussinois, qui vient se frotter à mes jambes quand je m’arrête à l’entrée de Población de Campos et l’appelle. Ou cette odeur de foin qui sèche au soleil dans le champ adjacent. Où le champ qu’on irrigue et l’agriculteur qui observe et que j’interroge: “semillas de remolacha” me dit-il. Des semences de betterave.

J’ai marché un moment à coté d’un français tirant un charriot artisanal à une seule roue. Trop content, moi-même, d’en avoir deux, beaucoup plus grandes que la sienne, avec le sac posé dessus, qui rase le sol. Et obligé de le tenir à deux mains, faute d’équilibre, donc sans pouvoir utiliser ses bâtons.

Chemin de Compostelle, étape n°14

Hier soir à Hontanas, j’ai diné avec un canadien de Nouvelle Ecosse. Il m’a dit que de là où il habitait étant enfant, l’île de Cap Breton… il voyait la France ! St Pierre et Miquelon, pour être précis. Il faisait le chemin de Compostelle pour la deuxième fois. L’année précédente il l’avait déjà fait de bout en bout avec son fils de 12 ans. Avec tout dans le sac à dos, sans portage. Respect ! Comme pour ces deux octogénaires anglaises aperçues à l’auberge à l’heure du déjeuner aujourd’hui.

La journée de ce samedi a commencé comme celle de la veille s’était terminée, dans le blé. Avec la surprise d’un “vol” de biches, au travers du chemin. Moins rapide que Lucky Luke, j’ai mis la main à la poche qui garde le smartphone, mais elles avaient déjà disparu depuis longtemps quand je l’ai enfin sorti. Après Castrojeriz, côté terrain plat, merci. La côte vers le Alto de Mostelares et surtout la descente (18%) m’ont pris un certain temps.

Précisément 60 km en deux jours (31,6 + 28,4). À consommer avec modération. 20-25 km, c’est franchement plus agréable.

Chemin de Compostelle, étape n°13

Pas d’internet à l’arrivée à Hontanas, petit village situé dans une cuvette, ou si peu que j’ai juste pu regarder mes mails et envoyer deux messages. Pour le blog, par contre, il aurait fallu une meilleure connexion. D’où ce compte rendu retardé.

J’ai donc établi un nouveau record personnel aujourd’hui, avec 31,6 km parcourus. En à peine plus de 7 heures, avec deux arrêts ravitaillement inclus, le premier pour le petit déjeuner à Rabé de las Calcadas, le second pour un coca accompagné… d’une fraise offerte par un couple de cyclistes paulistas – il y a décidément beaucoup de brésiliens sur ce chemin. Ils m’ont expliqué qu’ils avaient marché de St Jean Pied de Port à Burgos, puis décidé de faire Burgos-León en vélo, et de terminer ensuite à pied jusqu’à Santiago. Mon guide (Rother) explique que la partie Burgos-León est la moins intéressante, plate et couverte de champs de blé à l’infini, et que nombre de pèlerins prennent le bus à Burgos pour rallier directement León et continuer de là. Et le guide d’ajouter « ils ratent une partie fascinante du chemin dont la beauté réside dans le détail, dans le jeu changeant des couleurs des champs (voir photo), etc. » Je ne me suis pas ennuyé, et pour le caractère « plat », vous repasserez. C’est plutôt ondulation permanente, et le dénivelé est loin d’être inexistant (220m de montées et presque autant de descente). Mais c’est vrai que les pieds étaient beaucoup plus fatigués que les genoux à la fin de cette étape.

Dans les derniers dix kilomètres, peu avant San Bol, j’ai entendu un bruit derrière moi. Pas des vélos – il y a en a beaucoup et je suis habitué au bruit qu’ils font. Surprise, ce sont deux chevaux au trot qui me doublent. Un couple. Juste avant la descente vers San Bol, où ils repassent au pas et où je me rapproche un peu. Arrivés en bas ils repassent au trot et disparaissent à ma vue. J’ai aimé l’arrivée sur Hontanas (photo). C’est tout petit. Et où qu’on soit, on entend les voix, les rires, les cris des « pèlerins » (dois-je préciser leur origine ?) aux terrasses des deux bistrots.

Demain c’est encore pas mal long : 28,4 km entre Hontanas et Boadilla del Camino, mais l’expérience d’aujourd’hui fait que j’appréhende moins.